New York : le tourisme des ghettos

Visiter les quartiers pauvres est devenu branché

Ce qui semble tendance en 2017, c’est le ghetto tourism. Aux Etats-Unis, trois fois par semaine, des groupes de touristes arpentent les rues d’un des quartiers les plus pauvres de Brooklyn : Bushwick, à la découverte d’édifices tagués, colorés et remplis de graffitis.

Ce concept a interpellé un journaliste de Dazed Digitial, qui a décidé de suivre l’une de ces visites pour voir le phénomène de plus près et essayer de mieux comprendre.

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Le « Free Tour by Foot » est une visite de Bushwick centrée sur le thème du street art, une sorte de « safari » dans le ghetto américain. Les personnes qui y participent, sont généralement plus aisées que les personnes habitant dans le quartier de Bushwick (qui se trouvent à seulement 15 minutes en transport de Manhattan).

Ils se rendent dans « la zone », accompagnés d’un guide, afin de prendre des photos et de découvrir l’histoire du quartier. Un des résidents du quartier a d’ailleurs donné son avis sur le concept : « les visites guidées sont vraiment super étranges ». Pour lui, le fait que les gens aient peur de s’y rendre sauf s’il s’agit d’une visite guidée, reflètent la bizarrerie de ce tour.

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Cela fait quelques années que le quartier est sujet au phénomène de gentrification. Mais la pauvreté à Bushwick n’a pas toujours été « branchée ». Après la Seconde Guerre Mondiale, le quartier a souffert économiquement et socialement : perte de production économique et déstabilisation de la classe moyenne.

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Le passé difficile du quartier (dans les années 1980, trafics de drogues et problèmes sociaux) explique l’émergence d’une culture dynamique et underground, englobant musique, art de rue et mode. C’est cette culture qui attire les nouvelles classes sociales bobos new yorkaise et les hipsters. Car malgré les 30% d’habitants qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, un taux de chômage super élevé et une espérance de vie plus courte, les petits loyers et les grandes maisons attirent de plus en plus.

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Ce qui rend le « Free Tour by Foot » hyper chelou, c’est voir des personnes d’un certain milieu, se balader dans un quartier pauvre et être émerveillée par les immeubles colorés, et le street art, fruit d’une culture propre.  Un art libre et contestataire, que les touristes s’approprient de plus en plus. La vision capitaliste qui naît de ces visites guidées est en opposition totale avec l’esprit de base du street art.

Finalement, l’auteur de l’article sur Dazed compare les visites guidées des favelas au Brésil, qui certes sont toutes aussi cheloues, mais rapportent de l’argent aux communautés ; et les visites guidées à Bushwick, qui ne profitent absolument pas aux locaux à part lorsque deux,trois touristes se posent dans un des nouveaux cafés branchés du coin.

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Nouvelle tendance cool ou juste super étrange, c’est à toi de voir. En attendant, tu peux retrouver l’histoire intégrale (en anglais) du journaliste de Dazed Digital, ici.