Une campagne pour sensibiliser au revenge porn

« Are you sure you want to give him that much power ? »

 

N’importe qui aime recevoir des « nudes » d’une personne qui l’attire. En revanche ceux et celles qui en envoient, ne réalisent pas toujours le pouvoir qu’ils donnent à leur destinataire. C’est pour cette raison que Children of the Street Society, une association canadienne dédiée à la protection de l’enfance, lance une campagne de sensibilisation sur les dangers des selfies dénudés, et la pratique du revenge porn.

Revenge porn

En effet, depuis quelques années, nombre sont les victimes du revenge porn, cette pratique consistant à publier sur Internet des contenus sexuellement explicites sur un(e) ancien(ne) partenaire (ou autre) dans le but de se venger de ce(tte) dernier(ère) en l’humiliant. Cela peut être des photos, des vidéos, prises par le sujet ou une tierce personne.

 

Revenge porn

 

La campagne en question reprend les codes esthétiques des messages et push ups affichés sur nos smartphones et tablettes, et nous fait prendre conscience des conséquences possibles en envoyant cette photo, à la manière des conditions générales d’utilisation ou des options de confidentialité et de sécurité.

 

Revenge porn

 

90% des victimes sont des femmes. D’ailleurs, quand on lit certains commentaires sur les réseaux sociaux, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’un problème concernant seulement les victimes, mais les femmes en général. Beaucoup les insultent, en disant qu’elles n’avaient qu’à « pas faire leurs putes à prendre des photos d’elles à poil », ou ce genre de chose. Le problème n’est pas là, le problème c’est le consentement. Prendre une photo de soi nu, ou laisser quelqu’un en prendre une, n’a certes rien d’anodin, mais ne devrait pas être un problème lorsque la confiance est mutuelle. Et les détenteurs de ces photos ne devraient même pas avoir l’idée de l’utiliser comme une arme, parce que c’est bien ce qu’ils font.

 

Le revenge porn, un fléau qui fait des victimes chaque jour

Hier encore (ce n’est pas une expression, c’était bien hier), un nouveau cas de revenge porn concernant une célébrité a été recensé. Misha Barton, surtout connue pour son rôle dans la série Newport Beach, a signalé par le biais de son avocate qu’une vidéo à caractère sexuel la mettant en scène était en vente sur plusieurs sites Internet. Habitant en Californie, l’actrice a les moyens de poursuivre judiciairement le responsable, qu’elle pense être un homme avec qui elle a eu une relation amoureuse.

Revenge porn

 

Car le revenge porn n’est pas encore pénalement condamné de partout, mais les gouvernements s’y attaquent de plus en plus. Au Canada, il est criminalisé depuis 2014, considéré comme de la cybercriminalité. Le Japon a fait de même. L’Angleterre et le Pays de Galles punissent le revenge porn depuis 2015. Israël a fait mieux, en janvier 2014, en étant le premier état à classer le revenge porn comme crime sexuel. Aux Etats-Unis, seize états ont des lois clairement applicables à cette pratique : l’Alaska, l’Arizona, la Californie, le Colorado, le Delaware, la Géorgie, Hawaii, l’Idaho, l’Illinois, le Maryland, le New Jersey, l’Idaho, la Pennsylvanie, le Texas, l’Utah, la Virginie et le Wisconsin. Une quarantaine d’états ont eux des lois anti-cyberharcèlement, donc potentiellement applicables au revenge porn bien que non spécifiques à celui-ci. De nombreux cas ont déjà été poursuivis, ainsi que des sites dédiés exclusivement au revenge porn, comme UGotPosted, dont le fondateur a été condamné à 385 000 $ d’amende et 18 ans de prison, pour 31 accusations dont extorsion et vol d’identité. On peut penser à IsAnyoneUp, un site dont le fondateur avait payé un pirate informatique pour qu’il vole des photos explicites sur des ordinateurs, et a été condamné. De nombreux autres cas sont recensés. En France, le revenge porn est pénalement puni depuis octobre 2016, ainsi que le fait de porter à la connaissance d’autrui que des documents explicites de quelqu’un existent, sans son consentement. C’est l’article 226-2-1 du Code Pénal, et il prévoit des peines de deux ans de prison et 60 000 euros d’amende.

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En 2015, une journaliste Danoise, Emma Holten avait réagi à la publication de photos d’elle nue de manière peu banale. Elle avait posté d’autres photos d’elle dénudée. Elle expliquait sur le site Hysteria « Ils [les hommes qui ont vu les photos] savaient que c’était contre ma volonté […] Cette absence d’accord de ma part était érotique pour eux, ils ont savouré ma souffrance. C’est une chose d’être sexualisée par des personnes qui sont attirées par vous, c’en est une autre d’être complètement déshumanisée. […] Avec ces photos, je suis un sujet et plus un objet sexuel. Je n’ai pas honte de mon corps, mais il m’appartient. Le consentement est donc la clé. De la même manière que le viol et le sexe n’ont rien à voir l’un avec l’autre ». Un acte de militantisme incompris par certains, soutenu par d’autres, mais qui ne peut laisser indifférent.

 

Revenge porn

 

 

Damien Orsat

 

 

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