Touche pas à mon Kebab !

Pour éviter la « Kebabisation », les plans anti-Kebab

« Kebab, ô mon bon Kebab !  Que j’aime ta sauce blanche et tes rondelles d’oignon ! ». Quand t’as pas envie d’aller bouffer au fast food du coin, la meilleure alternative reste le snack-Kebab, véritables QG des fins de soirée. Mais depuis quelques temps, certaines villes lancent furtivement des arrêtés anti-Kebab pour réduire la prolifération « inquiétante » de ces commerces. Car derrière ces décisions se cache la peur du rapport à l’Islam. Et oui, encore et toujours hélas.

Kebab

Exemple le plus récent : le conseil municipal de Marseille qui a entériné en juin dernier un principe de droit de regard de la mairie sur les commerces de l’hyper-centre. «Favoriser la montée en gamme de l’offre et diversifier l’offre présente en limitant le développement d’offres déjà très représentées ». Si on traduit ça sans les répétitions, les premiers touchés sont  les Kebabs et les magasins de téléphonie. On est souvent prompts à crier au scandale mais en y regardant de plus près, cette décision (rapidement qualifiée de croisade anti-sandwich « salade, tomate, oignon ») n’est, dans ce cas-ci, pas si bête. Je m’explique.

Kebab

Cette mesure s’adresse à un quartier en particulier que la cité Phocéenne tente de transformer pour y attirer davantage les touristes et générer du bifton, si on résume trèèèèès grossièrement. Pour se faire, il faut redorer son image en contrôlant les commerces pour qu’un processus de gentrification se mette lentement en place. Normal alors que la ville tente de réduire le nombre de snack-Kebab, qui malheureusement pâtissent de leur dimension symbolique.  Et oui c’est moche mais que voulez-vous.

Et encore, ce n’est rien comparé à l’Italie qui elle, ne prend pas de pincettes. On part carrément sur du « racisme gastronomique ». Bergame, été 2008 : les habitants prennent peur devant un simple stand de Kebab installé dans le centre historique. Cittadella, en Lombardie, 2011 : là la mairie nous sort carrément la petite phrase bien violente « ils ne font pas partie de notre tradition ». Vérone, 2016 : les Italiens continuent sur leur lancée et veulent « conserver leur patrimoine historique et architectural ». Et on termine avec Venise qui aujourd’hui veut mettre « un frein aux types d’activités incompatibles avec la préservation et l’héritage culturel » de la ville. Bam, baam, baaam !

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Retour en France, où Marseille n’est pas la seule à vouloir limiter le phénomène du « Döner pullulant » (version germanique de notre snack favori). La mairie d’Amiens fait passer comme une lettre à la poste en 2015, un arrêté anti-Kebab pour lutter contre les nuisances nocturnes. A Evry c’est une autre situation qui pousse à croire que la ville est sur la même voie. Nabab Kebab, chaîne spécialisée dans … vous l’aurez deviné, se voit finalement refuser un bail pourtant validé auparavant. Il n’en fallait pas plus pour que le mot « Kebabophobie » soit sur les lèvres.

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Et naturellement, l’extrême droite rapplique et fait du Döner Kebab un sujet récurrent de ses campagnes. Si on a apprécié l’effort de la rime, on a quand même tendance à rire jaune devant une des pancartes vue lors d’un meeting de Marine Le Pen en 2013 : « Ni Kebab, ni burger, vive le jambon-beurre ». Sauf que à l’heure où ledit sandwich français coûte parfois plus de 4€ pour un bout de baguette, du beurre et une tranche de jambon (bref le sandwich que tu peux faire chez toi pour moins que ça et avec de bien meilleurs produits), le Kebab lui, te fournit en frites, en légumes et en viande pour 5.50€. Après ça, on se demande pourquoi ils ont tant de succès.

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Peur donc que les centres historiques se transforment en ville orientale. C’est con, mais il vrai que pas plus tard que ce week-end, je me suis rendu compte que dans mon petit quartier, pas moins de trois Kebabs cohabitaient l’un en face de l’autre. Tout comme les banques, les opticiens et les chaînes de sushis, que je ne compte plus. « Bah, ça fait plus de choix voilà tout ». Mais pour Robert Ménard, maire extrême droite de Bézier et fondateur de Reporters Sans Frontières, « dans le domaine de la restauration, trop de Kebabs, c’est trop », petit parallèle avec d’autres de ses propos, « quand il y a trop d’immigré dans un pays, c’est trop d’immigrés ». Humm que c’est sympa ça dis donc !

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Pierre Raffard, géographe et auteur d’une thèse sur l’alimentation turque, éclaire davantage nos lanternes  sur le pourquoi du comment de ces fameux sujets à polémique.  «L’objectif est simple : préservation des centre-villes en bannissant les magasins ethniques. Pour autant, ce sont toujours les magasins orientaux  qui sont dans le viseur, rarement les sushis ou les chinois ». C’est moche. « Il y a une ‘bonne’ et une  ‘mauvaise’ immigration. Dans le cas des Asiatiques, on considère qu’ils sont travailleurs, discrets, etc. Le Kebab lui, est très lié à l’Islam et à tous les clichés qui vont avec ». Vraiment très moche, mais hélas vrai, et le tweet de Benoît Hamon et de son cher Kebab n’y changeront rien.  Bon, on vous laisse méditer là-dessus, prendre les armes si besoin (mais toujours avec délicatesse) et monter au créneau pour sauver le Döner en bas de chez vous. Nous, on va courir s’en acheter un et faire un gros câlin au type en sueur qui nous servira, car notre sandwich « salade, tomate, oignon », on l’aime.

Kebab Kebab

 

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