Culture, production et vente d’opium au Laos

Le Laos, territoire du triangle d’or, une production qui persiste

Ah, l’extrême Orient, cette exotisme d’Asie du sud-est, des coconut juice, du riz à toutes les sauces, des alcools de riz, des éléphants, mais aussi cette bonne vieille fleur de pavot. Qui n’a jamais rêvé de prendre la place de Tintin dans son aventure du lotus bleu, allongé sur un matelas la pipe à la bouche.

Walter Scott, Charles Dickens, Edgar Allan Poe, Charles Baudelaire ou encore Jean Cocteau, autant d’intellectuels consommateurs de la fleur de pavot ayant fait l’expérience exotique des rêves enfumés.

Malgré tout ce qui peut être dit ou entendu, l’opium est toujours bel et bien accessible au Laos, ce petit pays communiste coincé entre le Myanmar, la Thaïlande, la Chine, le Vietnam et le Cambodge. Le Laos, du moins la ville de Vang Vieng installée au bord de la rivière Nam Song, avait particulièrement fait parler d’elle dans les années 2000 car elle était devenue la capitale des teuffeurs et des narco-touristes en Asie du sud-est. Ce paradis d’Asie du sud-est, anciennement le royaume du million d’éléphants, puis colonie française de la fin du XIXème siècle jusqu’à la guerre d’Indochine permettait d’approvisionner les bonne vieilles fumeries d’opium de notre capitale au début du XXème siècle. Pendant toute la période coloniale, les autorités métropolitaines ont tenté de créer un monopole fiscale sur l’opium mais ce fut un échec cuisant et ainsi ont laissé les tribus des montagnes le cultiver dans le nord du pays. On estime l’importation d’opium durant la période coloniale à 60 tonnes par année.

Situé dans la région du Triangle d’Or, territoire de plusieurs milliers de kilomètres carrés s’étendant entre le Myanmar, le Laos et la Thaïlande, cette région garde sa réputation de principale région productrice d’opium en Asie du sud-est. Du début du XXème siècle aux année 1980 le Triangle d’Or fut le plus grand producteur mondial de Papaver somniferum (pavot somnifère), le pavot à opium, puis ensuite transformé en horse, smack, fin héroïne quoi. Le seigneur des lieux était le sino-birman Khun Sa, surnommé le « roi de l’opium ». Il possédait le quasi monopole du trafic entre mi 70 et 1988. Proposant même au gouvernement australien et à celui des États-Unis de racheter son stock pour en finir avec le commerce international de l’héro. Proposition qui fut bien entendu rejeté par les deux partis.

Soixante-dix ans après la période coloniale les traditions persistent dans ce petit pays faisant tristement partie des plus pauvres au monde. Malgré sa prohibition en 1971 due aux pressions de la communauté internationale et à la reconversion de la culture du pavot en cultures de substitutions, malgré l’article 135 du code pénal laotien qui réprime le trafic de stupéfiant d’une peine de 10 ans de prison (et croyez nous, la prison au Laos c’est pas Disneyland), la culture, la vente et la consommation de la résine de pavot persistent. Effectivement il est estimé que pour réduire de 30 % la production d’opium au Laos, le coût serait de 35 millions de dollars. Vous imaginez un pays dans lequel la majorité des enfants ne peuvent pas aller à l’école dépenser une telle somme pour le petit plaisir de la lutte internationale contre les drogues ? La culture du pavot est parfois le seul revenu des villageois des régions montagneuses du nord du pays, l’État a ainsi tenté de remplacer cette culture par des cultures de substitutions comme le café (généralement cultivé dans le sud du pays) qui met plus de temps à devenir rentable. Le gouvernement laotien et le Programme des Nations-Unies pour le Contrôle International des Drogues estimaient en 1993 la production d’opium de 125 à 130 tonnes, les deux tiers étant consommés sur place et le tiers restant alimentant le trafic international. La même année, il est estimé que 2 % de la population totale des tribus montagnardes, soit grosso merdo 42 000 individus en consommaient quotidiennement. D’après une enquête mené en 2005 par l’ONUDC, l’éradication des champs de pavot progressait plus vite que l’implantation de cultures de substitution. Ainsi, les ethnies Hmong, Mien et Aka (qui sont cela dit en passant essentiellement animistes), principales ethnies tribales des région montagneuse du nord, cultivateurs et producteurs traditionnels d’opium se sont retrouvés sur la paille. Pas d’inquiétude, en 1998 la production de pavot laotien s’élevait à 27 000 hectares cultivés, il était donc le troisième producteur mondial après l’Afghanistan et le Myanmar.

Il ne faut pas oublier que dans ces régions reculées l’accès aux soins est quasiment impossible, aucun hôpital, très peu de dispensaires, l’opium est donc le seul médicament accessible. On sait déjà que l’opium soigne la douleur (n’oublions pas que la morphine est un alcaloïde de l’opium), mais il est aussi réputé pour soigner les diarrhées et les bronchites. C’est cool de se soigner à l’opium se dit-on, en fait, tout comme la morphine, l’usage médicale crée l’addiction et on retrouve ainsi un fort taux d’opiomanie dans ces villages. Certains commencent dès leur plus jeune âge, on vous laisse imaginer des enfants de 10-12 ans accrocs à l’opium et d’un coup ça devient un petit peu moins drôle.

Incapable de substituer totalement cette culture par une autre, le gouvernement du Parti Populaire Révolutionnaire Laotien joue sur le terrain de la répression. Du moins cette répression est essentiellement destiné aux trafiquants et aux touristes qui se font prendre la main dans le sac. La culture de pavot traditionnelle des villages des montagnes est tolérée tout en étant illégale tant qu’elle est destiné au village et à la famille. Il y est cultivé sans engrais selon la technique traditionnelle du brûlis consistant à brûler des parcelles de terre pour défricher et fertiliser le sol. La plantation des graines a lieu lors de la saison des pluies et la récolte y a lieu entre décembre et mars. Lors de la récolte, chaque tête de pavots sont incisées manuellement, puis, le lendemain matin, le suc oxydé est recueilli pour créer de l’opium brut. Ces récoltes permettent en moyenne d’avoir de 500 meuj à 3 kil par an et par famille, mais certains producteurs récoltent plus de 10 kilos. Comme tous les produits issus de l’agriculture, le prix dépend des saisons ainsi que de la quantité perçue par la récolte.

Désormais dans le nord du pays, les vieilles femmes des tribus montagnardes vendent l’opium aux touristes qu’elles croisent, tel est le cas dans la rue principale en face du marché de la ville de Luang Namtha. Elles proposent généralement des bracelets « traditionnels » destinés aux touristes sous lesquels se trouve un petit sachet d’opium que vous pouvez vous procurer pour la modique somme de 50 000 Kip laotien (un tout petit peu plus que 5€). Dans la ville de Pakbeng vous n’aurez aucun mal à trouver un dealer assis tranquillement dans la rue et proposant aux touristes cannabis et opium. Pour la ville de Vang Vieng demandez simplement dans les Happy bar. N’empêche faites attention, la drogue c’est mal et la police est souvent présente dans la rue, même en civil.

Pour conclure, si jamais vous étiez tentés de vous prendre pour un Tintin au Lotus Bleu sachez que l’opium mélangé au jus de citron peut vous tuer. Ce mélange a été longtemps pratiqué par les femmes des ethnies des montagnes pour se suicider.

Michel-Angelo

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