Le FN: les virtuoses du trompe l’oeil

Le Front National ou l’art de retourner sa veste

Ah la misogynie chez le Front National, une bonne vieille tradition. Et il ne le cache pas, enfin, habituellement. Ses élus s’étaient même opposés à plusieurs reprises aux textes du Parlement européen sur l’amélioration de l’égalité entre hommes et femmes, de la loi sur le harcèlement sexuel ou de la loi santé pour renforcer le droit à l’avortement… Donc c’est pas nouveau. Mais vu le scandal déclenché en 2012 par les propos de Marine Le Pen qualifiant certains IVG d' »avortements de confort« , la présidente opte désormais pour une position plus souple, affirmant dans les interviews qu’elle ne toucherait pas au droit des femmes de posséder leur corps. C’est surtout qu’elle préfère noyer le poisson avec un programme qui tout d’un coup tait la position du FN à ce sujet, semant un trouble par omission. Un trouble favorable à l’obtention des voix d’une classe populaire française pour qui le droit à l’avortement, c’est un peu comme le droit de vote: on n’y touche pas. Une belle quenelle en perspective, un double jeu purement stratégique et électoral. On t’explique.

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2012: au diable le droit à l’avortement pour toutes!

Cette année-là, un spectacle de girouette était en marche. Pendant la campagne présidentielle, la cheffe du parti ultra-conservateur était encore très claire et ne cachait pas sa misogynie:

Les avortements de confort semblent se multiplier. (…). Il faut dérembourser dans ces cas l’accès à l’avortement (…). Ce sont les femmes qui utilisent l’avortement comme un moyen de contraception, il y a des femmes qui font deux, trois, parfois quatre avortements. Ça existe ! Pourquoi se cacher la réalité ?

Rappelons que ces soit-disant « avortements de confort » représentent 10 à 15 cas sur 200.000 IVG… Autant dire qu’il ne s’agissait pas de mettre fin à une éventuelle déviance où contraception et avortement se confondraient, mais de limiter toujours et encore le droit des femmes de disposer de leurs corps, et ce, aux plus défavorisées. Car un avortement toutes taxes comprises, c’est tout de même 350 euros. Polémique déclenchée et voyant que sa position moyenâgeuse ne séduit pas, la présidente retiendra la leçon et fera volte-face.

2015: euh… Chut! retournons notre veste jusqu’aux élections…

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« On en reparle après les élections les gars, car pour le moment notre délire anti-IVG c’est pas vendeur« ! Je résume grossièrement, soit, mais c’est un moyen très simple de comprendre le changement de position de Marine Le Pen, qui d’un point de vue stratégique, n’a rien de surprenant. A quelques mois des élections présidentielles, elle change donc son fusil d’épaule en proposant un programme qui n’évoque à aucun moment le droit à l’IVG (officielement le programme sera dévoilé en février), pourtant si présent quelques années plus tôt dans les lignes politiques du parti d’extrême-droite. La semaine dernière, elle va même jusqu’à partager publiquement un avis radicalement différent sur les plateaux TV:

Que les choses soient très claires, je ne remettrait pas en cause l’accès à l’IVG.

Bon on l’a compris, Marine fait sa hippie, là, comme ça, brutalement. Aurait-elle commencé la fumette? Pense-tu! Elle est juste très maligne et prépare soigneusement le terrain pour l’année électorale. Du coup, elle préfère proposer un programme qui ne parle plus de restriction au droit à l’avortement et rappeler à l’ordre sa nièce, Marion Maréchal-Le-Pen, beaucoup moins futée mais toujours aussi obsédée par sa volonté de supprimer les subventions aux « planning familiaux« , qui « banaliseraient l’avortement ». Oui bien sûr, les médecins déambulent dans les centres de soin, pancartes à la main « approchez, approchez, deux IVG pour le prix d’un!« , c’est bien connu! . La Marine a tout de même confié que son ancien combat anti-IVG, c’était juste pour faire du gringue à la frange dure du parti et à Bruno Gollnisch.

« En 2012, j’ai évoqué ce sujet pendant la présidentielle comme une forme de concession en réalité à ceux qui avaient fait le choix de Bruno Gollnisch. (…) Aujourd’hui, ce débat-là [sur l’avortement] est tranché. Je n’ai pas de concession à faire, ou plus car, entre-temps, j’ai été élue à 100%, en 2014, à la tête du Front national ».

Tu m’étonnes qu’elle ait été élue, c’était la seule candidate… Maintenant, qu’elle règne en maître, plus besoin de se mettre dans la poche de précieux alliés. Et surtout, à l’approche des élections, mieux vaut se taire et rassurer pour séduire un large électorat français paumé entre une droite chrétienne rétrograde et une gauche en crise et éclatée. Mais ne te laisse pas avoir, la misogynie chez le FN, c’est une religion: prôner le retour des femmes au foyer, soupçonner les nanas d’aller avorter comme on va chez le coiffeur ou blâmer les mères célibataires, les actions anti-femmes ne manquent pas depuis la création du parti. Chut! Désormais, au FN, on se veut plus discret publiquement mais sans changer d’un cil une position ultra-misogyne en backstage. Ah cette incorrigible Marine, une virtuose du trompe l’oeil.

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