Graffeur, Vandale et conducteur de Métro

[Une époque formidable] Graffeur et conducteur de métro est-ce compatible ?

– « Bonjour mon soce (pas de prénom) ça fait 16 ans qu’on se connait maintenant quel âge ça te fait ? « 
Ba à force de le dire je vais bientôt souffler ma 33ème bougies (sa race)
– « Peut on dire que tu étais un élève studieux à l’école ? »
Studieux ? C’est pas le terme que j’aurais choisi mais j’aimais beaucoup l’école au point d’être resté 6 ans au collège
– « C’est quoi tes passions dans la vie ? »
Je m’intéresse à tout ce qui touche à la culture hip-hop, j’suis un grand fan de rap français et je collectionne les sneakers. Ça peut paraître bizarre mais j’suis aussi passionné par les oiseaux et surtout les rapaces depuis que je suis petit ça a d’ailleurs été mon premier métier même si j’ai beaucoup moins de temps à consacrer à ça maintenant. Mais ce que je préfère je crois c’est boire des coups avec les copains autour d’une bonne bouffe.
adidas
sneaker et rapace
– « Comment tu es arrivé dans le graff tu t’en souviens ? »
J’ai commencé à m’intéresser au fegra justement pendant mes années collège. J’ai toujours beaucoup dessiné. Je me souviens qu’on prenait souvent l’A6 avec mes daron à l’époque et je me revois la gueule collée à la vitre en train de me dire « Mais wesh c’est qui ces mecs qui viennent faire ça au bord de la route, pourquoi on les voit jamais… » et sans trop savoir pourquoi j’ai commencé à griffonné des trucs sur papier vers l’âge de 14/15 ans. D’abord des guetta et j’me suis rapidement intéressé au sketch, a l’époque je piochais des lettres que je kiffé dans les fanzines de l’époque comme graffbombz ou graffit.
graff-bombz
graff-bombz
fimo dizzy
©fimo dizzy
– « C’est quoi une « Punition » dans le graffiti ? »
Une « punition » ? C’est reproduire un maximum de fois son blaze sur un support, à la bombe ou au keurma
last concept
©last concept
– « Combien de métro t’as niqué à la néro ? »
Je sais pas exactement mais entre 2005 et 2010 y’en a quelques uns qui nous ont vu passer avec l’équipe
metro graff
– « C’est quoi les ronds sur ta sacoche là ? »
Ces ronds la ? Je vois pas de quoi tu parles, question suivante  (Les mecs utilisaient les bouchons de leurs marqueurs pour retenir leur sacoche ça faisait donc des ronds sur toutes leurs sapes)
– « Quand tu y repenses aujourd’hui quels sont tes meilleurs souvenirs ? »
C’est trop difficiles de répondre à cette question. Pour moi le graffiti a représenté un état d’esprit avec les potos, une façon de penser quand tu pars de chez toi et que tu vérifies bien que t’as ton keurma sur toi, les ambiances avant d’aller peindre, les ambiances quand tu viens de rentrer d’une belle action…pour moi c’est tout ça les bons souvenirs
– « Tu travaillais dans quoi avant ? »
Je bossais dans la logistique, un taf de chien où tu gagnes pas une tune
– « Comment t’as pensé à devenir conducteur de métro ? »
J’y ai jamais pensé pour être honnête, un poto à moi arrêtait pas de me dire d’essayer de renter a la rtap (RATP pour les graffeurs), je me suis mis sur leur site par curiosité et quand j’ai vu qu’ils recrutaient des conducteurs sans diplôme ni rien j’me suis dis « mais c un taf pour moi ça !!!!! »
chauffeur metro

– « Ca t’est arrivé de te poser la question « Je lâche une petite dédicace ? »

Bien-sûr !!!! Surtout au début haha, encore maintenant quand je marche dans un tunnel ou une voix de garage pour aller récupérer un train je pense être un des seul conducteur du réseau à avoir cette image des infrastructures
metro
– « Ça te fait quoi de faire les tunnels de métro de long en large et en travers et lire des blazes et te dire putain ça pourrait être moi ? »
Je le vois pas vraiment comme ça, ca me permet surtout d’être aux premières loges pour être au courant de ce qui se passe j’suis capable de repérer le moindre guetta qui n’était pas là la veille. J’ai pas de sentiment de frustration, au contraire, même si je ne pratique plus (en tunnel en tout cas) c’est une autre vision d’un univers qui me passionne toujours autant
– « Tu as découvert de nouveaux graffeurs grâce à ta nouvelle vie dans les tunnels ? »
Non pas du tout, j’en croise des fois mais je te cache pas qu’en général ils se barrent en courant et je me vois pas leurs crier « tranquille les gars je peins aussi venez on discute »
– « Combien de fois par semaine le métro est coupé à cause de mecs sur les voies ? »
Sur la ligne où je bosse ça arrive au moins 3/4 fois par semaine, la réglementation nous impose de demander une coupure de courant  dès que l’on aperçoit des mecs sur les voix ou sur les positions de garage et c’est ça qui fout la merde.
metro-stop
– « Tu es trop vieux maintenant pour le « vandal » tu penses ? »
Je pense pas qu’il y ait d’âge limite, comme je dis c’est une question d’état d’esprit, et quand t’as pratiqué le guetta ou le fegra pendant des années c’est dur d’arrêter complètement.

– « Une histoire drôle de ta vie dans le graff et pas celle de la papeterie je la connais déjà 😀 »

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Un soir avec un poto qui se reconnaîtra (encore un lecteur ça :D), on avait prévu de faire un spot qu’on avait repéré depuis un moment. Comme d’hab, avant de se lancer on fume des joints et surtout on abuse légèrement d’un bourbon américain (dont tu raffoles je crois).
weed
jack da
On s’equipe, pots de peinture, rouleaux, canettes et on y va. On attaque le chantier tranquillement chacun de notre côté, de mémoire je monte sur je sais pas trop quoi pour remplir et en sautant pour redescendre je sens une douleur à la cheville.
pot peinture
Il fait nuit noir mon poto me demande si ça va, je lui réponds « ouai tranquille ma gueule ». On fini, et on retourne chez mon pote. Une fois là bas, passage obligé par la salle de bain pour se laver les mains et la gueule maculés de turpein et là mon pote me dit « frère mais tema ta cheville wesh » et là…je vois ma requin (blanche) rouge vif et une entaille de 5 cm qui pisse le sang. En faite je mettais empalé sur un bout de ferraille sur le spot mais l’alcool et d’adrénaline m’ont empêché de me rendre compte de la blessure. Résultat des courses: direction les urgences à 5h du mat, 6 points de suture et une paires de requin bonne à mettre à la poubelle
– « Un vieux graffeur c’est comme un vieux rappeur il vit dans la nostalgie ? »
Je pense pas vivre dans la nostalgie et je me refuse à dire la fameuse phrase »c’était mieux avant » mais oui, forcément je suis nostalgique d’une certaine époque où une grosse partie de ma vie tournait autour du graffiti, mes plus belles années à pratiquer le dalvan (ndlr : le graff vandal qui s’oppose au graff en terrain) sont derrière moi (ou pas).
– « Merci pour le temps poto, un dernier mot ? »
 Petite dédicace à tous les gens qui me reconnaîtront en lisant cette interview un gros big up à tous les gars de mon équipe et toutes les personnes que cette discipline m’a permis de rencontrer et évidemment une longue vie à Open Minded que je soutiens depuis le début, lâchez rien vous faites un vrai taf.