Nozem et Provo, ces jeunes militants des années 50 à Amsterdam

Aux Pays-Bas, des mouvements contestataires ont marqués l’Histoire du pays : les Nozems et les Provos.

En Angleterre en 1950, les Teddy Boys sont les fervents représentants d’une jeunesse à contre-courant de la société et de leur monde. Ils sont aussi les premiers à s’être crée une identité propre avec un style musical, une attitude et une garde-robe bien définie. Fer de lance d’une vague contre-culturelle, les Teddy Boys ont trouvé un écho aux Pays-Bas, et plus particulièrement à Amsterdam avec les Nozems et les Provos. Peu connus, ces deux mouvements néerlandais ont pourtant fait pas mal de bruit.

nozem-provo

Les Nozems

Aux Pays-Bas en 1950, la guerre a laissé derrière elle de nombreuses cicatrices, notamment une jeunesse bouleversée et traumatisée. Les jeunes adultes ne se retrouvent pas dans la société où ils grandissent, rejettent les formats de vie qu’on leur imposent, et refusent toute forme d’autorité politique et religieuse. En gros, ils envoient tout balader et font un gros fuck à la hiérarchie. Eux, ce sont les Nozems, et ils squattent un peu partout dans Amsterdam. Leur attitude désinvolte et leur amour pour les motos Puch ou Tomos – marques favorites – les obligent indirectement à entrer en confrontation assez régulièrement avec la police locale, figure d’autorité politique qu’ils emmerdent aussi profondément. Pourtant,ils ne sont pas tant attirés par la violence que leurs voisins d’Angleterre, les Teddy Boys.

nozem-provo

À Amsterdam, les Nozems se croisent, se rencontrent et paradent avec leurs bécanes dans le quartier de prédilection : Nieuwendijk. Comme les Teddy Boys, la moto est un symbole de liberté qu’ils chouchoutent et collectionnent ! Mais vers 1960, alors que les fondations de cette sous-culture sont bien mises en place, les idéologies et goûts musicaux poussent les  Nozems à se différencier en deux sous-catégories.

nozem-provo

Le peu d’informations disponibles sur ce mouvement nous invite à supposer qu’une partie était constituée des « rockeurs » tandis que l’autre était plutôt composée des « penseurs ». Les premiers, appelés en néerlandais les Djikers, sont des amateurs de rock’n’roll, se coiffent avec de la Gominasisi Elvis -, ont des chaussures pointues, des chemises blanches et des vestes en cuir. De l’autre côté, les Pleiners en néerlandais – écoutent du jazz, parlent d’art et de philosophie, et sont anti-autorité. Pourtant, cela ne les empêchent pas de très bien s’entendre, les deux groupes revendiquant les mêmes valeurs. Ils allient leurs forces pour se rebeller contre la société post-guerre, et ne veulent appartenir à rien, sauf à eux-mêmes.

À LIRE :   Die Antwoord nous met l'eau à la bouche
nozem-provo

Les provos

Si le mouvement des Nozems s’essouffle, c’est pour laisser la place à un mouvement contestataire plus activiste et libertaire, se réclamant de l’écologie : les Provos. Entre 1965 et 1970 aux Pays-Bas, les Provos tournent à base de happenings artistiques et de distribution clandestine de dizaines de vélos blancs pour protester contre la société toujours plus encline au capitalisme.

Le provo prêche le rejet des disciplines et des hiérarchies de la société industrielle, de l’Est comme de l’Ouest, au profit d’une société dite ludique, où les virtualités créatrices de chacun pourraient s’exercer dans une sorte de révolution permanente dans le jeu, qui reléguerait au second plan les cloisonnements imposés par la division du travail.
La France des années 1968, Antoine Artous, éditions Syllepse, 2008

Le mouvement Provo, à la différence des Nozems, se rapproche à grand pas de l’anarchisme et lutte activement contre la rigidité du système, contre la police et contre l’autorité.

nozem-provo

Comme toutes les mouvances d’une jeunesse réactionnaire, les Nozems et les Provos sont venus à s’éteindre à raison d’une lutte peut-être trop peu efficace concrètement et rapidement. Cependant, tout comme les Teddy Boys et le mouvement punk, les acteurs de ces révoltes citoyennes ont laissé derrière eux un héritage sans lequel notre jeunesse – et notre monde ? –  n’aurait pas été les mêmes.

 

Elisa Barbier
Publicités