La Crête autrement : Victoire Victoria

Les tribulations d’un gaulois en Crète. Un autre regard : Victoria

Face à la mer de Libye se trouve une côte désolée. Et là, face à nos yeux éberlués, Victoria.

Battue par les vents, brûlée par le soleil, rongée par le sable, grignotée par l’eau et les embruns, la roche évolue, se transforme, prend forme.

Que peut nous raconter cette avancée de calcaire luttant contre les flots ?

La Crète n’a pas le monopole des mythes. Trio Petra n’est pas une citée de légende, il n’y a d’ailleurs pas de ville historique en fouille. Ce n’est ni l’Atlantide, ni le château d’If. Il n’y a presque rien

là-bas. Si ce n’est cette sirène touchée par méduse.

Maintenant l’esprit peut s’envoler.

Imaginons une bataille de Salamine crétoise, les pentékontérès fendant les flots de la puissance de leur cinq rangs de rameurs, le soleil illuminant le bronze des boucliers prêts à être saisis par ces guerriers indomptables. Le choc de l’éperonnage, les cris des marins noyés par les remous.

Puis le silence et cette proue émergeant de l’abysse. Image d’une déesse oubliée ou d’une fiancée dont l’amoureux ne reverra plus la terre.

Songeons à une statue monolithique antédiluvienne, gardienne d’un port perdu dans les méandres de l’histoire, représentation d’une société où l’idéal ne serait point la force virile de l’hoplite, mais la sagesse de Sophia, qui, tel un phare guide les philosophes vers la terre de la connaissance. Le temps a fait son œuvre, il n’en reste qu’un contour flou.

Nulle bataille navale en ces lieux, nul port en cet endroit. Aucune gradine, aucun ciseau tenu par l’homme n’a taillé cette œuvre. Seuls les siècles l’ont crées, avec patience, peaufinant les détails jusqu’à dévoiler, telle l’apocalypse, que Mère nature est une force qu’il faudrait concevoir.