Retour sur la démocratisation de l’ecstasy

Pilule d’amour et symbole d’une génération, L’ecstasy dans notre société

L’ecstasy est une drogue ayant traversée les âges (fin XXème siècle, faut pas déconner non plus) qui se présente régulièrement sous la forme de pilule de couleur sur laquelle est gravé un motif. Sa molécule, la MDMA (3, 4-méthylène-dioxy-méthamphétamine), agit directement sur les neurones censés réguler les affects, l’humeur et l’impulsivité qu’elle brouille. Les effets recherchés sont l’euphorie, la détente, l’inhibition, l’énergie et le sentiment de liberté totale. C’est une drogue qui contribue au rapprochement physique en créant une complicité empathique, même si la molécule n’est pas un stimulant sexuel (vous avez sûrement déjà eu une mauvaise expérience à ce niveau et c’est normal !). Pendant la montée, les muscles de la mâchoire se contractent, l’anxiété monte et la tension artérielle augmente, la bouche s’assèche, la peau devient moite, l’impression de légèreté rend perplexe et les BPM de ton cœur augmentent. Ensuite, la sensation de quiétude et d’euphorie prennent la place des effets désagréables

La molécule MDMA a été synthétisée pour la première fois en 1898 par le chimiste allemand Anton Köllisch, puis, redécouverte par les laboratoires Merck en 1912. Elle était testée dans le but de booster l’armée allemande en améliorant la performance des soldats.

Entre les années cinquante et les années soixante-dix elle est testée par la CIA dans le cadre du projet MK-Ultra qui visait à développer des substances et des techniques de manipulation mentale. Dans ce projet secret (qui a été depuis révélé) le LSD était testé dans l’objectif d’en faire un sérum de vérité.

Au début des 70’s la MDMA est prescrite aux États-Unis par les psychiatres mais ce traitement est vite abandonné à cause des dégâts causés sur les patients. Précisons que certaines amphétamines étaient toujours prescrites comme coupe faim dans les années 90, rappelez-vous la mère de Harry qui devient complètement folle dans Requiem for a Dream de Darren Aronofsky.

En 1976, Alexander Shulgin, connu comme le « parrain » de l’ecsta crée un nouveau processus pour la synthétiser. Le 9 juillet 1986 elle est rajoutée à la liste des stupéfiants soumis à la loi du 31 décembre 1970 relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie, et à la répression du trafic et de l’usage illicite des substances vénéneuses (une longue dénomination pour pas grand-chose).

L’ecsta arrive à Ibiza en 87, c’est le début de la grande époque de la baléaric, de l’Amnesia et de Dj Alfredo, juste avant le summer of rave en Angleterre. Justement, la musique électronique s’implante petit à petit dans le paysage sonore européen et crée des connections. Ainsi, comme raconte Peter Hook (bassiste de Joy Division puis de New Order) dans son ouvrage L’Haçienda : La meilleure façon de couler un club, c’est qu’après avoir été avec son groupe sur cette île paradisiaque, ils ont ramené de l’ecsta à l’Haçienda et que ce produit s’y est très vite démocratisé. Les gangs de Manchester et Salford sautent sur l’occase et s’accaparent le monopole de la vente d’ecsta dans les clubs, c’est le début du Madchester.

Grâce à la réduction de la sensation de fatigue et facilitant les états de transe permettant ainsi de danser de longues heures sans se sentir fatigué, ainsi que par l’amplification de la perception des rythmes et des décibels, la MDMA est très vite utilisée dans les clubs et affiliée à la culture electro et clubbin’. Des mesures anti raves sont prises par le gouvernement Thatcher, interdisant les soirées sauvages (qui étaient tout de même payantes) et donnant ainsi naissance aux free parties qui ne tardent pas à franchir la Manche et à se propager en Europe.

L’ecstasy est aussi présente à la grande époque de la techno berlinoise des années quatre-vingt-dix. En fait, on ne va pas vous lister chaque pays et chaque année à laquelle elle apparaît parce qu’elle est toujours une drogue à la mode dans beaucoup de pays et dans beaucoup de milieux sociaux à notre époque. Effectivement, que vous alliez en Angleterre, en France, en Allemagne, au Portugal, en Espagne, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, … la liste est encore longue et vous n’aurez aucun mal à vous procurer de l’ecstasy ou de la MDMA de nos jours. Après s’être démocratisée dans les clubs, les raves, les teknivals, l’ecsta est aussi consommée dans les bars, dans les petites soirées entre potes, et même dans les stades parmi les supporters lors des rencontres sportives.

La nuance entre les deux substances est que la MDMA est la molécule de l’ecstasy, elle se retrouve en général sous forme de petits cristaux (bruns, blancs, parfois bleutés ou rosés), alors que l’ecstasy est une pilule de MDMA mais déjà compressée. On ne peut pas vérifier les substances qui sont à l’intérieure de la pilule (à moins de la faire tester). Du coup selon le bon vouloir de votre dealer, ou du dealer de votre dealer, vous pouvez rapidement vous retrouver avec une pilule contenant très peu ou pas du tout de MDMA, coupée avec de l’amidon (et encore vous serez chanceux si ce n’est que ça), des anabolisants, des analgésiques (médicaments utilisés dans le traitement de la douleur), de la caféine, de la Kétamine, du speed, des dissolvants, …

Attention on vous rappelle que la drogue, même si c’est culturelle, c’est mal. Tu risques l’hyperthermie qui entraîne la déshydratation, la perte de connaissance si la température dépasse les 41 °C (si ça arrive à un de tes potes et qu’il ne se réveille pas appelle vite l’ambulance parce que crois nous, mieux vaut que la soirée soit gâchée mais ton pote en sécurité, que d’avoir la mort de quelqu’un sur la conscience parce que tu voulais le laisser dormir et continuer sans prise de tête), la fonte des muscles, des crises d’épilepsie, et bien d’autres effets que tu n’as sûrement pas envie de ressentir. Sur le long terme les risques sont les difficultés de concentration, troubles de la mémoire, dépression et changement d’humeur (la molécule réduit la production de sérotonine dans le cerveau, neuromédiateur impliqué dans la régulation de l’humeur), douleurs musculaires, crises d’angoisse, dysphagie, parfois accès de violences et des dommages sérieux sur les neurones et le comportement. Après, la MDMA, comme toutes les drogues dépend de la personnalité du consommateur et de ses antécédents psychiques.

So, let’s take a pill, mais faites gaffe, en 2005, la consommation solitaire de MDMA était estimée à 30 % chez les usagers.

Michel-Angelo

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