La peine de mort dès 9 ans. La longue agonie des Philippines

Les Philippines et la politique radicale de Rodrigo Duterte.

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Le Punisher, comme l’appelle le Times, nous avait bien manqué. Ou pas. 

Rodrigo Duterte gagne les élections le 10 mai 2016 avec 39% des votes, et devient officiellement le président des Philippines le 30 juin suivant. Une victoire écrasante obtenue grâce aux 19 années qu’il passa à diriger la ville de Davao, capitale de l’île de Mindanao.
Dès qu’il a pu, c’est à l’aide de belles et douces phrases semblables à celle-ci qu’il a bourré le crâne aux habitants d’une ville épuisés par les dégâts du trafic de drogue :

« Si vous exercez une activité illégale dans ma ville, si vous êtes un criminel ou un syndicat qui s’en prend aux innocents, tant que je suis maire, vous êtes une cible légitime d’assassinat ».

Au beau milieu des 7107 îles de cette archipel qui composent l’ensemble des Philippines, Mindanao se démarque par son indépendance politique et gouvernementale. En effet, Mindanao est la seule île dirigée par une seule et même personne. Manque de bol, c’est tombé sur Duterte. L’homme qui cumule quasiment l’intégralité des tares possibles dans ce monde, est parvenu à grimper les échelons notamment grâce à une politique radicale à l’égard du marché noir de la drogue, principale cause de mortalité sur l’île.

En bombardant le peuple philippin de punchlines toutes plus dark les unes que les autres, il a réussi à convaincre toute une population de le suivre. Le 4 juin 2016, il annonce publiquement :

« Sentez-vous libres de contacter la police, ou faites-le vous-mêmes si vous avez un pistolet — vous avez mon soutien. Tirez-lui dessus et je vous donnerai une médaille »

C’est à se demander si on ne marche pas sur la tête…. En juin 2016, environ 1 000 personnes ont été tuées par les escadrons de la mort sous prétexte qu’elles « pouvaient être » des dealers ou des consommateurs de drogue. En octobre 2016, ce chiffre passe à 2 000, où tu peux rajouter les 2 800 individus assassinées dans des circonstances non élucidées (selon les statistiques officiels). On te laisse faire le calcul.

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Crédit photo: Noel Celis Agence France-Presse
Homme exécuté dans un quartier chaud de Manille, le 23 juillet dernier. À côté de lui, est écrit sur un carton « Je suis un trafiquant ».

Mais bon, comme dit le dicton : « On ne change pas une équipe qui gagne, petit! ».
Au mois de décembre prochain risque d’être effective une proposition de loi soutenue par…Duterte en personne, tu l’auras deviné ! Celle-ci permettra de diminuer l’âge de la responsabilité pénale à 9 ans au lieu de 15 pour le moment, et de rétablir la peine de mort.

Comment justifier ce choix, disons-le nous, complètement insensé ?

« Des criminels adultes utilisent délibérément des jeunes de moins de 15 ans pour commettre des crimes comme le trafic de drogue » affirme Pantalaon Alvarez, un des rapporteurs du texte de Duterte annoncé à la Chambre des Représentants.

Ce à quoi l’UNICEF s’est empressé de rappeler que Manille est signataire de la Convention de l’ONU sur les droits des enfants, celle-ci stipulant qu’il est interdit de baisser l’âge pénal à moins de 12 ans.

« La prison n’est pas un endroit pour les enfants. Il est alarmant d’envoyer des enfants dans des institutions pénitentiaires. Il s’agirait d’une régression de la part du gouvernement philippin », affirme l’UNICEF.

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#ChildrenNotCriminals
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Là, ça craint vraiment.
Et il n’est pas surprenant de voir les associations de droits des enfants clairement péter un plomb. Sur Twitter, un hashtag #ChildrenNotCriminals vient d’être lancé afin d’inciter le gouvernement philippin à rejeter le projet de loi, et propose au Punisher de se concentrer sur les causes de la délinquance des mineurs, la pauvreté, le manque d’éducation, et l’absence de parents.
Ne serait-ce pas une meilleure idée ? Car prendre le problème à la racine est, aux dernières nouvelles, plus intelligent que de buter tous ceux qui te gonflent.

À lire, l’article écrit précédemment au sujet de l’élection de Duterte, sur Open Minded.

Bisous.