On est partis à la rencontre de Nneka

Interview de Nneka

Comment ça, c’est qui Nneka ?! Vous vous foutez de moi ?

Il y a de cela quelques jours, j’ai été à la rencontre de la chanteuse Nneka lors de son passage à Lille au festival Paradis Artificiel. Si vous ne la connaissez pas je vous recommande, non, je vous ordonne de lire cet article et d’écouter les liens qui le parsèment. C’est une artiste humble qui mérite d’être connue pour son talent et qui reste humaine malgré sa notoriété grandissante.
Je vous laisse lire notre entretien.

Salut Nneka, bienvenue à Lille ! Tu commences une tournée française et, si je ne me trompe pas, aujourd’hui c’est ton deuxième show. Comment était le premier ? C’était ta première fois en France ?

Ouais, le premier show c’était hier, c’était cool ! J’ai l’impression que les français sont toujours très ouverts à la world music. Oh, non, ce n’était pas notre première fois en France ! La première fois remonte à 7 ans et depuis nous sommes venus plusieurs fois.

Pensais-tu avoir un tel succès en France ?

Non, jamais. J’ai jamais pensé que ma musique irait plus loin que ma chambre. C’est une vraie surprise de voir qu’elle s’étend, ça m’encourage parce que quand je me rappelle les galères qu’on a pu avoir, ça me donne envie de passer à travers et d’être capable de jouer pour des gros publics.

Dans une interview tu as dit que tu n’as jamais vraiment rêvé d’être chanteuse, que tu n’as jamais appris à chanter ni à faire de la musique… Comment as-tu débuté dans le métier ?

Ce qu’il s’est passé, c’est que je jouais de la musique pour m’amuser et j’ai pris l’habitude de partager ce que je faisais avec quelques amis, parfois je trainais au studio, mais j’ai jamais pris le fait d’être une artiste très au sérieux, je restais toujours dans l’ombre, tranquille, en arrière-plan. Puis j’ai rencontré DJ Farhot, qui n’était pas non plus à fond dans la musique à l’époque, on s’est unis et on a évolué ensemble chaque jour. J’ai pris le temps de voyager vers chez lui, j’ai passé quelques heures à composer pour apprendre, évoluer voire maitriser le truc. Puis j’ai rencontré quelqu’un qui travaillait chez Yo Mama Records. Tout s’est fait par coïncidence et ça a juste évolué quotidiennement avec le temps, la passion, l’amour… J’ai pas eu à changer mon style ou plaire à qui que ce soir pour faire l’album, c’était juste moi.

Peux-tu nous parler de la manière dont fonctionne le monde de la musique au Nigéria et en Afrique en général ? On sait que tu es très attachée à tes racines…

L’industrie de la musique est très spéciale au Nigéria. Je crois qu’avant les années 70, on avait des grosses maisons de disques mais depuis, je pense que l’envie et l’intérêt de la musique comme profession s’est perdu. Je ne sais pas ce qui s’est mal passé, je n’étais pas née. Je suis née à une époque à laquelle les gens ne te respectaient pas vraiment si tu voulais être musicien, ils te considéraient comme déraisonné, un peu comme Fela (ndlr Fela Kuti). Fela était considéré comme fou en faisant ce qu’il faisait, les messages qu’il transmettait, sa façon de parler était considérée comme non-intellectuelle. Maintenant les gens sont plus concernés par les musiciens, l’industrie musicale… On voit des gens revenir chez eux, investir dans la création d’un label, d’un label indépendant etc… On a la chance d’avoir un énorme magasin, Alaba Market. Le Nigéria est un super endroit pour vivre, je crois que c’est le pays le plus peuplé d’Afrique, on a un peu de pétrole… Le pétrole est la ressource majeure. On a un système qui ressemble beaucoup au système américain, beaucoup de belles choses, surtout lorsqu’il s’agit de culture, d’archéologie, d’objet ou d’art, et puis on a diverses tribus, populations, langages… Il y a plus de 400 langues différentes !

Je suppose que tu y as rencontré beaucoup de musiciens là-bas, peux-tu nous donner quelques noms de groupes ou chanteurs que tu adores et que tu aimerais partager avec tes fans ?

Il y a beaucoup de musiciens nigériens qui sont très bons, la plupart sont inconnus, comme Oranmiyan, Batunde, Syi Awayosika.

J’ai vu que tu avais fait une tournée avec Nas et Damian Marley, comment c’était ? Quel était le pire souvenir ? Et le meilleur ?

C’était une super expérience de voyager à travers le monde et sortir avec ces gens, j’ai pu aussi les connaitre personnellement et voir comment ils sont réellement en tant qu’humains, parce que sans ça, tu as ton idée préconçue de ce que sont les gens et puis une fois que tu les vois hors de scène tu constates que l’image que tu t’étais faite colle ou pas. De façon général, je dirais que c’était très éducatif de voir comment se comporte réellement un groupe lorsqu’il travaille, ils sont comme une famille et pas juste des partenaires de business.

J’aimerais revenir sur ton album Soul Is Heavy, sorti l’année dernière. Comment perçois-tu l’album aujourd’hui, un an après ? Et quelles sont tes impressions sur l’album après l’avoir joué devant ton public ?

On tourne toujours avec le même album qu’on pousse jusqu’au bout, en transmettant un message à travers le monde et en faisant des shows puissants auxquels le public est réceptif, à la fois à la musique mais aussi au message. Soul Is Heavy est un album qui peut atteindre différents publics, pas juste un public hip-hop ou soul, il peut prendre des directions musicales très diverses.
On peut mélanger le set de façon à ne pas jouer le même tous les jours et ne pas s’ennuyer, on peut aussi jouer des morceaux du premier album… On fait de tout. On ne joue pas uniquement Soul Is Heavy, on essaie de rendre le show intéressant.

– Je n’ai aucun plan, je vis carpe diem, au jour le jour. –

Avec le recul, penses-tu avoir réussi à transmettre le message que tu voulais envoyer à travers les 15 morceaux de Soul Is Heavy ? Si tu pouvais changer quelque chose, qu’est-ce que ça serait ?

Je pense que oui, je sais que c’est un message positif de toute façon. Si je pouvais changer quelque chose, je chanterais certains morceaux à nouveau, je chanterais « Restless » avec d’autres intonations et “Do You Love Me Now” ne serait pas une version acoustique, ça serait une version avec le groupe, et puis j’aurais laissé l’original du morceau « J », je n’aurais pas écouté la maison de disques.

Comment vois-tu ton evolution musicale depuis le début de ta carrière jusqu’à Soul Is Heavy, ou meme aujourd’hui ?

I don’t look at it, – je ne regarde pas -, I don’t think about it – je ne pense pas -, I try not to see – je ne pense pas a ça – it’s better like that – c’est mieux”

Tes paroles sont parfois très engagées politiquement et tu essayes de délivrer un message concernant l’Afrique et ce qu’il s’y passé. As-tu eu le sentiment que les gens ont été touchés ou ont réagi ? As-tu des anecdotes à ce sujet ?

Bien sûr, particulièrement au Nigéria où on a eu beaucoup de réactions, positives comme négatives. On a failli se faire arrêter à plusieurs reprises. En Amérique, les gens paraissent vraiment connectés, je pense qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont pas le courage d’exprimer leurs idées, ou qui sont effrayés, et qui identifient leur pensée dans ma musique et je suis fière que ce qui est véhiculé à travers moi. « not me – c’est pas moi », c’est ce qui est à l’intérieur de moi qui représente ces gens.

Comment procèdes-tu lorsque tu écris une chanson ? Comment travailles-tu lorsqu’il s’agit de choisir l’instrument qui accompagnera ton texte ?

C’est différent à chaque fois, parfois ça commence avec la guitare, parfois j’ai la mélodie en tête, parfois j’ai juste les paroles et la mélodie vient…

On a pu entendre des remixes de tes chansons comme Chase & Status. As-tu déjà pensé en écrivant un texte que des producteurs pourraient travailler sur tes morceaux ? As-tu rencontré Chase & Status ?

Je l’ai entendu, je commence à l’apprécier maintenant. Je fais ma musique, ce que le monde en fait le regarde tant que « la racine est toujours la même, puriste, de sorte à ce que tout ce qui soit autour ne soit que des feuilles et des branches. – la source reste pure ». J’ai été choquée quand j’ai vu une fille chanter Heartbeat, ça m’a rendue heureuse parce que quand les gens peuvent s’identifier dans ce que tu fais et que tu sais que tu les atteins, particulièrement les jeunes enfants ou les jeunes qui font ça, c’est génial. Drake a fait un remix, il a produit un morceau pour Rihanna avec ma voix. Rihanna a refusé de prendre le morceau donc il l’a sorti comme un remix d’une de ses chansons avec Rito Ora. Chase & Status m’ont demandé s’ils pouvaient utiliser ma chanson pour produire le morceau pour Rita Ora. Je les ai rencontrés mais Rita Ora non, c’est une grande maintenant !

Que prévois-tu pour le future ? Un prochain album bientôt ?

Je n’ai aucun plan, je vis ‘carpe diem’, au jour le jour. J’adorerais sortir un nouvel album, je passe mon temps à faire de la musique, tous les jours !

Un dernier mot peut-être ?

Ouais ! Un grand merci !

– Links –
http://www.nnekaworld.com/
https://twitter.com/NNEKAWORLD
https://www.facebook.com/NnekaWorld

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