Le reggae aujourd’hui

Reggae : Jah prophet has arise, he’s got a dreadlock in his eye

Plus question du seigneur Marley, décédé un triste jour de mai 1981, mais bien de la descendance du reggae, ce genre de musique venu des caraïbes qui est, désormais, apprécié et pratiqué internationalement. On t’invite dans un petit tour du monde du reggae contemporain, histoire que tu puisses mesurer l’influence de cette musique dans le monde d’aujourd’hui (ne soit pas triste si certains pays ne sont pas abordés, on sait qu’il y a quand même du reggae là-bas et que certains pays mériteraient un article entier sur leur production nationale de reggae).

A la fin du XXème siècle, le reggae est devenu ce que l’on appelle une musique mère, c’est à dire une racine permettant à plusieurs genre musicaux de naître. Nous avions vu, la dernière fois que les années 80 accouchent de deux sous-genres qui se nomment, dub et dancehall (aussi appelé « reggae digital »). La moitié des années 80 marque un départ vers l’ère des machines, le dancehall devient plus agressif et se mondialise. Lors d’une interview pour le numéro 159 des Inrockuptibles paru en 1998, Manu Chao déclare :

Sur le plan de la recherche musicale, des inventions sonores et mélodiques autour de la chaloupe de base, le dancehall m’intéresse énormément. Dans les clubs jamaïcains de New-York, où je suis DJ de temps en temps, j’en passe beaucoup. Mais au niveau des textes le dancehall est un peu au reggae ce que le gangsta est au rap. Le message à plus à voir avec la révolte armée qu’avec la paix.

En Jamaïque, Bounty Killer, référence du ragga dancehall des années 90, cèdera sa place à Elephant Man au tournant du millénaire.

Au milieu des années 1990, apparaît un regain du roots reggae qu’on dénomme « new roots » et qui compte des artistes comme Capleton, Luciano, ou Sizzla. Le label jamaïcain X-terminator en est d’ailleurs le fer de lance.

Au tournant du millénaire ce sont les enfants biologiques de Marley qui reprennent l’aura prophétique de leur père pour le déverser sur scène avec des reprises et des compositions originales. Ziggy lave son linge en famille avec son groupe Ziggy Marley & The Melody Makers à partir de 1979. Quant à Damian, son titre phare Welcome to Jamrock connait un succès retentissant immédiat.

Depuis un moment déjà le reggae a traversé l’océan Atlantique de tous les côtés, et s’est fait acculturer par diverses communautés. Le new-yorkais Matisyahu transforme et s’accapare ce style pour tenter des performances dans son flow, tandis que les Fugees sortent en 1996 l’album The Score, teinté d’influence caribéennes, avec entre autres la reprise façon Brooklyn de No Woman No Cry.

En Italie, le sicillien Alborosie mêle roots reggae avec ragga dancehall. C’est d’ailleurs le premier artiste italien à s’imposer sur la scène reggae internationale à partir des années 2000.

En France, plus question de Marseillaise reggae ou d’exotisme ridicule à la Stand the Ghetto de Bernard Lavilliers. Les français des années 90, de leur côté acculturent le reggae avec le street style à la française, en tout cas c’est la version Dub Inc. Plus récent, le normand Naâman a réussi à s’imposer sur la scène reggae internationale, avec un premier album produit en Jamaïque et soutenu par des figures du milieu comme Toots and the Maytals ou encore Sly Dubar.

En Afrique, c’est Tiken Jah Fakoly qui reprend le flambeau d’Alpha Blondy en Côte d’Ivoire, pour s’imposer comme une référence du reggae africain francophone sur la scène internationale. Toujours en Afrique, plus précisément en Guinée, on peut retenir le travail de Takana Zion et son new roots reggae qui fait mouche dès son premier album, Zion Prophet en 2007.

The Cat Empire en Australie fait lui aussi entendre ses revendications musicalement rasta à travers ses rythmiques roots et ses chants prophétiques dans Rhyme & Reason le tout teinté d’un côté jazzy tout à fait cosy.

L’essence du reggae a désormais coloré toute une sphère de la musique actuelle. Les rythmes caribéens sont devenus une influence majeure dans le paysage sonore occidental, quelle qu’il soit. Les festivals reggae ont proliféré à travers la planète, de Kingtson à Goa, de Marcau en Aquitaine à Austin Texas. C’est aussi le cas des salles de concerts et clubs dédiés à ces rythmes jamaïcains. L’aura des aïeux de Marley comme ses descendants de sang, ou non, perpétuent l’héritage laissé par les figures d’une culture aussi forte que le jazz, le blues, le rock ou le rap dans notre époque.