Point levé et arme à la main, droits civiques et Black Panther Party

« Say It Loud, I’m Black and I’m Proud », retour sur les cinquante ans des Black Panthers

Le mouvement pour l’acquisition des droits civiques de la communauté afro-américaine apparaît comme le fer de lance de la contestation du début des années soixante. La communauté demande des droits civiques égaux entre blancs et noirs, l’arrêt de la ségrégation, des lynchages et des violences raciales à une époque où le chômage frappe les Noirs deux fois plus que les Blancs. Le rassemblement le plus marquant à mettre à l’actif du mouvement pour l’acquisition des droits civiques fut la marche sur Washington du 28 août 1963. Plus de 200 000 personnes se rendirent dans la capitale et c’est à cette occasion que Martin Luther King (15 janvier 1929 4 avril 1968) prononça son célèbre discours « I have a dream » dans lequel il aspire à une Amérique unie et antiségrégationniste.

L’adoption par l’administration Johnson du « Civil Rights Act » le 4 juillet 1964 fut une victoire pour le mouvement des droits civiques. Malgré cela, la communauté afro-américaine n’avait toujours pas les mêmes droits que les bon vieux WASP, engendrant un nationalisme qui devenait de plus en plus virulent. La deuxième moitié des 60’s sont les années du Black Power, ponctuées avec une régularité consternante, par de violentes explosions et des désordres sanglants en milieu urbain visant la communauté noire. Les plus marquants sont ceux de Harlem en 1964, les émeutes de Watts à Los Angeles du 11 au 17 août 1965, de Newark (26 morts et 1500 blessés) et de Détroit en 1967.

Robert Williams, auteur de Negroes with Guns (1961), se disait partisan de la violence défensive en cas d’attaque ou de provocation de la part de l’ordre établi, seul moyen qui permettait la survie de la minorité noire dans une société américaine blanche et raciste. Malcolm X reprit les arguments de Williams et fonda le mouvement des Black Muslims, partisans de la lutte des races, convaincus que l’homme noir était doué d’intelligence et voué à être au sommet de la pyramide sociale et culturelle.

En 1965, ce mouvement afro-américain est animé par deux courants antagonistes: les partisans de l’intégration des Noirs dans la société blanche et ceux qui prônent un nationalisme révolutionnaire. 1966 est l’année de naissance du Black Panther Party for Self Defense (qui devint par la suite seulement Black Panther Party) dont les principes étaient: le rejet de la société blanche raciste, la volonté de faire considérer les Noirs comme des êtres humains et le désir de représenter une force sociale autonome. Le parti est fondé par Bobby Seale et Huey Newton à Oakland en Californie.

Leurs troupes ralliées au parti patrouillaient dans les rues de Oakland, armés de fusils afin de protéger les Noirs victimes des policiers blancs et munis du code civil pour prouver aux forces de l’ordre la légalité de leur attitude. Le mouvement s’étendit dans tous le pays et en 1967, les actions des Panthers furent particulièrement violentes entraînant l’arrestation des deux figures emblématiques du parti. Lors d’une manifestation le 25 juillet 1967 à Cambridge dans le Maryland, un militant des panthers, H. Rap Brown, devenu président du Student Nonviolent Coordinating Committee, encourage à brûler la ville tandis que, le 17 août 1967, Stockely Carmichael (1941-1998) appelle la population afro-americaine à la révolte générale. Les étudiants noires donnèrent eux aussi de l’ampleur au mouvement en revendiquant que les Black Studies soient inscrite au programme des universités du sud du pays.

Le 15 mai 1967, le Black Panther Party news paper publie dans son numéro un programme en 10 points dans lequel sont expliqués les revendications. En 1968, le Black Panthers Party et le Student Nonviolent Coordinating Committee décident de collaborer pour donner plus de poids à la contestation qui devint ainsi teintée d’un nationalisme révolutionnaire. Le SNCC abandonna définitivement ses principes non violents et changea son nom en modifiant la signification du « N » en « National », en tant que défenseur du nationalisme afro-américain. Les deux organisations décrièrent le capitalisme, le racisme et prônèrent l’action directe libératrice du carcan imposé par la société blanche. Fin 1968 le Black Panthers Party qui comptait environ 3 000 membres devint le porte drapeau du mouvement contestataire afro-américain.

Quant aux mouvements afro-américains non-violents, ils perdirent en poids après l’assassinat de Martin Luther King au Lorain Motel de Memphis le 4 avril 1968, puis le mouvement s’essouffla petit à petit dans les années soixante-dix à cause des peines de prisons des leaders et de la lente amélioration des conditions socio-économiques de la communauté afro-américaine. Même si son impact ne fut pas aussi net que ses leader le souhaitait, le mouvement des Black Panthers a fait prendre conscience à l’opinion publique nationale et internationale des paradoxes de la société américaine.

Michel-Angelo

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