Le Qatar ou l’esclavage des temps modernes

Qatar ou le mirage de l’eldorado

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Ils sont nombreux à l’aéroport de Katmandu: tous rêvent de payer l’école de la frangine et de rembourser le prêt hypothécaire du patriarche. Au Népal, on compte 2000 travailleurs qui s’envolent chaque jour au pays du désert. 500 rêveurs reviendront chaque année entre 4 planches dans un cercueil. Renvoyés à l’expéditeur depuis le Qatar, qui a tout du pays de l’esclavage moderne: privation de liberté, salaires non payés, passeports confisqués, même la chaleur de plomb parfait le portrait du régime de l’enfer.

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Le Qatar: prochaine destination pour la Fifa, dernière escale pour certains. Les esclaves qui viennent chercher un eldorado imaginaire représentent pas moins de 80% de la population. Une véritable masse ouvrière tenue sous silence qui travaille en moyenne 14 heures par jour pour 200 euros par mois… Quand l’entreprise veut bien respecter sa petite part du contrat. 200 euros, une misère? Pourtant l’humiliant gagne-pain est 10 fois plus élevé que le salaire moyen népalais. Du coup, il est facile de les tenir en captivité, comme un fauve qui aurait perdu la mémoire de la liberté. Une fois de plus, la misère fait le bonheur de certains…

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Le logement attribué par l’employeur a d’ailleurs des allures de cage : 20 ouvriers entassés dans un 2 pièces en périphérie, cafards et insectes en guise de compagnie. Parfois un garde surveille l’entrée pour faire fuir les journalistes trop curieux. Voilà. Ils ne leur restent plus qu’à espérer que le contrat soit un minimum respecté pour fuir au plus vite.

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Un logement attribué à des ouvriers au Qatar.

Fuir avant de mourir notamment. Au Qatar, on recense plus de 900 décès par an parmi la masse ouvrière: accidents, chutes mortelles, hyperthermie, déshydratation, épuisement, ou suicide pour ceux qui réalisent trop tard que leur rêve n’était qu’une vaste farce, un mirage honteux dans un désert fait d’injustices. La famille s’est endettée pour payer le visa confisqué et attend les retombées du « super job », mais les 6 mois de dur labeur ne suffisent pas pour manger. Pour beaucoup, l’impasse s’est transformée en une corde nouée au ventilateur de la cellule d’esclave.

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Quand les corps des misérables repartent au Népal, la cause du décès officielle est tamponée: « crise cardiaque« . C’est ainsi que de nombreux journalistes et médecins népalais ont réalisé l’ampleur du fléau. La moitié des travailleurs népalais qui décèdent auraient eu une soit-disante crise cardiaque selon les autorités du Qatar. Pourtant, les ouvriers, jeunes et costauds, passent tous un examen médical et semblaient encore en parfait santé avant le décollage. En vérité, les firmes n’ont aucun intérêt d’avouer les véritables raisons de ces décès nombreux, elle seraient contraintes de payer des dédommagements.

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Et sans aller jusqu’aux risques élevés d’accidents mortels, en plus des conditions de travail et de logement, les patrons cupides ne sont pas foutu de remplir leurs maigres contributions. La Kafala, une tutelle des employeurs sur leurs salariés, leur permet de confisquer le passeport. En cas de problème, il ne peut ni repartir ni changer de travail, encore moins récupérer son argent puisque très souvent, les firmes paient le ridicule salaire à leur convenance, sans être inquiétées par la justice qatarie quasi inexistante.

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Ah pardon, ils ont fait des efforts tout de même. Sous le feu des critiques internationales, le Qatar a dû faire des promesses. En novembre 2013, le comité de la coupe du monde a organisé en grande pompe une conférence pour prouver leur bonne volonté. De meilleures conditions de vie et un plan national avec de nouveaux accords qui obligeront toutes les entreprises de se conformer à des normes visant la sécurisation des salaires, le respect des standards d’hygiène et des quotas d’ouvriers par habitation. Félicitations! Oups, par contre ledit comité refuse de toucher à la Kafala… Autant dire que rien ne changera.

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Tant pis, ça n’empêchera pas les innombrables supporters et touristes de venir scander leurs slogans et encourager leurs équipes. Pendant ce temps, d’autres cordes pendront au pays de l’asservissement.