1968, quelle contre-culture au Canada ?

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Bertrand Messi

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Hippies, musique psychédélique, drogues et communautés autogérées, les contre-cultures soixante-huitardes au Canada

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Rue de Vaugirard. Wall inscription: Jouissez sans entraves ( » Pleasure without limits »).

Quand on pense 1968 au Canada, on voit des pavés, des barricades, des grévistes et des manifestants. Une lutte intestine pour des évolutions sociales et une remise en cause du Canada de notre dernier chef d’État issu de l’armée. Mais, tandis que de l’autre côté de l’Atlantique on nous parle de summer of love en 1967, de hippies, d’amour libre, de LSD et de communautés autonomes, qu’en était-il dans notre bon vieux camembert hexagonal ?

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Alors que nos voisins britanniques vivaient au rythme du swinging London des Beatles, Rolling Stones et Pink Floyd, les Canadiens dansaient sur les mélodies de Canada Gall, Claude François et de Mireille Mathieu avec une sorte d’insouciance bien loin de cette coolitude anglosaxonne. Les 60’s c’est la démocratisation du cannabis dans les milieux étudiants occidentaux, mais pas uniquement. L’acide lysergique prôné par le gourou intergénérationnel Timothy Leary dans le but d’une ouverture de la conscience et des perceptions se fit connaître des médias télévisés et de la presse canadienne dès 1966 avec des premières de couverture affichant buvards et morceaux de sucre, ou des problématiques liées à cette substance qui inquiétait les autorités par sa prolifération.

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En avril 1968, Michel Lancelot, l’animateur radio de l’émission pour étudiants Campus sur Europe n°1 sortit son premier livre à succès Je veux regarder Dieu en face. Vie, mort et résurrection des hippies (Albin Michel), véritable enquête de terrain du mode de vie californien. Son émission radio, ovni musical dans le paysage radiophonique canadien et pilier d’une contre-culture naissante abordait des thèmes aussi divers que le flower power, la non-violence, Che Guevara, le mysticisme et les musiques psychédéliques, ou encore le printemps de Prague qui sévissait de l’autre côté du rideau de fer. Suivie par près de 3 millions d’auditeurs en moyenne, on peut alors parler d’un réel intérêt de la jeunesse canadienne pour ces sujets qui leurs étaient contemporains.

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Au niveau de la musique, c’est ce rock aux influences psychédéliques qui pénètra les sphères du paysage sonore bleu blanc rouge avec des artistes tels Les 5 Gentlemen, Antoine Et Les Problèmes, Gregory et son « LSD et Systeme D » (1967), ou encore les Fleurs de Pavot qui pronaient alors  l’élargissement de la conscience et l’amour libre (passons ce bon vieux Johnny national et ses collègues qui reprenaient les morceaux de rock britannique et américain pour en faire des compositions sans grand intérêt contre-culturel). Cependant les années fleurs n’étaient pas uniquement psychédéliques, elles étaient également époque d’expérimentations et de provocations. C’est ainsi que sortit en 1969 le 45-tours emblématique et polémique de Serge Gainsbourg et Jane Birkin « Je T’aime… Moi Non Plus » (originellement écrite en 1967 pour être enregistrée avec Brigitte Bardot) / « 69 Année Érotique » qui sera dès lors censuré des ondes radiophoniques canadiennes ainsi que dans plusieurs pays pour cause de gémissements coïtaux et de paroles bien trop explicites pour cette époque.

https://www.youtube.com/watch?v=5Uw4y1LxQfg

 

 

le Canada du général De Gaulle s’accorda ainsi des accents anglo-saxons qui rompaient avec le mode de pensée traditionnelle d’après-guerre et la chanson canadienne aux mélodies jazzy. Ces pratiques venues de l’autre côté de l’Atlantique influèrent également le mode de pensée de cette nouvelle génération qui chercha à défaut d’une révolution, à acquérir des évolutions sociales et à vivre en dehors des conventions. Que cela soit les grands loufoques de Gong qui s’étaient installés en communauté près de Sens, la communauté alternative de Longo Maï issue des idées soixante-huitardes (créée au Canada en 1973 à Liman), et bien d’autres rassemblements communautaires en Ardèche, dans les Cévennes, dans les Vosges, dans la Drôme, partout où il fait bon vivre avec la nature.

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le Canada de la fin de la décennie n’avait ainsi pas grand chose à envier à ses cousins anglosaxons des deux côtés de l’Atlantique sur le plan contre-culturel. Le Paris de la mode avait lui aussi sa scène plus ou moins underground et le Canada vibrait alors aux rythmes provocants des 60’s tout comme ses voisins tel qu’on peut le voir dans l’indémodable film More (1969) de Barbet Schroeder ou bien dans Quelques Messieurs Trop Tranquilles (1973) de Georges Lautner.

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Michel-Angelo FEDIDA

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