Ce que vous ne savez pas sur Spike Lee

Spike Lee, le mec qui réveillera l’Amérique tout sa vie

Spike Lee
Spike Lee à Brooklyn le 14 juillet © YOSHIYUKI MATSUMURA POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »

A 61 ans, le réalisateur Spike Lee sort en salle mercredi 22 août le très attendu « BlaKkKlansman« , dernier long métrage du génie de Brooklyn et Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en mai dernier. Comme l’impression qu’il remonte en selle, ou du moins sur le ring, ce film risque de cartonner au Box Office, et nous perso, on s’en réjouit.

Spike Lee

Spike Lee c’est 23 films comme « Malcom X », « Do the Right Thing », « La 25ème Heure » ou encore « Inside Man ». Tombé dans la marmite dès l’âge de 20 ans en 1977,  il nous a offert aussi pas moins de 15 documentaires, 6 courts métrages 4 téléfilms et séries et de très mythiques clips. De Prince à Michael Jackson en passant par Eminem et Public Enemy, il a été le témoin de la révolution hip hop aux Etats-Unis dans les années 90 et un storyteller de la communauté noire américaine comme peu d’autres l’ont fait.

Après avoir révélé dans ses films des noms tels que Denzel Washington, Samuel L. Jackson, Halle Berry ou encore John Turturro, nous avons décidé à notre tour de s’attaquer à quelques aspects du très houleux Spike Lee. Un mec à la personnalité bien ancrée, un infatigable de la cause noire qui veut réveiller l’Amérique.

Spike Lee ne réalise pas des « films » mais des « joints »

Il n’a jamais réellement donné d’explication à ce sujet, mais selon les personnes qui ont étudié la question de façon spéculative, ce serait lié à l’expression « That’s my joint » qui signifierait « C’est un super truc ». Quelque chose qui a de l’importance, pour Spike Lee, cela voudrait dire un endroit ou l’on est bien, où on se sent à l’aise. La prochaine fois, dit à tes potes « Ça te dit de se tapper un petit joint à la maison, on va chiller pépère pendant quelques heures. » Et ils comprendront « viens voir un film » évidemment.

Spike Lee

Il n’est pas né à Brooklyn, NYC 

Et non. Le grand amoureux de Brooklyn n’a pas fleuri à Brooklyn mais bien à Atlanta, dans le l’État de Géorgie le 20 mars 1957. On te rassure, Brooklyn est tout de même sa terre d’adoption, on ne peut pas baser un mythe sur un mensonge. Désormais il n’y vit plus, préférant depuis 10 ans sont brownstone de 32 millions de dollars dans le gotha doré de l’Upper East Side, à Manhattan. En 2014, il crée la polémique en s’insurgeant face à la gentrification du quartier de son enfance, Fort Greene à Brooklyn en disant qu’il avait été envahi par les « motherfucker hipster ». Cette problématique se retrouve dans son reboot de « She’s gonna have it » sorti en 2017. Spike Lee aime à se dire que les choses étaient mieux avant, especially dans les années 90.

PS : Woody Allen, lui, est bien né à New York. Mais après tout tout le monde s’en fou d’où tu es né Spike ? Viens de là ou tu te sens bien.

Call him Professeur Lee

Depuis une vingtaine d’années, Shelton Jackson Lee de son vrai nom, est professeur en licence au Graduate Film Program de la New York University, celle qui l’a vu grandir. Depuis peu, dans l’optique de partager son savoir et toute sa sagesse filmique, Spike Lee en partenariat avec le site MasterClass va se lancer dans les cours en ligne pour toucher le plus grand nombre. Bon à toi jeune esthète fauché dans ton appart miteux à bouffer des Lustucru, il va falloir faire quelques économies, car tu devras débourser 90$ pour suivre les précieux conseils de celui qui a révolutionné le cinéma noir américain sous ses casquettes d’écrivain, directeur, acteur, producteur, auteur, et sacré professeur. 

Un publicitaire très branché sneakers 

Spike Lee a réalisé des campagnes de pub pour des marques tels que Levi’s, Nike, Converse, Jaguar, Taco Bell et Ben & Jerry’s. 

Spike Lee
© Alejandro Santiago
Spike Lee

Spike Lee veut te réveiller et te faire danser 

Il casse très souvent l’action avec des scènes de danses comme dans « Do the right thing » et souvent Spike t’incite à te réveiller, avec ce très significatif « Wake Up », sorte de gimmick, d’injonctif dans les joints de Lee (celui-ci se retrouverait apparemment dès l’ouverture de « BlacKkKlansman », cours vérifier !). L’idée dans chacun de ses moments est que tu conscientises la situation, ouvre les yeux sur les problèmes qui t’entoure.

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Ci dessous, l’une des scènes les plus fortes de la filmographie de Lee sous une musique qui nous jazzifie l’âme.

Il aime que toi spectateur tu sois aware !

Il brise le quatrième mur, même quand les personnages ne s’adressent pas forcement à nous, ils regardent la caméra pour tenter de créer une expérience cinématographique des plus agréable, il veut nous provoquer et nous confronterSpike Lee veut nous impliquer toujours plus.

Spike Lee
Tracy Camilla Johns dans She’s Gotta Have It (1986)

Un cinéphile de haute voltige 

C’est un grand amoureux du cinéma, et n’hésite pas citer un grand nombre de classique comme le générique de Star Wars ou le Magicien D’Oz, La Nuit du chasseur avec ce fameux monologue « The story of life » repris dans « Do The Right Thing » avec « Hate – Love ». Il n’a pas non plus peur de référencer ses propres films comme dans « She’s gonna have it » ou le personnage de Nola Darling peint un portrait de Malcolm X. 

Spike Lee
Radio Raheem dans “Do the Right Thing” and Rev. Powell dans “La Nuit du Chasseur »

La Black culture tout en nuance (et pas que) 

Les joints de Spike Lee évoque la condition de la personne de couleur aux Etats-Unis, ça tu dois t’en douter. Mais il ne parle pas de race, de noir ou blanc, son propos est loin d’être manichéen, en fait Spike parle de plusieurs nuances de « races », la « race » étant pour lui aussi compliqué que la couleur. Son investissement le plus notable dans ce leitmotiv reste sans nul doute le biopic sur Malcom X sorti en 1992. En 2010 pour appuyer son « importance culturelle, historique ou esthétique », le film est sélectionné par le National Film Registry pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis.

Spike Lee
Spike Lee et Denzel Washington dans le rôle de Malcom X (1992)

Tout autant, il tient à mettre en valeur l’indépendance de la femme, et ses désirs irréfutables notamment dans son premier long métrage sorti en 1986, « She’s gonna have it » (Nola Darling n’en fait qu’à sa tête) qu’il a reconduit en série pour Netflix en 2017. Nola Darling, une femme définitivement de son temps, jonglant entre trois amants et sa voisine lesbienne. Un free love totalement assumé qui en a inspiré certaines et tant mieux !

PS : Pour la scène de danse endiablée sur la chanson « Raspberry Beret » de Prince, on te recommande chaudement la série !

Spike Lee
Scène du diner avec les trois amants du dernier épisode de la série « Nola Darling n’en fait qu’à sa tête » sorti en 2017

En bleu et orange, j’exilerai mes peurs 

Spike Lee

Les couleurs fétiches de Spike Lee sont le bleu et le orange, l’emblème de l’équipe de basketball new-yorkaise des Knicks qu’il vénère plus que tout au monde. Dans ses films, cette passion colorimétrique se retrouve dans des sous tons, à toi d’être attentif pour remarquer le combo.

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Denzel Washington et Spike Lee se préparant pour un traveling dans Inside Man
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« Do the right thing » – 1985

Mars Blackmon 

Son alter ego s’appelle Mars Blackmon. C’est avant tout le personnage fictif de son film premier long métrage « She’s gonna have it » mais il faut dire que le bonhomme lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Joué par le réalisateur lui même en 1986, il porte une casquette de cycliste brandé « Brooklyn », de larges lunettes so 70s, et les fameuses Nike Air portées par Michael Jordan. Mars, comme Spike est un grand fanatique des New York Knicks, plutôt dragueur plutôt tchatcheur.

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Anthony Ramos et Spike Lee sur le plateau de la série ‘She’s Gotta Have It’ (2017) © Netlfix

32 ans après, il n’est pas difficile de continuer à imaginer Spike Lee de cette manière devant le pont de Brooklyn et avec son phrasé si mémorable. Ah oui, parce qu’on appuie pas dessus, mais le langage spikeleenien, c’est tout une histoire. Beaucoup de flow dans le mot you know !

Il faut que ça glisse chez Spike Lee

Spike Lee

Manipulant la caméra comme il le souhaite, Spike Lee s’amuse à utiliser des angles improbables, mais son truc à lui, sa signature incontestablement reste le « Double Dolly Shot », tu sais lorsque tu regardes un film de Spike Lee et tu vois une personnage flotter autour de la caméra. Les trois quarts de ses joints usent de cette technique, comme tu peux le voir dans la vidéo ci-dessous qui compile toutes les fois ou tu peux voir cet effet dans la filmographie.

Avec ce procédé, Spike Lee réussit à communiquer des émotions différentes qui prennent le contrôle sur le personnage, de cette manière le caractère n’a plus qu’à obéir à cette force qui le pousse en avant. A y voir de plus près, tu comprendras. Dans le film « Malcom X », le personnage de Denzel Washington avance presque comme un fantôme vers son destin, celui de se faire assassiner pendant son discours.

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Spike Lee © Chicago Tribune

 

by Warie.