Les armes aux Etats-Unis: le business de la peur

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Tradition et peur collectives

357 millions d’armes pour 317 millions d’américains. Aux Etats-Unis, il y plus de flingues que d’habitants… Un peu comme en Australie où les moutons sont plus nombreux que les bipèdes, mais bon, les conséquences n’ont rien à voir… Tueries, meurtres, suicides, accidents… Une violence constante qui tue chaque année 32.000 personnes. En réponse à ce lourd bilan et aux questions qu’il soulève, les membres de la National Riffle Association (NRA), fervents défenseurs du port d’armes, te réciteront coûte que coûte le 2ème amendement de la constitution américaine tel un verset biblique pour les amoureux de la gâchette. « Le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé » (Bille of Rights, 1791).

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En Europe, cette liberté citoyenne nous semble moyenâgeuse, absurde, folle et si facile à endiguer ne serait ce qu’en encadrant véritablement le port d’armes. Mais si aucun président américain ne s’est attaqué frontalement au problème, ce n’est pas pour rien: il s’agit bien plus qu’un droit, on parle d’une culture ancrée depuis l’indépendance du Nouveau Continent, soit deux siècles de tradition.

Les tueries de masse: une triste routine ricaine

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Columbine high school, 20 avril 1999: les tueurs Eric Harris et Dylan Klebold.

On se souvient tous de la tuerie de Columbine en 1999 dans le Colorado quand deux ados mal dans leur peau massacrent 12 de leurs camarades et un professeur avant de se suicider. Au lendemain, les Etats-Unis se réveillent dans une gueule de bois: reportages, débats politiques, sur-médiatisation… comme si la violence armée était nouvelle. Elle n’est ni nouvelle ni sur le déclin. 13 ans plus tard, une autre tuerie se produit dans le Connecticut: après avoir tué sa propre mère, un déséquilibré fusille 27 personnes, dont 20 enfants, dans une école primaire. En 2015, un cran au-dessus était atteint: en plein direct, un employé déchu d’une grande chaîne d’information tuait deux de ses anciens collègues, là comme ça, sous les yeux du monde entier. Et si t’as l’impression que c’est déjà beaucoup, malheureusement, ces faits ne représentent que le sommet de l’iceberg: entre 2012 et 2015, 994 fusillades, 142 attaques en milieu scolaire pour un total de 39.529 incidents armés depuis le 1er janvier 2015. L’ironie du sort, vivre aux States est plus dangereux qu’aller faire la guerre à l’étranger: plus d’américains tombent sous les balles aux Etats-Unis qu’en Irak ou en Afghanistan… Pour comprendre ce phénomène, deux thèmes principaux ont été abordés: l’accès aux armes et la violence dans la culture moderne américaine. C’est-à-dire?

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La société de la peur

Si la proportion d’Américains qui possèdent une arme a sensiblement baissé, 70 millions d’armes supplémentaires sont entrées en circulation depuis 1994. 7,7 millions de yankees possèderaient plus de dix flingues perso allant jusqu’à 140 armes à la maison. Même les femmes s’arment plus: 14% en 2015 contre 9% en 1994, deux fois plus d’inscrites aux cours de tir entre 2011 et 2014… Mais pourquoi? Sans doute parce que la criminalité a augmenté et que les populations cherchent à assurer leur défense dans une société devenue trop dangereuse? Pas du tout. Bien au contraire, depuis 1991, la criminalité ne cesse de baisser. Voilà un paradoxe fascinant: moins de criminalité donc moins de danger mais plus d’armes de défense.

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Dans le reportage Bowling for Columbine (2002), Michael Moore tente de nous expliquer les véritables raisons. Entre 1990 et 2000, la couverture médiatique des crimes a augmenté de 619%, alors que la criminalité a baissé de près de 20% sur la même période. Il suffit juste d’allumer la télé… on est très loin du JT de Pujadas: des émissions violentes comme Cops ou des chaines d’info qui relaient en boucle, à tout heure, les faits divers les plus glauques. Ton inquiétant et menaçant, images chocs, tous les prétextes sont bons pour attirer l’audience quitte à exagérer les faits. Cette violence sur-médiatisée pousserait ainsi les ricains à acheter des armes pour se défendre d’une menace fantasmée, fruit d’un imaginaire collectif. Des solutions? Le Dr Deborah Azrael, chercheuse à Harvard, soutient qu’il est urgent de s’intéresser à cette « peur grandissante » et au désir « de se défendre »:

Si nous voulons réduire les dangers potentiels des armes, je crois qu’il faut s’adresser à cette peur.

En gros, une bonne thérapie collective et une couverture médiatique à repenser, accompagnés d’un contrôle strict de l’accès aux armes. Mais ne rêvons pas trop, Trump compte libéraliser totalement le port d’armes en supprimant notamment les contrôles après achats… La patrie désarmée, c’est pas pour tout de suite.

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