Le futur réel sera-t-il artificiel?

Quand l’illusion devient réalité : escroquerie ou future technologie ?

Magic Leap, le nom de cette entreprise secrète ne résonne peut-être pas pour toi cher lecteur, mais trouve résonnance avec passion ou haine dans bien des cerveaux de passionnés de nouvelles technologies, investisseurs et geeks de la Silicon Valley.

Magic Leap avait su cultiver le mystère jusqu’en 2015 en révélant une vidéo sensationnelle, où la réalité virtuelle s’associait à la réalité augmentée pour se cristalliser sous le terme réalité mixte. Véritable prouesse technologique, ce nouveau terme est difficile à décrire tant le réel se mêle à l’artificiel.

L’idée est qu’il n’y aurait plus de cassures entre le passage à la réalité virtuelle et réalité tout court. En somme, ce qu’on nommait l’artificiel ou réalité virtuelle deviendrait la réalité-réalité de tous les jours sans distinction. Utopie ? Le pari est bien fou en essayant d’incorporer des éléments numériques, capables d’interagir en temps réel avec l’utilisateur, tout en prenant compte de son environnement.

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Tu me suis toujours ? La réalité mixte vue par Magic Leap devait au commencement contenir un dispositif sur des verres transparents projetant des hologrammes (autre que Mélenchon, plutôt une baleine ou les planètes du système solaire par exemple comme le propose la vidéo de présentation).

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Le champs des possibles s’ouvrait alors aux plus inventifs. Jouer à un jeu de zombie ou ce dernier pourrait se cacher derrière le canapé ou éteindre la lumière ? Possible ! Perdu pour trouver ton chemin ? Des flèches jaunes apparaissent alors devant toi et te guident.

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La startup la plus en vogue avait également séduit de nombreux investisseurs (1,4 milliards de dollars récoltés), tous désireux d’apposer leur nom sur une technologie futuriste, qui devait sortir officiellement en 2016. Mais coup de théâtre, le projet tant espéré semble plus délicat à commercialiser. Google à beau avoir investi des sommes pharaoniques, la technologie est pour l’instant encore trop limitée pour l’imagination sans fin de Rony Abovitz, patron de Magic Leap. Cette première diffuculté saccompagna d’un second flop, qui fit scandale dans la Silicon Valley.

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La vidéo de présentation, source de tous les fantasmes, a maintenant un goût bien plus amer. Alors que son contenu avait soi-disant été filmé à l’aide de l’appareil tant promis, il semblerait plutôt que les images résultent d’un brillant travail d’effets spéciaux réalisés par Weta Workshop, une firme néozélandaise.

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Les investisseurs commençaient à demander des comptes. Magic Leap n’a t’il été qu’une courte illusion basée sur une fumante idée d’un escroc ? En attendant de « réintroduire la magie dans notre monde », le fondateur a tenu à rassurer les euphoriques et autres mauvaises langues en clamant lors d’un discours début 2017 : « A tous les fans de Magic Leap, nous ne vous décevrons pas. Ce que nous construisons n’est plus un simple rêve. Nous ne sommes pas en train de fabriquer des prototypes. Nous montons en charge pour pouvoir produire des centaines de milliers d’appareils, puis des millions. Cela demande de la perfection, du test et le sens du détail des professionnels. Nous avions créé quelque chose de petit, mobile, puissant, et que nous pensons super cool ».

A travers ces propos, Rony Avobitz glissait furtivement l’abandon temporaire des seuls verres transparents de lunettes, par l’ajout d’un boitier. La marchandisation du premier produit arrive enfin, mais s’encombre d’un attirail porté à la ceinture.

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En attendant les grandes avancées du futur, la réalité mixte pèse dans les portes monnaies allégés des investisseurs, le cœur lourd des fans trahis, et surtout dans cette banane-boitier sur lequel pèsera le grand futur, à moins que Magic Leap ne soit d’ores et déjà à la traine. Le futur n’attend pas.

 

Solenn Cordroc’h