Larung Gar, la ville qui défie le pouvoir chinois

Objectif affiché : passer de 20 000 à 5 000 religieux

Larung Gar, c’est un village de maisons bancales, faites de bric et de broc, en plein cœur de la Chine. Installé à 4200 mètres d’altitude, sur le flanc d’une vallée qui était encore inhabitée en 1980, il abrite plus de 20 000 religieux bouddhistes. C’est devenu, rapidement après sa création, un des plus grands centres d’enseignement et d’étude du bouddhisme dans le monde. Étudiants, moines et nonnes s’y côtoient chaque jour et y méditent ensemble, lors de séances allant de 2 à 3 heures, le tout plusieurs fois par jour.

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En 2001 déjà, Larung Gar avait été la cible du gouvernement chinois. Le régime de Xi Jinping tolère difficilement les religions et avait en ligne de mire la communauté, établie en plein cœur de la province du Sichuan. Démolitions, déportations, puis abandon. Certaines personnes avaient été délogées de force et contraintes de rentrer dans leurs provinces d’origine. Là, elles subissaient un enseignement spécifique destiné à leur faire oublier toutes les connaissances acquises à l’université bouddhiste. Ils avaient appelé ça la « rééducation patriotique ». La même année, Yarchen Gar, autre campement bouddhiste, avait subit le même sort. Pour tenter de résister, les habitants n’avaient trouvé que les solutions les plus extrêmes et les plus désespérées. Suicides, immolations… Certains étaient même devenus psychologiquement fragiles à la vue de leurs maisons dévastées par les engins de chantier.

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Et 15 ans plus tard tout recommence. Larung Gar et Yarchen Gar sont de nouveau la cible du gouvernement communiste chinois. Et cette fois-ci, pas question de faire les choses à moitié. Sur les 20 000 religieux installés sur le campement de Larung Gar, Xi Jinping veut en déloger les trois quarts. Et ne reculera devant rien pour en bouger plus que prévu. Si certains résistent, les forces de l’ordre verront là l’occasion de faire du zèle et s’occuperont des récalcitrants. Des milliers de nonnes sont déjà enfermées contre leur gré dans des camps, sans savoir quand elles sortiront. Ni si elles sortiront un jour. Ni même où elles iront une fois dehors.

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Les pelleteuses et autres bulldozers travaillent déjà à réduire leurs vies à néant, et tous sont priés de ne pas s’opposer. Alors les occupants des logements détruits se réfugient dans d’autres baraques qui, pour certaines d’entre elles, accueillent jusqu’à 15 personnes sous des toits de tôles ondulées et entre des murs branlants. L’attitude défiante de la ville, si le plan du gouvernement est mené à bien, lui aura donc coûté bien cher. Rajouter à cela qu’elle est une enclave du Tibet n’arrange rien. Et les chinois se sont fixé une deadline pour y parvenir : le 30 septembre 2017.

Pierre Antoine BOIVENT