La Jarry : un squat d’artistes où solidarité et graffitis sont légion

Artistes et familles se serrent les coudes pour faire vivre leur lieu de vie : la Jarry.

Céline vit et crée depuis trois ans à la Jarry

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Au beau milieu des charmantes maisonnettes de Vincennes, la Cité industrielle de la Jarry sort de terre étrangement, majestueusement. Ma collègue et moi sommes surprises de la dimension du bâtiment, qui répartit ses 46 000 mètres carrés sur 6 étages. Un mastodonte de béton, de fer et de fenêtres que l’on sait en sursis. Céline est une des 300 personnes dont les meubles ont trouvé leur place à la Jarry depuis plusieurs années. Elle nous accueille avec le sourire, mais aussi une certaine retenue accompagnée d’un regard tiède. Elle semble fatiguée, certainement par la situation actuelle de la Jarry, et malgré tout à l’air heureuse de nous faire partager son amour pour ce lieu où elle a emménagé il y a trois ans. Céline nous raconte tout, nous fait tourner à gauche et à droite pour arriver sur une terrasse, devant un atelier ou dans un escalier. Nous sommes déjà sous le charme de ce lieu à l’âme incroyablement douce.

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Une Cité industrielle laissée à l’abandon

Construit en 1930 dans le but de « renouveller » le concept d’habitation, le 106 rue de la Jarry a été conçu pour accueillir des usines, mais aussi les familles des personnes y travaillant. Sorte de complexe utopique moderniste que l’on peut rapprocher de la Cité Radieuse de Le Corbusier, la Cité industrielle de Vincennes avait tout pour rendre les gens heureux : des crèches, des cabinets médicaux, des parkings et des routes, des appartements de fonction et même des restaurants. Mais ça ne durera que peu de temps. La Jarry est désertée au fil du temps, responsable des murs qui s’écaillent. La Cité industrielle se retrouve vide, seule et abîmée, au beau milieu des lotissements bourgeois de Vincennes.

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En 2004, la crise est bien installée en France, le coût des loyers ne cessant d’augmenter en région parisienne. Le climat ambiant est à la survie… Alors pour les personnes souffrants d’une situation précaire, la Jarry semble être la solution miracle. Pendant plusieurs années, elle le sera ! Les artistes, familles, personnes seules, réfugiés et créateurs investissent petit à petit les étages à mesure que les murs reprennent des couleurs, et que la lumière revient.

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L’association La Jarry’v Revient (JRV) est montée par une bonne centaine d’habitants pour obtenir des aides de la mairie et du voisinage, malheureusement en vain. Cependant, JRV fédère et réunit les plus investis autour de leur amour pour leur nouvelle maison. Car si pour les habitants de Vincennes, la Jarry est perçue comme un squat d’artistes paumés et sales, c’est en fait une grande parenthèse hors du temps où l’art et la solidarité sont les moteurs d’un laboratoire culturel et créatif. C’est un lieu de vie collective, de partage et d’échange où 300 personnes se sentent bien, tout simplement.

La liste des occupants de la Cité industrielle fait apparaître un éventail impressionnant de métiers, où les artistes de toutes disciplines côtoient des stylistes, des sociétés de design, des informaticiens, des soudeurs, des régisseurs, des techniciens du spectacle, des chauffagistes, des graphistes … et des familles.
sur MediaPart, octobre 2015.

Pourtant, la mairie de Vincennes refuse toute discussion et menace sans arrêts d’expulser sans concessions les habitants.

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Un vivier artistique et solidaire où chacun a son propre atelier

Céline nous semble désemparée quant à l’avenir de la Cité, qui semble disparaître à petit feu. Les mairies de Vincennes et Fontenay-Sous-Bois ont déjà racheté le terrain et le bâtiment, pour quelques 22 millions d’euro. Au calme et sans pression. Et bien sûr, aucune aide n’est prévue pour ces gens âgés de 1 à 70 ans, qui devront alors se reloger en urgence.

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Ici se tournent nombreux des films et clips que vous visionnez ; ici se conçoivent les pièces de théâtre, les spectacles de danses que vous allez voir, les vêtements que vous portez ; ici répètent les musiciens dont vous écouter les albums ; ici se créées les œuvres qui ornent vos murs ; ici se confectionnent les meubles qui équipent vos maisons ; ici travaillent les informaticiens, les soudeurs, les chauffagistes… qui participent à la vie économique de la ville.
sur MediaPart, octobre 2015.

Ce que l’on voit, lorsque Céline nous emmène à droite, à gauche, en haut et en bas, ce sont des murs remplis de peinture dont les formes évocatrices sont les marqueurs d’une histoire à tout jamais gravée dans les esprits. Les graffitis peuplent l’espace et s’en empare, pour raconter la beauté de la Jarry, bâtiment où seuls le respect, la solidarité, la création et la séreinité planent. Pas étonnant donc de croiser des réalisations de graffeurs et street-artistes parisiens de qualité comme Messager, Kashink, Kraken, Rero, Le Cyclop, Fazer etc. Car non-seulement ils ont dû aimer peindre à ces endroits, mais ils ont du aimer y vivre et y travailler. Car comme la plupart des personnes de la Jarry, ils y ont vécu, apprit et grandit ensemble.

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A lire : Madmoizelle.com
Mediapart.fr

A signer : pétition pour aider les habitants de la Jarry

Elisa Barbier