Chère Vespa, la loi va bientôt nous séparer…

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Dans 21 jours, une loi nous interdira de nous retrouver, pour toujours.

Ma vie ne sera plus jamais la même. Comprenez-vous cela ? Merci Hidalgo, 1000 fois.
Si tu m’entends, Anne, j’espère que tu as conscience du poids de la culpabilité qui bientôt pesera lourdement sur tes petites épaules dès le 1er juillet prochain.
Pardon ? Oui, excusez-moi chers lecteurs, je ne me suis pas présenté. Moi, c’est Eliott. J’ai 28 ans, j’habite rue des Rosiers à Paris et je travaille dans une boîte de communication.

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Mes collègues et moi, avec nos Vespa.

Peut-être que vous ne le savez pas, mais dans 3 semaines, il sera interdit de circuler à Paris intra-muros tous les jours de la semaine entre 8h du matin et 20h du soir. Notez bien que cette interdiction touchera les véhicules de classe 1, ceux mis en services avant le 1er janvier 1997 ainsi que les utilitaires datant de la même année, et les deux-roues motorisés immatriculés avant le 1er juin 2000.
Pour ce qui est des secteurs et des plages horaires, exception faite pour le week-end, le périphérique et les bois. Ça me fait une belle jambe les gars ! Moi, j’habite à côté de mon supermarché préféré, Colette. Est-ce que je prends le périphérique pour aller bosser? Non. Alors les bois et la rocade, pas pour moi. Ça n’est pas pour les gens comme moi, de toute façon.

Punaise….ma chère Vespa, comment ont-ils pu oser nous séparer ??
Je me souviens de tout ce qu’on a vécu ensemble…

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Ma Vespa et moi. La fille, c’est ma petite soeur mais comme je suis quelqu’un de sympathique, je l’ai laissée poser avec nous.

Le matin, après avoir écouté France Culture en dégustant une tartine de pain sans gluten et sans rien dessus, je te retrouvais toujours aussi belle, en bas de mon duplex.
Direction notre torréfacteur préféré à côté de chez nous pour emporter un café que je siroterai ensuite tranquillement 10 minutes, feuilletant Libération. Combien de fois m’as-tu emmené telle une flèche traversant la ville au tabac du coin car j’avais besoin d’un double de Télérama? Tu sais à quel point j’aime découper les articles que j’adore et les accrocher au frigo.
Déjà une matinée de passée, identique à quelques détails près de toutes les autres, mais si douce et légère. J’adooore.
À 13h, nous partions manger avec mes collègues une salade de boulgour accompagnée de thé vert bio, en une file indienne multicolore de Vespa courant les boulevards parisiens.
Le glas de 14h sonnait le temps d’une cigarette Vogue à la menthe mais aussi notre séparation. Poignée de minutes instable où mes pires cauchemars fusent dans mon esprit : que quelqu’un te raye avec une clé de cadenas, qu’un pigeon malade passe au dessus de toi, ou qu’un taxi un peu trop pressé rate son virage. À chaque jour suffit sa peine, dit-on. La mienne était d’une durée de 4h30.
18h30, enfin. Descendre les escaliers 5 par 5, pousser la porte vitrée du hall d’entrée, et apercevoir ta silhouette au loin. Tous les jours, à la même heure, tu m’attendais avec une sérénité apaisante et rassurante.
Comme tous les vendredis soirs aussi, tu te souviens? On se rendait ensemble au petit bar à vin de mon pote Martin dans le quartier de Pigalle. Ses tartines de rillettes de sardines au curcuma? A tomber par terre. Et toi, stationnée à quelques enjambées de notre table. Je n’avais de cesse de t’observer du coin de l’oeil, me demandant si tu passais une aussi bonne soirée que moi. Puis voilà, nous rentrions ensemble comme à notre habitude, majestueusement beaux, impatients d’attaquer une nouvelle journée ensemble dans les rues de Paris.

Mais ça, c’était avant. Le 28 août 2015, l’amour entre ma Vespa et moi a pris du plomb dans l’aile. Quand ça? Le jour où le service de communication de la mairie de Paris a dit que « dès l’été 2016, les restrictions de circulation s’étendront aux véhicules légers, utilitaires légers et deux-roues motorisés les plus polluants. ». Dire que ces égoïstes ont pour objectif d’interdire complètement les véhicules de classe 2, 3 et 4 d’ici 2020. C’est vrai que je ne suis pas trop addict de la pollution. Vivre dans le brouillard et la poussière est mauvais pour ma peau, mon système immunitaire et la carrosserie de ma Vespa. Cependant, Anne Hidalgo, je refuse de prendre le métro, d’emprunter une Autolib, ou d’acheter un scooter. Pire, devoir me déplacer en fixie ou une trottinette. Moi ? Pédaler ? No way.

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Vous pensez vraiment qu’on a envie de finir comme cela ?

Lectrice, lecteur, sache que tu n’es pas seul.e. Mes amis qui roulent en Solex sont à nos côtés, les amoureux de Vespa, et les motards tout de cuir vêtus.
Luttons, pour que nos bijoux, allons-y à coup de catapultes à boulgour et à tofu !

Si ma Vespa bleue doit rester au garage, autant mourir.
Bien à vous, mes chers amie.s.
Eliott

Brbr

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