Les évaporés, la face cachée du Japon

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Recommencer une nouvelle vie dans un Japon de l’ombre

La nuit tombe dans ce faubourg de Tokyo. Les trottoirs sont déserts mais au détour d’une ruelle, la lumière vacille. Un bâtiment d’apparence normale cache une « société de débarras en tout genre ». Cette entreprise de déménagement d’un genre particulier aide les futurs évaporés à commencer une nouvelle vie. Chaque année 100 000 japonais s’évaporent sans laisser de traces, d’adresses, ni le moindre indice. Vivant en clandestins fantômes de l’archipel nippon, le phénomène est tabou et interroge sur le mal-être de la société contemporaine japonaise.

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Oublions un instant notre culture occidentale et intéressons-nous aux valeurs du pays du soleil-levant. La trajectoire de vie d’un japonais se dessine en forme de U, l’indulgence et la liberté ne sont acceptables que pour les enfants et vieillards. L’adulte quant a lui s’adonne au bonheur quand il dispose de temps. Depuis tout jeune déjà, il a été préparé pour une dure vie. Sa force de caractère transparait non pas dans la révolte mais dans l’obéissance aux règles.

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On lui aura sûrement répété à maintes reprises le dicton « Il faut taper sur la tête du clou qui dépasse ». En effet, le mouton noir est un rebelle très mal perçu par la société. Tout bon citoyen japonais doit tenir son rang et rôle et ne pas faire de vagues. Chaque personne a un « on », une dette qui augmente au fil des années. Un célèbre adage prévient qu’ «on ne rembourse jamais un dix millième d’un on ». Couplé à ce premier principe, le «  giri envers son nom » est le devoir de garder sa réputation intacte en toutes occasions. Au moindre écart ou quand la dette n’a pas été remboursée, l’individu n’a pas réussi à honorer sa mission. Ainsi pour ne pas propager sa honte à autrui, il préfère mettre fin à ses jours comme 90 personnes au quotidien, ou s’évapore.

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Perte d’un emploi, échec scolaire, toutes les raisons sont valables pour que des hommes et femmes de tout âge et classes sociales disparaissent, en abandonnant parfois conjoints et enfants du jour au lendemain. Libre à eux de commencer une nouvelle vie plus précaire après le premier game over. Lavant leur écart sociétal du passé, ils changent complètement d’identité.

 

Considéré comme des déviants, seulement une association peine tant bien que mal à essayer de trouver de maigres indices et aider les familles d’évaporés à faire une croix sur le passé. Même si certains déménagent de Tokyo à un autre quartier de Tokyo, l’enquête pour les détectives dans cette fourmilière labyrinthique s’avère impossible, et une faible majorité reprend contact. Alors les familles ne peuvent que déclarer la personne décédée au bout de 7 ans ou attendre patiemment un signe un beau jour.

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Pour en savoir plus :

Les évaporés du Japon – Léna Mauger & Stéphane Remael (photos illustrant l’article, tout droits réservés).

Les évaporés – Thomas B Reverdy

 

Solenn Cordroc’h