William S. Burrough l’amoureux lettré des opiacés

Homme de lettre, junkie invétéré, world traveler, Burroughs le junkie qui traversa l’histoire

Le New York Times titre son édition du 16 novembre 1952 : « This Is The Beat Generation ». La beat génération a donnée naissance au plus grand mouvement littéraire d’après guerre dans les États-Unis des années cinquante, teinté de voyages, de débauches sexuelles et narcotiques, ainsi que de l’élaboration de nouveaux procédés d’écriture.

Fils d’une bonne famille de Saint-Louis dans le Missouri, William Seward Burroughs, grand homme, maigre au look austère ; amateur d’armes à feu, homosexuel et héroïnomane, il devint une figure emblématique de l’écriture undergound de l’Amérique d’après guerre. Il a pourtant toujours pensé que la drogue était un moyen de manipulation de la rue par les autorités fédérales pour ainsi éviter toute révolte. En même temps il n’a pas complètement tord car les années cinquante sont l’époque du projet secret MK-Ultra développé par la CIA qui consistait à utiliser les substances psychoactives dans un but de manipulation mentale.

Au début des années quarante, William S. Burroughs vit à New York où il côtoie la pègre locale, trempe dans des affaires pas nettes avec ses amis Cassady, Kerouac, Ginsberg, et commence à se shooter à l’héroïne. Puis, durant la deuxième moitié des années quarante, Burroughs emménage avec sa femme Joan Vollmer dans une ferme au Texas dans laquelle il fait pousser du cannabis. Surveillé de près par les autorités, il part pour Mexico en 1949. De sa période mexicaine émergea son premier ouvrage : Junky, réel manifeste de l’héroïnomane en errance. Il y développe « l’équation de la came » qui dépasse le simple plaisir pour former un mode de vie. Les drogues, leurs effets, le quotidien des junkies sont autant de sujets abordés à travers le genre littéraire de son roman.

Après des ébats éthyliques à Mexico, le 6 septembre 1951, il tente de reproduire la performance de Guillaume Tell mais avec son pistolet. On vous laisse imaginer la scène : sa femme Joan Vollmer avec qui il est depuis 1946, une pomme posée sur la tête, Burroughs arme à la main tire et grille la cervelle de sa compagne devant le regards ébahit des badauds qui assistaient à la performance. La police mexicaine le place en prison pendant un an, puis grâce à la corruption il parvient à fuir et sillonne l’Amérique du Sud à la recherche de l’expérience chamanique du yagé (le breuvage hallucinogène ancestrale d’Ayahuasca concocté avec des lianes). Il est rejoint brièvement par son ami Allen Ginsberg en 1953. De ses correspondances épistolaires avec son ami Ginsberg sera compilé Les Lettres du yagé, dont la première édition est publiée en 1963.

Il se retrouve ensuite à Tanger en 1954. Il qualifie la ville en tant que « pouls du monde, une frontière entre rêve et réalité ». Là-bas il consomme énormément de haschich et d‘opiacés dont l’oxycodone, un analgésique très puissant de la famille des opioïdes, et il se gave de maâjoun, une sucrerie locale concoctée avec du haschich, du miel et divers épices. Ses amis Kerouac et Ginsberg viennent lui rendre visite et le retrouve complètement dépité. Ils vont compiler ses fragments pour composer le Festin Nu, son œuvre majeure. Naked Lunch de son titre original, a été écrit à Tanger entre 1954 et 1957. Il est publié en France par Maurice Girodias en 1959 aux éditions Olympia Press pour échapper à la censure de l’Oncle Sam.

Il commence une cure de désintoxication en 1956 à Londres, puis s’installe pour une courte période au Beat Hotel de Paris ou il élabore la technique du cut-up avec Brion Gysin qu’il expérimente dès 1959. Cette technique d’écriture consiste à composer un texte grâce à des fragments textuels découpés puis réassemblés mais de façon aléatoire ou prédéfinie de manière à créer des distorsions spatio-temporelles dans le texte créant des situations décalées.

Dans les années soixante il écrit dans des magazines alternatifs à Londres, puis repart s’installer à New York en 1974 où il officie durant une courte période comme professeur de lettre.

Dans les années quatre-vingt il se met à la peinture et développe son propre style avec les shotgun paintings consistant à tirer à l’arme à feu sur des bombes de peintures disposées devant une surface vierge.

Burroughs a traversé la quasi intégralité du XXème siècle côtoyant différentes générations tel celles des beatniks, des hippies, des punks, et du grunge des années quatre-vingt-dix à travers un projet sonore mené avec Kurt Cobain, jusqu’à s’éteindre à 83 ans le 2 août 1997 (la dernière figure emblématique de la Beat Generation).

Michel-angelo