Lames de rasoir et Teddy Boys, la subculture des 50’s

Les Teddy Boys, première réelle culture jeune britannique

Après la 2ème guerre mondiale une culture jeune urbaine se développe dans les quartiers prolétaires d’une Angleterre en ruine. Ce sont les Teddy Boys ou Teds, habillés dans un style édouardien, long mentaux, coupe de cheveux grasse plaquée en arrière ou en banane, lames de rasoirs et couteaux à cran d’arrêt. Ils vont développer la culture jeune à l’âge adolescent et terroriser les rues et quartiers des grandes villes de sa majesté la reine d’Angleterre.

Dans les 50’s, les jeunes qui sont nés peu avant ou pendant la guerre ont vécu les traumatismes des bombardements, la famine, les ravitaillements, la mort de proches, … ce qui a considérablement marqué leur enfance. Ces familles brisées par la guerre ont laissé des jeunes livrés à eux-même. Entre 1945 et 51 la délinquance juvénile se multiplie dans les quartiers défavorisés des grandes villes d’Angleterre et elle double entre 1955 et 1958. Au milieu des 50’s, ces jeunes issus des banlieues de Londres et des villes industrielles du Nord se reconnaissent dans une culture jeune qui fait parler d’elle jusqu’à la fin de le décennie. Ils sont surnommés Teddy Boys ou Teds en raison de leurs costumes néo-edouardiens. Ils sont un élément cruciale d’une subculture qui a marqué toute une génération de jeunes prolétaires et ont créé un changement culturel de l’âge adolescent.

Ces jeunes se déplacent en bande, comme les gangs ils ont leur propre style, leurs chefs, leurs règles, leurs rites de passage et d’initiation. Mouvement essentiellement masculin même si on trouve des bandes de Teddy Girls, les filles ne sont généralement pas intégrées dans ces bandes majoritairement misogynes. Les Teds, fils de familles prolétaires travaillent souvent à l’usine dans la journée, ayant arrêtés l’école au plus tôt car ils la considèrent comme une « insupportable corvée« . Ils se retrouvent le soir pour squatter les coffee bar, les cinémas de quartiers ou les concerts d’un rock’n roll émergent dans lesquels les bagarres sont monnaie courante. Ils fréquentent peu les pubs car l’alcool y est prohibé avant 21 ans et très peu de jeunes de leur tranche d’âge s’y retrouvent. Ces adolescents rebelles sèment la terreur dans les rues des grandes villes comme Londres dont le quartier de Elephant and Castle est l’un de leurs fiefs, Liverpool, Birmingham, Nottingham, Leeds ou Manchester. Ils y « possèdent » leurs territoires dans lesquels ils commettent viols, bagarres à l’arme blanche ou passage à tabac d’immigrés. Ces adolescents issus des jeunesses prolétariennes sont souvent racistes et xénophobes. Ils ont activement participé aux émeutes raciales de 1958 et 1959 démontrant leur refus de l’arrivée dans leurs quartiers des immigrés du Nouveau Commonwealth. Les médias de l’époque les peignent comme une réelle menace à l’ordre public, ce qui contribue ainsi à leur créer une forte image de bad boys et à renforcer leur notoriété vis-à-vis de la peur des individus.

Le pouvoir d’achat des Teds est relativement faible mais ils dépensent leur salaire dans l’achat de vêtements et les sorties dans les cafés. Ils méprisent la bourgeoisie ainsi que le matérialisme et se marginalisent car ils n’ont pas accès à la société de consommation de masse qui se développe durant cette décennie. Prouvant leur originalité avant tout avec leurs vêtements, leurs coiffures, et leur attitude, leur style mélange provocation en se démarquant du style vestimentaire de la génération précédente et fausse décontraction. Ils refusent de passer de l’âge d’enfant à celui d’adulte, ainsi, ils contribuent pleinement à une culture adolescente et pré-adulte, ne respectant ni les institutions, ni la famille, ni l’Église, ni la police, et encore moins la monarchie britannique, inventant leur propre vocabulaire d’argot. Ces jeunes se reconnaissent dans la vague rock’n roll qui traverse l’Atlantique avec fureur et écoutent Bill Halley, Elvis Presley, Eddie Cochran, Buddy Holly, Little Richard, Billy Fury, … sur les jukebox des coffee bars. Cette subculture contribuera à la naissance des mouvements rockeurs et mods la décennie suivante.

Désormais le style vestimentaire de cette jeunesse britannique d’après guerre revient petit à petit à la mode dans certains milieux. On vous laisse vous replonger dans cette culture jeune à travers The Teds de Richard Smith et Chris Steele-Perkins.

Michel-Angelo