Parlons bien, parlons underground, parlons gabber !

Le gabber, ou l’art de péter un plomb en dansant toute la nuit.

Avez-vous déjà vu ce genre de pas de danse ? 

Ou entendu parler de ce documentaire récemment sorti ?

Si la réponse est oui, tant mieux. Si la réponse est non, nous vous présentons le gabber, un genre de musique électronique qui va bien plus loin que du simple boom-boom. Voici un rapide aperçu de ce que c’est. 

Un mouvement social et musical rapide.

Dans les années 1970, chavér en yiddish est un mot voulant dire ami ou frère, que de nombreux jeunes issus de la classe populaire utilisent afin d’apostropher leurs potos. Un peu de déformation sonore, et hop, on obtient le terme gabier quelques temps après. Nous sommes vers 1990 aux Pays-Bas, et les habitants des quartiers périphériques et des zones industrialisées sont en pleine effervescence, revendiquant le désir de retourner le système de couches sociales inhérent à toute bonne société capitaliste qui se respecte.

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En réaction à une société intéressée par la robotisation de nos cerveaux et par la monétisation de tout, le gabber trouve chaussure à son pied. Dès lors, les contours d’un mouvement identitaire se dessinent, mettant l’accent sur un style musical, un style de vie et un style vestimentaire presque pacifiste.

« United gabbers against racism and fascism »

En effet, cette sous-culture danoise prend de l’ampleur en affirmant l’autonomie de la jeunesse et la tolérance de ces aficionados. Les valeurs des gabbers sont la fête, la musique, le partage et la solidarité. Que de bonnes choses que pourtant, les médias semblent omettre. Malheureusement, la présence minoritaire de groupes néonazis et hooligans défraye la chronique, les journaux diabolisant le gabber et leur monde.

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Cela n’empêche pas des labels comme Mokum d’afficher des messages de paix sur leurs vinyles : « United gabbers against racism and fascism ». Les soirées où se rendent régulièrement les jeunes danois ont une place majeure dans cette culture car c’est au cours de ces évènements que les rencontres se font et que simplement, tout le monde se défoule. La tolérance y est aussi de rigueur, l’égalité entre les hommes et les femme étant un leitmotiv général.

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Sigle du label Mokum apposé sur les pochettes des vinyles.

De 160 à 220 BPM : des corps en fusion.

En 1992, le gabber s’affirme avec son premier festival aux Pays-Bas : le Thunderdome. On y écoute ce sous-genre du mouvement techno hardcore, définit par un BPM assez, voire même très rapide allant de 160 BPM à 220 BPM. Le rythme est saccadé et métallique, violemment épuisant de kick dans le sol. D’ailleurs, c’est le hakken que l’on se doit de danser lorsqu’on va à une soirée gabber.

Pour faire ces subtiles et gracieux pas de danse, les gabbers portent des vêtements amples et des baskets bien rembourrées. Les Air Max sont nécessaires, de la même manière que le bon gros survêtement et le vieux sweat. Plus tard, la « seconde vague » de gabbers s’approprie les codes vestimentaires des communautés underground des pays frontaliers.

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Leurs marques favorites sont alors Fred Perry, Lonsdale, Pit Bull, Ben Sherman et Dr. Martens. On peut aussi voir des gabbers tatoués de sigle Wizard propre au festival Thunderdome, aujourd’hui le plus couru des évènements de techno hardcore. Avoir ce tatouage permettait d’entrer gratuitement à toutes les soirées organisées par Thunderdome.

L’héritage de cette sous-culture.

Vers la fin de 1990, le gabber s’essouffle, se voyant petit à petit remplacer par la grande EDM – ahah –. Bien que cette sous-culture soit allée en Belgique, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en République Tchèque et en Italie, elle perd de sa superbe en même temps que les jeunes qui se revendiquaient gabbers vieillissent. Cependant, le gabber revient sur le devant de la scène, certainement grâce à ses valeurs simplement humaines. Un retour au plaisir de vivre ensemble la musique serait-il en train de se pointer ? On espère ! Mais sans la nuque rasée, par contre.

 

Elisa Barbier