« Le Bazar du cul » n’a pas encore vu le jour, et c’est déjà un gros bordel
Révolutionner la prostitution, voilà le pari risqué qu’a entrepris la start-up californienne Eros. Si le plus vieux métier du monde est légal dans certains pays, le proxénétisme lui, est considéré comme un crime et jugé comme tel. Mais cela s’applique-t-il aussi dans le monde virtuel ? Le concept d’une plateforme de prostitution appelé Eros, « imaginé » par Michael Carter O’Brien et Kevin Yang, compte utiliser les mêmes outils qui font le succès d’Uber, Amazon ou encore eBay. Sauf que voilà, tout porte à croire que le projet qui a d’ores et déjà amassé 6 millions de dollars grâce au financement participatif, serait en réalité une arnaque aussi grosse que le cul d’une Kardashian.
Mais pourquoi nous acharnons nous sur ce concept révolutionnaire, me direz-vous ? Tout simplement parce qu’on a envie d’y croire (juste pour la blague) et qu’en général, avant d’investir dans une quelconque « bonne idée », il faut un minimum se renseigner. Et c’est ce qu’a fait un journaliste du blog Cryptoinsider fortement intrigué par cette start-up qui aurait, selon leurs dires, récolté 5 millions de dollars en à peine dix jours (mouai, un peu rapide tout ça).
Premier point noir, et non des moindres, les deux soi-disant CEO d’Eros. Sont-ils seulement réels ? Michael Carter O’Brien, écrit dans son profil LinkedIn, avoir été diplômé de l’université de Californie de Los Angeles entre 2007 et 2011. Problème, UCLA n’aurait aucune trace de ce « diplômé en économie ». Étrange. Si le reste du parcours n’est ni confirmé, ni démenti par ses anciennes boîtes, le doute s’installe quant à l’existence du personnage. Pareil pour le deuxième « cerveau », Kevin Yang qui ne dévoile que ses compétences de développeur sur GitHub, site d’hébergement et de gestion de développement de logiciel, sur lequel aucune activité n’a encore été constatée (alors que le lancement de la version bêta est prévu pour le 30 août).
Des CV fake, et une idée plagiée dans les règles de l’art. En réalité, le concept est issu d’un document technique d’une quinzaine de pages écrit par le MIT, appelé « Beaver ». Les deux petits génies ont juste remplacé le nom par Eros. Alors, toujours aussi confiant pour cet investissement ? « Deux personnes avec une simple vision, sans aucun code [informatique], aucune réputation ni crédibilité, demandent cinq millions de dollars », résume Conor O’Higgins, journaliste auteur de l’article choc chez Cryptoinsider. Le but ayant été atteint rapidement, Eros vient d’augmenter l’objectif à 10 millions d’ici fin juillet.
Autre point noir, la technique de financement. La start-up a recours à une ICO (Initial Coin Offering) c’est-à-dire, qu’elle est mi financement participatif, mi cotée en Bourse (IPO, Initial Public Offering). N’importe qui peut donc participer en investissant ce qu’il veut (et peut) et reçoit en retour, ni action, ni droit de vote, mais des « tokens », sorte de coupons qui peuvent par la suite être revendus pour une plus-value. Le truc, c’est que ce système est loin d’être fiable, car aucune réglementation ne l’encadre, ce qui laisse libre cours aux arnaques. Haha ! On doute, hein ?
Et pourtant, malgré tous ces côtés un peu rédhibitoires, le « Bazar du cul » promet une petite révolution du genre. Une plateforme décentralisée « pour faire se rencontrer des adultes consentants, à la recherche de sexe d’un côté et d’argent de l’autre » et ce, à l’international. Un catalogue constitué « d’escorts » est mis à disposition (avec un système de fiches), et les clients n’ont plus qu’à réserver la professionnelle de leur choix via le service. Tout ça, sans être inquiété par les autorités (même en Iran !) grâce au ZeroNet, un simili du DarkNet. Si l’idée d’une plateforme du cul ne date pas d’hier (Ohlala, site allemand lancé en 2015 mais non développé hors frontières), le côté international de la chose pourrait faire basculer la prostitution et nous avec, dans un nouveau monde sans plus aucune limite. On attend la date fatidique du 31 août pour voir réellement si arnaque il y a, ou si on doit investir nos fonds de pension. On vous tiendra au courant.
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