La secte bouddhiste la plus influente de Thaïlande

Corruption et détournements de fonds d’un moine gourou

A une heure de Bangkok, un temple bouddhiste à la grandeur démagogique et la coupole dorée digne d’une soucoupe volante abrite 3000 moines sur 400 hectares. Derrière la façade de la religion bouddhiste, la corruption guette. Pure science fiction ? Les faits révèlent exactement le contraire et chamboulent la Thaïlande dans une affaire qui défraye la chronique.

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31 millions d’euros, voici la somme astronomique détournée par le moine Phra Dhammachayo, à la tête d’un empire religieux très juteux. Chef de file de la secte bouddhiste Dhammakaya, le gourou ne cache pas son ambition de conquérir la planète, après avoir déjà séduit nombre de fidèles en Thaïlande, attirés par sa vision moderne du bouddhisme, première religion du pays.

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Lors de séances de méditations, le célèbre « inspirez, expirez » se voit remplacé par un « enrichissez-vous ». Des salles de dons avec distributeurs automatiques permettent aux fidèles de soutenir le temple. En échange de finance, une réduction fiscale est appliquée, ou mieux encore, les sommes d’argent détermineront le niveau d’élévation à la mort du bon samaritain. En bref, pour avoir un meilleur karma, le porte-monnaie suivra.

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Fondé en 1970, le culte devint à l’ascension de Phra Dhammachayo à la tête du mouvement, une entreprise de consommation pérenne. La communication agressive et marketing de masse ont séduit des milliers de thaïlandais principalement issus de la classe moyenne. Les techniques commerciales ont permis d’ouvrir pas moins de 90 branches à l’étranger dans 35 pays dont la France. Le mouvement possède même ses propres radios, chaînes de télévisions et son magazine mensuel. Pourtant bien loin des valeurs bouddhistes, la secte Dhammakaya est devenue la plus riche et influente de Thaïlande.

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Une médiatisation qui ne plait guère au gouvernement. Pourtant, c’est encore sous les feux des projecteurs que la guerre fit rage dans ce temple. En février 2017, des policiers ont encerclé l’édifice afin de mettre la main sur le gourou. Cependant, la perquisition ne permit pas de déloger l’homme de pouvoir, évaporé. De jours en jours, des milliers de fidèles s’amassèrent, faisant front aux policiers afin d’empêcher la poursuite de l’opération. Coup de théâtre le 10 mars, les forces de l’ordre se retirèrent sur ordre du gouvernement, afin de calmer les ardeurs grandissantes de la population. Choquée de voir les images des affrontements, le suicide d’un partisan et la grève de la faim de certains croyants, l’enquête se poursuit cette fois-ci dans la pénombre. L’épineux problème au-delà de la corruption et non-transparence des finances, est le lien établi entre Dhammakaya et les chemises rouges, s’opposant à la junte au pouvoir et aspirant à établir leur propre justice.

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Pour l’instant, toujours pas de traces du gourou, qui continue à étendre son triomphant pouvoir au nez et à la barbe du gouvernement.

 

Solenn Cordroc’h

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