L’amour virtuel sur applications cartonne au Japon

Des romances idéalisées sur smartphones pour les japonaises

En 2013, le réalisateur Spike Jonze explorait dans le film Her l’histoire d’amour entre Théodore (Joaquin Phoenix) et un système d’exploitation intelligent. Si l’amour numérique virtuel semblait jadis chimérique, force est de constater que le Japon flirte avec le futur.

Japon

 

Destined to love est actuellement le jeu d’amour le plus téléchargé au Pays du Soleil-Levant. Plus de 15 millions de japonaises ont succombé au charme des Ikamen, l’archétype du bel éphèbe nippon : attentionné, délicat et passionné. A travers cinq chapitres quotidiens, elles flirtent avec des hommes virtuels, inspirés par les personnages de mangas. Loin de n’être qu’un tamagochi revisité, chaque homme a sa propre histoire et cheminement romancé. Les amours virtuelles sur smartphones existent également pour le sexe masculin, avec un contenu plus explicitement érotique.

 

Une question se profile, pourquoi un tel succès ?

Les applications de romances sont un havre de paix et un exutoire aux frustrations du quotidien. Pas de rivales ni de triste fin, ici les hommes sont disponibles à n’importe quel moment pour chérir les utilisatrices. Elles se prennent ainsi au jeu et finissent par éprouver des sentiments pour des personnages irréels.

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Cette histoire d’amour idéale apaise et adoucit le cœurs des japonaises, qui y jouent après le travail ou avant de dormir, pour remplacer un compagnon de vie, ou entamer une presque relation extraconjugale quand le travail est trop prenant.

Le risque ? Devenir accro et se perdre dans ce jeu illusoire. Le gouvernement japonais s’inquiète en effet de la sexualité en berne de ses concitoyens. Plus de 40% des célibataires de moins de 34 ans sont vierges et 1/3 des jeunes japonais auraient renoncé à avoir une relation car cela demande trop d’efforts face à un temps disponible qui fait défaut.

Dans ce contexte, les japonais.es trouvent du réconfort auprès d’une relation amoureuse idéale virtuelle, au risque de vivre dans le numérique ? Une utilisation modérée serait à envisager, mais ne dit-on pas également que les relations du futur seront connectées ? Pourquoi l’amour et le sexe ne seraient-ils pas aussi intenses que dans la vie réelle ?

La vie virtuelle s’immisce dans le réel, et la distinction des deux mondes deviendra floue au fil du temps.

 

 

Solenn Cordroc’h