Qui est Docta, le pionnier humaniste du graffiti en Afrique ?

Le graffiti conscient et engagé de Docta dépasse les frontières et casse les codes d’une culture stéréotypée.

Humeur : à écouter en même temps que la lecture de cet article. 

Docta en wolof signifie « le docteur« . Pourquoi se donner un nom si prestigieux ?
Simplement car ce que cet homme a entreprit dans son pays est prestigieux. Il s’est hissé au rang de pionnier du graffiti au Sénégal et plus largement en Afrique grâce à des actions à but non lucratif et une démarche altruiste, tournée vers sa ville et son pays. Sa mission : montrer aux plus petits le chemin, et leur donner la possibilité de développer leur passion pour le dessin tout en ayant un rôle essentiel au sein de sa ville et de sa communauté.

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Docta

Docta s’approche aujourd’hui de la quarantaine d’années, et s’appelle dans la vraie vie Amadou Lamine Ngom.
Il a grandit à Dakar au Sénégal, entouré de sa famille, de ses potes et avec la curiosité de découvrir le monde. En 1984, Docta rentre dans le cercle très fermé du hip-hop en faisant du break-dance sur du Run DMC. Ses potes qui habitent à l’étranger, notamment en Amérique, lui envoient des cassettes vidéos de clips et de battles qui permettent aux jeunes de Dakar d’évoluer, d’apprendre et d’innover. Leur identité propre se dessine petit à petit ! L’inspiration se trouve d’une autre part dans les magazines dédiés à la culture urbaine comme Groove et Radikal, que le jeune Amadou collectionne et dévore…

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Vers 1988, sa grand-mère lui laisse le champ-libre sur les murs de la maison pour qu’il s’entraîne à graffer, ce qu’il fera sans s’arrêter.
Il ne veut pas perdre ce coup de crayon si précieux. Et puis, Docta et ses potes sortent de leur cercle de confort pour aller dans la rue. En 1989, le Ministère de l’Éducation et de la Jeunesse lance le projet « Set Setal » qui consiste à nettoyer et embellir les rues et les quartiers laissés pour compte de Dakar : aubaine pour les jeunes du Doxandem Squat Crew, celui de Docta, qui iront entièrement repeindre des murs entiers de leur ville !

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Murs peints par Docta

Avec ce système, tout le monde est gagnant. Mais ceux qui sont au centre de l’attention, ce sont les habitants des quartiers. Les graffeurs locaux tiennent avant tout à rendre la vie meilleure grâce aux dessins, à apporter de la couleur et de la joie dans des lieux abimés par le temps. Et pour que les gens ne soient pas eux aussi vieillis par le temps qui passe, alors les artistes de Dakar s’expriment sur les murs. D’ailleurs, ce ne sont pas le blaz (= nom) des graffeurs que l’on lit mais bien des mots ou expressions destinées à sensibiliser les passants : fadiou signifie « se soigner » et par extension « Mieux vaut prévenir que guérir« , ou encore « Paix« , « Santé« , et « Sida« . Voilà le graffiti préventif.

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Santé
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Fadiou

Le graffiti de Docta est conscient, engagé et humaniste.
Il est là pour représenter la communauté, son peuple, et être utile aux autres du mieux que possible. Ainsi, avec des actions comme la caravane « Graff & Santé » et le Festigraff, premier festival de graffiti en Afrique, Docta donne une dimension sociale à une pratique très codifiée et stéréotypée en réunissant des personnes de tous horizons pour aider son voisin, qu’il soit différent ou semblable à nous.

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Docta était un des invités de l’édition 2013 du festival Paris Hip Hop, et avait réalisé une fresque de 20 mètres de long en hommage à Nelson Mendela. Intitulée « Madiba, la référence« , la gigantesque pièce était le fruit du travail de plusieurs graffeurs de toutes origines : Curio, Rasty, Marko93, Lazoo, Da Cruz et bien sûr Docta.

Humeur : à écouter après avoir lu cet article, posey.