Le sexisme: une affaire d’hommes ?

La misogynie est tout autant sociétale que masculine

Une piqûre de rappel qui semble essentielle dans un monde où féminisme humaniste et misandrie (sexisme anti-hommes) se côtoient, parfois inconsciemment, au risque de se tirer une balle dans le pied. Les gardes parentales majoritairement en faveur des mères en sont le plus brillant des exemples. Soyons honnête, l’homme subit lui aussi le contre-coup d’une société patriarcale qui génère son lot de discriminations envers toutes et tous. A la différence de la misogynie, la misandrie prend plus souvent la forme d’une violence symbolique. La violence physique, elle, vise majoritairement les femmes. Toutefois la violence, qu’elle soit symbolique ou physique, mérite que l’on s’y attarde, surtout lorsque l’une s’allie à l’autre, lorsque la misandrie s’associe sournoisement à la misogynie. Explications.

Misogynie et misandrie: deux mots qui riment

Etant donné que la misandrie représente une injustice en soi et que, de plus, elle fait le lit de la société patriarcale, il convient d’éclairer comment le sexisme anti-hommes engendre aussi ses souffrances. J’entend déjà des critiques véhémentes: que l’on soit bien clair, la société a toujours été et reste profondément misogyne de la conception des relations familiales et amoureuses au pouvoir économique et politique largement accaparé par les hommes. A qui la faute? Aux hommes (mais pas tous!), bien sûr, du moins ceux qui ont dirigé et qui dominent encore nos sociétés, des industriels aux politiques, du harceleur de rue au mari violent. Les revendications des femmes trouveront finalement des portes paroles dès les années 60 marquant la deuxième vague du mouvement féministe.

Ma revendication en tant que femme c’est que (…) je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin. (Simone Veil)

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Ou comment bien résumer l’espérance de millions de femmes: la liberté. D’agir, de penser, de choisir, sans s’aligner sur les attentes masculines. Aujourd’hui si le droit de vote ou le droit à l’avortement ne sont plus remis en question dans nos sociétés dites « avancées » (et encore!), de nombreux combats essentiels sont menés, notamment au nom de l’égalité des salaires. Bilan: sur 5000 ans de « civilisation », cela fait à peine un siècle que les hommes ont commencé à entendre le discours féministe; oui on en est que là! Autant dire que nous les femmes remportons le record d’injustices depuis le début de la race humaine. Une injustice indéniable sans être une raison d’ignorer le sexisme à l’envers: la misandrie.

 

Une rupture amoureuse qui devient une rupture parentale

Je parlais de garde parentale pour introduire ma réflexion. Encore aujourd’hui, 71% des gardes parentales sont accordées majoritairement aux femmes. En d’autres termes, on considère que dans plus de 7 cas sur 10, la femme représente le parent le plus approprié pour se charger de la délicate tâche éducative. Qu’importe si l’enfant est plus complice avec papa ou qu’il a tout simplement besoin d’un équilibre bien plus harmonieux. Ségolène Royal fut l’une des rares figures politiques à dénoncer cette discrimination, en vain.

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Vous avez du voir passer quelques unes où un père désespéré se perche sur une grue pour attirer les médias. C’est souvent parce que voir son gosse 4 jours par mois lui paraît insurmontable. Voila ici un double discours fascinant de notre société. Paradoxalement, elle dénonce, à juste titre, les liens systématiques entre « femme » et « maternité » et on alimente la société patriarcale où la femme est clairement première responsable des enfants. Du coup, le père trinque, considéré comme un parent de seconde zone, et la femme porte toujours son étiquette de mère à tout prix. Difficile de nier qu’ici l’égalité des sexes face aux mêmes droits n’est pas respecté. Et le droit de jouir de l’existence de son enfant me semble presque archaïque, au moins existentiel, et ne devrait pas pouvoir faire l’objet d’un débat. D’ailleurs, cette pression de la perte de la garde pousserait beaucoup d’hommes à ne pas quitter leur compagne par peur de ne plus voir leurs petits. Triste résultat d’un système judiciaire inégal.

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Les gigolos, ces oubliés de la prostitution

Un des sujets souvent repris par les féministes (et elles ont bien raison) est la prostitution et ses réseaux mafieux qui exploitent des femmes sans défense. En effet, une minorité de femmes choisissent ce métier et l’exercent dans des conditions décentes. Malheureusement, je vois bien trop peu de critiques du phénomène des gigolos africains qui, par la force des choses, doivent bander pour une mamie friquée. Un business juteux en plein essor.

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Des hommes qui offrent les services de leur manche, feintent l’amour et abandonnent leur indépendance pour fuir un pays en guerre ou survivre en satisfaisant une sexagénaire ultra riche… Le dégoût reste le même: un être est contraint de vivre une situation dégradante pour survivre. Là aussi, opacité ou presque. Pourtant au Royaume-Uni, entre 2010 et 2015, le nombre d’escort boys a triplé passant de 5.000 à 15.000… De quoi fournir un lot de « petits noirs » dociles à la merci des désirs de bourgeoises insatisfaites.

 

La misogynie: un peu d’amalgames et de mauvaise foi

A force de lutter contre ces « goujats de mecs », on en oublie qu’il ne faudrait pas tout interpréter comme misogyne. Dans le domaine de la sexualité, une pression particulière s’exerce sur les hommes. Un homme ne peut pratiquement plus exprimer ses désirs sexuels librement. Délicatesse et doigté sont de rigueur car le moindre mot « cru » peut être interprété comme une volonté de dénigrer la femme. Alors qu’une nana qui parle d’un « bon coup » ou d’un mec qu’elle « s’est faite » ne verra pas son discours être taxé d’une dose de sexisme.  Subtil mais tout de même vrai: si la sexualité de la femme reste encore un tabou, les envies sexuelles masculines sont trop souvent connotées comme violentes et dégradantes. Quant au site adopteunmec.com où le logo représente un homme qui tombe dans un caddie comme un vulgaire sachet de pâtes en promo… Imaginez l’inverse. Sans commentaire.

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Enfin, je conclurai sur un combat qui me tient à coeur: la misogynie n’est pas exclusivement masculine. Loin de là. C’est toute la société qui l’est devenue, contaminée sournoisement dans son inconscient collectif. Car si la misogynie trouve ses racines chez l’homme, les femmes perpétuent également des propos et des comportements dits machos. Combien de femmes balancent  « elle doit avoir ses règles », « tu t’en sors avec toutes ces nanas » ou « elle s’habille comme une p*** »? De même, un simple « mademoiselle » vous taxe désormais de macho mais personne ne blâme Beyoncé, la soi-disante star planétaire féministe, de mettre en avant ses courbes les plus sexuelles et donc d’exploiter l’un des des plus vieux comportements misogynes: l’instrumentalisation sexuelle de la femme. Une féministe qui vend le corps de la femme pour son marketing: quel brillant sens du sarcasme!

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Clip « Partition », Beyonce.

S’il faut s’attaquer au machisme, il va falloir affronter tous ses acteurs et toutes ses actrices. Il est bien naïf d’adresser les discours féministes qu’aux hommes puisque la gente féminine a elle aussi cédé à des conceptions sexistes. Réinventer notre système éducatif, ouvrir les débats, sensibiliser hommes, femmes, filles et garçons à ne pas reproduire les schémas du passé permettra peut être un jour de ne plus parler d’une société féministe mais plus généralement d’une culture profondément humaniste où tout le monde trouverait sa place sans être réduit à son matos biologique.

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