Les femmes de réconfort, une histoire « peu connue » entre le Japon et la Corée

Une histoire reconnue 70 ans après les faits

Alors que le fléau des femmes de réconfort fait de nouveau couler de l’encre dans les médias, retour sur une histoire méconnue entre la Corée du Sud et le Japon.

 

Fin 2017, la Corée du Sud annonçait la renégociation de l’accord de 2015, pourtant jugé définitif, signé avec le Japon et relatif aux femmes de réconfort, des esclaves sexuelles durant la seconde guerre mondiale. Néanmoins début janvier 2018, le ministre des affaires étrangères de la Corée du Sud Kang Kyun-Wha, déclarait que la Corée du Sud ne demanderait finalement pas au Japon de revoir l’accord.

femmes de réconfort

En 2015, le pays signataire japonais acceptait 70 ans après les faits de verser un milliard de yens (7,5 millions d’euros) de dédommagement et ainsi de démontrer par la signature son implication dans l’affaire des femmes de réconfort. Cependant, les quelques 46 sud-coréennes encore vivantes, toutes anciennes prostituées de force pour l’armée japonaise, ne voyaient pas l’accord d’un si bon œil. Alors même au cœur du compromis, elles n’avaient tout bonnement pas été suffisamment consultées. La Corée du Sud, désirant dans un premier temps remettre à plat l’accord, s’est rétracté et puisera directement dans ses fonds pour indemniser les victimes.

femmes de réconfort

Longtemps oubliées, les femmes de réconfort sont devenues les héroïnes d’une effroyable période de l’histoire entre la Corée et le Japon. La plupart des historiens estiment que 200 000 femmes de Corée, mais aussi de Chine, d’Indonésie et d’autres pays asiatiques avaient été enrôlées de force dans les bordels de l’armée impériale.

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Si l’affaire fait encore grand bruit, c’est la preuve que les relations entre le Japon et la Corée du Sud sont toujours aussi fragiles de nos jours. La Corée ne digère pas la domination coloniale japonaise de 1910 à 1945, et ses femmes coréennes embrigadées avec violence dans des navires ou des trains jusqu’au pays du soleil levant. Arrachés à leurs racines, les femmes subirent des mauvais traitements, des coups, des viols qui les achevèrent psychologiquement et physiquement. Bon nombre d’entre elles ne revinrent jamais dans leur pays natal car elles moururent sous les coups assassins. A la fin de la guerre, les victimes rentrèrent au pays mais se turent enchainées par la honte. Beaucoup n’eurent pas la force de retrouver leur famille et poursuivirent la prostitution pour tenter de survivre.

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Ce n’est qu’en 1947 qu’un premier roman s’intéressa à l’histoire des femmes de réconfort. Plus tard en 1973, la journaliste Senda Kako publia au Japon une enquête approfondie, qui ne rencontra pas l’écho souhaité. Les langues ne se délièrent que dans les années 1990. L’histoire éclata enfin au grand jour, même si certains révisionnistes japonais ne purent s’empêcher de remettre en cause les témoignagnes jugés trop fragiles de la part de femmes instables, selon leurs dires.

Encore aujourd’hui au Japon, les coréens subissent de forts rejets discriminatoires et de lourdes difficultés d’intégration dans la société nippone. Considérés comme des citoyens de seconde zone, le Japon avait pourtant ordonné leur déportation dans des usines pendant la seconde guerre mondiale. Depuis, les relations ne se sont jamais vraiment améliorées, malgré la tentative de l’accord de 2015 sur les femmes de réconfort. D’autres affaires semblent encore sur le feu, comme la question de la revendication des îles Takeshima dans la mer du Japon.

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Plus d’informations : Article Open Minded racisme anti-coréens au Japon 

 

Solenn C