Errances spatio-temporelles dans les méandres de la nuit parisienne (part. I)

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Le Kararocké de Nicolas Ullman

Errances spatio-temporelles dans les méandres de la nuit parisienne

20 ans de dérives nocturnes dont 16 à Paris… je devrais être capable de pouvoir raconter deux ou trois choses sur les nuits parisiennes. Les miennes surtout… Les bons rades de quartier qui sont devenus des rades à Bobos, les clubs qui ont connus la gloire et ont fini en désuétude, l’avènement du Rock et de nouvelles manière de faire la fête… Tel les frères Bogdanov des temps modernes, je te fais remonter le temps, un peu, mais suffisamment pour te parler des Bains-Douches époque Maryline, des soirées cheers et des respect is burning. Une certaine manière d’autopsier la nuit sur les 10 dernières années.

Comment je vais t’en parler?

Pas mal de blogs racontent la nuit, souvent celle d’aujourd’hui, parfois avec cet agaçant « c’était mieux avant ». Pas de jugement… Je serai un observateur… Celui qui aurait dû faire de la socio à Nanterre au lieu de bouffer de la loi de Bernoulli et de la théorie des jeux saisit l’opportunité de prendre la parole dans Open minded. L’observation donc. Un regard sur les évolutions des us et coutume sur les 10 dernières années,de l’avènement de la french touche jusqu’au retour incontrôlable du Rock dans tout ses états et sous toutes ses formes (j’ai lu quelque part que Slash a donné un concert à Ibiza cet été d’ailleurs).

Ce qui est intéressant, c’est l’anecdote, le petit rien qui devient phénomène de société, le petit rien qui fait que de l’underground, nait le mainstream. Pour étayer tout çà, rien de tel que les croustillantes anecdotes des faiseurs de nuits que j’ai rencontré pour vous et que je rapporte… Moi, je ne ferai que connecter tout ce qu’ils m’ont livré pour en tirer la substantifique moelle…

Où l’on explique comment le rockeur ténébreux est redevenu une icône de la nuit parisienne.

(Le son, les platines et les écouteurs audio Marshall)

2003, tu étais où toi? Moi je rentrais d’Espagne où j’ai bossé comme RP à Madrid dans à peu près tous les gros clubs de la capitale ibérique… J’avais quitté Paris en 1999. Respect is burning. Paris is Burning. Homework avait défriché en 1997 toute la production musicale française.

Une date décisive. Mercredi 15 avril 1998. Une soirée Respect au Queen avec les Daft Punks aux platines. Je découvre fasciné des mecs danser du break dance sur de la house…  Mélange de style, mélange de look, mélange de genres… Ce sont les débuts de la french touch. Une claque dans ma tronche. Notamment l’utilisation de ce son sale (Burnin’, Rollin’  & scratchin’) et du vocoder (teachers)… (Les zikos en parleront mieux que moi)

La french touch tournait à plein régime et commençait à lasser avec ses intrusions disco. FG programmait encore des mix éclectiques de DJ de renom type Joe Clausell avant de vendre son âme au diable, c’est-à-dire à la dance music de David Guetta et autres Martin Solveig. Heureusement, les cheers à la coupole nous balanceront une bonne house groovy le mercredi soir, Frankie Knuckles mixera à une Thanks God I’m VIP à l’Elysée Montmartre, les soirées mythiques de Sylvie Chataignier , les cake and milk enchanteront nos dimanches après midi au Batofar avec une house cool, parfois jazzy en programmant déjà Gilles Peterson en 2000 et les soirée été d’amour démarreront en 2002 à la concorde atlantique.

Pour le reste, c’est dance pré-Guetta, music sounds better with you en boucle et café del mar pour les lounge…  Je passe les exceptions, la disco queen le lundi soir au Queen, la house pointue du Rex (on ne disait pas électro encore), le rock à la loco et le goth aux caves du chapelais.

Mais quel que soit le style musical, le DJ était roi, les ventes de platines décollent, les nanas fantasment sur Bob Sinclar qui s’approprie le style Kitch de Belmondo dans l’inclassable  « Le Magnifique » et David Guetta commençait à se demander s’il fallait se laisser pousser les cheveux,

Perso, j’ai fait un black out parisien pendant quasiment 4 ans dû à mon exil de l’autre côté des Pyrénées, officiellement pour les études, officieusement pour bosser la nuit comme RP. Et la nuit à Madrid (comme dans toute l’Espagne), c’est à l’échelle industrielle : les clubs sont immenses, les conso pas chères, suffisamment de fric pour programmer des DJ internationaux, un son assez deep house pumpy avec leurs nappes de percus interminables, des serveuses hyper guapas qui servent juchées sur leurs stilettos, les copas [verre] (jamais vu à Paris une serveuse tenir 3 copas dans une main et les remplir à la vitesse de la lumière) et le tout dans une ambiance bon enfant.

Imaginez ma tronche quand je reviens à Paris en 2004 ! Triste Paris… Pas assez de fric pour m’offrir les clubs du 8ème et ses midinettes, pas assez électro fan pour aller au REX (quand je suis rentré on ne parlait plus de house mais d’électro d’ailleurs), plus assez déglinguo pour finir aux Folies ou pour me farcir de l’électro expérimentale au Batofar… Heureusement qu’il y avait la Favéla version Répu : un des rares endroits où le son restait éclectique. Quel bonheur communicatif de swinguer sur les sets endiablés orchestrés par Gringo da parada notamment. La playlist type? Simple! Un peu de batucada, puis Back in black, So Lonely de Police, It’s the way de Marky Marks vs DJ Stamina, Edith Piaf remixé avec une nappe Drum’n bass… Wow!! Wow!! Wow!!

Pendant un an, 2 à 3 fois par semaine, je n’allais nulle part ailleurs qu’à la « Favèle ». Une Jonhson de temps en temps, ces soirées itinérantes bien branchouilles. Jusqu’au jour où une copine m’entraîne un mardi soir au 5 avenue de l’Opéra… Un petit club repris par les mecs du Baron, le Paris Paris… Et là, la révélation ! Une ambiance pour « dandy parisien nonchalant », des jolis minois, du style et ce mec chelou déguisé en prêtre exorciste qui anime la soirée. Bon dieu! Il invective son public et impose les mains pour transmettre l’énergie du Rock n’ roll. Une grand messe où le vin est remplacé par de la bière et où le pain spirituel laisse place aux saturations des guitares des p’tits groupes qui viennent se chauffer et chauffer le public à blanc. Micro scène. Çà dégoulinait d’un mélange composite de vodka, bière et de sueur… Putain! Et çà balance du Pixies, et les serveurs servent à la bouteille et non avec des doseurs comme au showcase-file-moi-ton-fricLe Paris Paris, une révélation. Avais-tu déjà entendu un bon Master of Puppets des familles dans un club branchouille? Moi jamais…

Et bien moi, je dis, que ce certain Monsieur Ullmann (que je rencontrerai quelques années plus tard lorsque j’ai commencé à officier au BUS), je dis, que ce type a provoqué une petite révolution à Paris… Il fit sortir le Rock des bars à Guiness de Pigalle ou de Bastille pour l’amener à la nuit… Putain, mais voilà ce qui nous manquait, des bons p’tits groupes français ou d’ailleurs qui nous balançait des bonnes ondes en préchauffe de soirée, le tout dans un environnement, certes privilégié, mais cool! Je ne suis d’ailleurs pas certain qu’il ait bien mesuré sa contribution.

ullmann soirée parisienne
Monsieur Ullmann

Nicolas Ullmann

Organisateur de soirées, rockeur et homme aux mille visages.

« Moi, je ne sortais pas trop dans les clubs [sauf la disco Queen du lundi soir], j’ai découvert la nuit dans les rues de Montmartre, les bars interlopes, les patrons de restau qui continuent la soirée après avoir baissé le rideau de fer et qui vous mettent à l’aise avec une bonne bouteille de leur crû. La divette du moulin, rue Lepic, était un de mes repères. C’est Géraldine qui recevait et le lieu était fréquenté par pas mal de gens du cinéma… Un bon mélange des genres !

Je travaillais depuis un an comme physio au Baron (2004). L’équipe de la clique récupère en 2005 un autre mini club, le Paris Paris… Et là ils me laissent carte blanche. Je décide d’occuper le créneau du mardi soir… va savoir pourquoi… Un peu parce que le reste de la semaine nous étions au Baron avec les copains. C’est la naissance du Cabarock. J’invite des groupes à se produire, d’abord les copains, Adanowsky, Adrienne Pauly,  puis des groupes que j’avais suivis au Baron. Certains sont barrés. des berlinois lookés qui se roulent par terre en legging fluo… Je me remémore des tripots festifs à Londres (Madame Jojo’s, le Scotch) ou à Berlin (White trash, Wild at heart), dédié à la musique. Je veux que les gens se sentent chez eux, qu’ils se lâchent. Pas facile à Paris… Et moi qui me looke depuis que je suis ado, largement influencé par les films que je regardais, je préparais mes costumes selon mes humeurs. C’est mon pote Adanowsky d’ailleurs qui m’a poussé à mettre en avant mon nom. Nicolas Ullmann. Quand je regarde la longévité du personnage, je me dis qu’il n’a pas eu tort. »

Ainsi, avant que la Star Academy ne délaisse la pop variété gentillette pour recruter des baby rockers en leggin et bracelets cloutés, avant que Sweet child o’ mine ne remplace don’t cry sur les ondes FM, avant que les mecs de Justice s’affichent dans la presse avec des tee-shirts Suicidal Tendencies ou Metallica, et bien il y a eu le Cabarock. La suite vous la connaissez : l’équipe déménage à la flèche d’or en 2007, lancement des Kararocké, des concerts thématiques avec les copains (soirée AC/DC, Soirée woodstock), avec un Cyril Bodin, aujourd’hui DA du Bus, aux platines (il a quand même osé coupé le solo de Slash sur My Michelle lors d’une soirée Metal : anecdote qui marquera notre rencontre !). Adanowsky fait des lives endiablés à la flèche d’or, les filles se pâment et il finit en slip Kangourou lors d’un live donné 17/08/2007 au festival Indétendances Fnac.

… Le burlesque a pris ses marques, la vespa devient le scoot préféré des bobos et autres hipsters.

Aujourd’hui, le Rock est partout, Philippe Manoeuvre est ressorti des oubliettes, Bertignac joue les juges à ze voice 2012, les tee-shirts J&B ne se sont jamais aussi bien vendus et tout les beaufs du Métro écoutent de la zik avec un casque Marshall vendu chez Darty sans savoir que Marshall est avant tout un fabriquant made in UK d’ampli guitare et basse… Néanmoins, il reste encore un endroit largement dédié au rock à Paris, dans un esprit club. Il est le phœnix qui renait de ses cendres. C’est le mythique Bus Palladium qui tient le haut du pavé côté Pigalle avec ses lives et ses soirées déjantées. On ne s’étonnera pas d’apprendre que Nicolas Ullmann tient une résidence avec son Cararocké et qu’aux commandes de la Direction Artistique, on y retrouve Cyril Bodin. Mais çà c’est une autre histoire…

 

Par François Capdeville

Crédit photo : François Capdeville