Être transgenre en Indonésie, entre acceptation et rejet

Les personnes transgenre dans un quotidien sous pression.

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Pie Nabh Tappii, Miss Trans Indonésie 2016

Bien que quatre genres ainsi que trois sexes soient reconnus par la loi indonésienne, les personnes transgenre ne sont pas encore complètement acceptées par la population où l’islam domine.

L’Indonésie compte 255 millions d’habitants pratiquants l’islam modéré ainsi que 7 millions d’habitants transgenre. Cette catégorie de personnes est définie par le terme waria, de la même manière que les autres genres ont leur propre appellation. La loi indonésienne reconnaît trois sexes : féminin, masculin et hermaphrodite; et quatre genres : féminin, masculin, calabai (les hommes traverstis en femmes), calabai (femmes travesties en hommes) et bissu (intermédiaire entre les deux mondes divin et humain). Tout cela est directement lié aux diverses religions pratiquées au sein des quelques 17 000 îles de l’archipel, où la diversité d’ethnies, de religions et de cultures est une fierté, et une force.

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Pourtant, la montée progressive des fondamentalistes musulmans complique l’épanouissement des personnes transgenre et des femmes. En 2013, des manifestations ont lieu quelques jours avant le célèbre concours de beauté Miss Monde à Jakarta, réunissant plus de 1000 personnes affirmant que le concours « va à l’encontre des lois islamiques ». Les radicaux islamiques indonésiens sont aussi à l’origine de l’interruption d’un festival dédiée aux femmes, ainsi que de violences faites à l’encontre de la minorité chrétienne. À cela, ajoutons quelques menaces d’attentats, ainsi que l’expression publique du mécontentement des représentants politiques musulmans. Dans un article publié par Slate.fr, le porte-parole de l’Assemblé Consultative du Peuple, Zulkufli Hasan, dit :

Nous devons nous opposer au mouvement LGBT, en tant que mouvement. Nous devons limiter son champ d’action. Toutefois, en tant qu’individus, ils doivent être protégés au même titre que n’importe quel autre citoyen.

Encore heureux.

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Mais, quelque chose nous échappe. Où veut-il en venir ? Empêcher les personnes LGBT de s’exprimer et se montrer publiquement, tout en leur laisser la liberté d’être eux-mêmes ? Paradoxal.

Comme évoqué plus haut, le 11 novembre 2016 s’est tenu le concours de beauté Miss Trans Indonésie 2016 à Jakarta. La jeune femme âgée de 28 ans, Pie Nabh Tappii, a remporté le trophée tant désiré et les 10 millions de roupies (soit environ 700€) avec toute la grâce et la beauté que son « nouveau corps » lui ont permis de prôner. Car pour ces femmes, la simple participation à un concours de ce genre est une victoire. Pourtant, c’est dans le plus grand secret que le concours de beauté a dû se dérouler, seulement quelques médias ayant été conviés, et aucune information n’ayant été relayée sur les réseaux sociaux. Trop dangereux…

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Rafaela Manfrini, candidate brésilienne gagnante de Miss Trans Star International en 2016.

À Barcelone s’est tenu quelques semaines plus tôt le concours Miss Trans Star International et comptait 26 participantes transgenre du monde entier. C’est la jolie israélienne Taleen Abu Hanna qui est arrivée en seconde place sur le podium, très fière d’elle et de ses concurrentes :

Ici, nous sommes déjà toutes des gagnantes, nous avons gagné notre vie.

Alors, si une partie du chemin est déjà faite (et devrait servir d’exemple à bon nombre de pays occidentaux), il serait navrant de devoir repartir de zéro pour ces femmes transgenre indonésiennes, fières et belles.

Notons que l’Australie, l’Allemagne, l’Inde et l’état de l’Oregon sont les seuls territoires à avoir reconnu officiellement le genre neutre (aussi dit non-binaire).