La reconversion de l’ex-Katsuni

Adieu Katsuni, bonjour Céline Tran

 

Lundi 26 septembre, j’assistais à « Premières fois », soirée de stand-up organisée sur la péniche La Nouvelle Seine. Après des passages hilarants, Céline Tran fait son entrée sur scène. Céline, aka l’ex-Katsuni foulait les planches pour la première fois, pour un début prometteur. L’occasion d’une interview sur ses nombreuses nouvelles carrières après avoir quitté le milieu pornographique en 2013.

Katsuni

 

Votre reconversion s’est effectuée par la BD, des vidéos humoristiques et apparitions dans des superproductions, quel est votre prochain défi ?

 

J’en ai plus d’un ! Alors que j’étais actrice X je m’amusais déjà à me diversifier en parallèle dans plusieurs domaines (présentatrice pour MCM, créatrice de ma ligne de lingerie, auteure de BD, blogueuse chez les Inrocks…), et depuis que j’ai définitivement tourné cette page il y a plus de 3 ans, je m’intéresse davantage à de nouvelles manières de m’exprimer dans divers registres.

L’expression passe toujours à travers l’écriture (la suite de ma BD « Heartbreaker » en tant que co-auteure sort dans quelques mois chez Ankama), le cinéma (je viens de tourner dans mon premier long-métrage d’action), mais aussi la musique puisque je commence à mixer depuis quelques mois (avec des débuts à l’Aéronef de Lille et la Villa Schweppes à Cannes). Mes nouveaux défis visent donc à évoluer et être reconnue dans chacun de ces domaines Je ne me limite pas et ça me plaît beaucoup de connecter une activité à une autre. D’ailleurs, j’envisage également le lancement de chaînes Youtube qui reflèteront ces différents centres d’intérêt..

 

Vous avez effectué votre première fois sur scène en tant qu’humoriste stand-up, pourquoi ce besoin de monter sur scène ?

Comme la plupart des choses que j’entreprends, c’était avant tout un défi personnel. J’ai fait ce choix seulement un mois avant le jour J. Je suis en convalescence d’une blessure au pied qui a fortement ralenti mes entraînements sportifs.

J’étais en manque d’action et d’adrénaline. Je me suis alors souvenue d’une conversation avec Kyan Khojandi qui m’avait vanté les qualités du spectacle Premières Fois à Nouvelle Seine, et dont le concept est justement de chanter ou jouer un texte sur scène pour la toute première fois.. Je n’avais jamais fait l’expérience de la scène auparavant, du moins avec un texte! Il m’a semblé évident qu’il était temps de me jeter à l’eau.

J’ai alors contacté le créateur du show Yacine Belhousse, qui s’est montré super enthousiaste et bienveillant. J’avais carte blanche, j’ai suivi mon inspiration du moment et ai écrit un monologue où je partage mon embarras face à certains messages de fans; leurs attentes et confessions peuvent vraiment révéler un malentendu à la fois drôle, absurde et effrayant.

Katsuni

 

Dans ce spectacle, vous évoquez les personnes agaçantes qui vous harcèlent de messages, un message à leur faire passer ?

Je ne les perçois pas vraiment comme du harcèlement, en tout cas pas les messages dont je parle sur scène. Je reçois vraiment de tout d’ailleurs: des compliments, des demandes de conseils, certains vont me parler sport, cinéma, musique, BD car ils réagissent à ce que je poste sur les réseaux sociaux.

Mais bien sûr dans le tas, il y a toujours un pourcentage de messages « What’s the F*ck » et c’est de ceux-là dont je parle car ils révèlent des choses intéressantes sur le rapport « personnage public »/ fan, il y a une vraie confusion qui est exacerbée par le fait qu’ils s’adressent à une actrice X car celle-ci véhicule une forme de fantasme, même lorsqu’elle ne tourne plus. Or le désir peut appeler une forme de frustration et de violence. Je ne suis pas étonnée de recevoir des messages à connotation sexuelle, ce n’est pas le problème et je ne jugerai pas quelqu’un qui vient demander des conseils.

En revanche, il est assez sidérant de voir à quel point certains (et certaines) ne font pas du tout la part des choses. La sexualité et les réseaux sociaux créent une forme de proximité qui mène vite à de la familiarité, mais je crois que derrière tout ça il y a un vrai problème de discernement et d’éducation. Et pour répondre à votre question, lorsque certains messages m’exaspèrent vraiment, je n’hésite pas à leur répondre directement pour leur dire « Stop », ou bien je fais le choix de les ignorer et les laisse s’énerver tous seuls. Certains d’ailleurs reviennent s’excuser, un « non » cause parfois un électrochoc, ils réalisent alors qu’ils ont fait fausse route. Je pense qu’il est primordial de savoir dire  » Non, vous vous trompez ».

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Entretenir l’illusion que tout est accessible, qu’une femme n’ait pas le droit à exprimer son désir propre est dangereux. Être actrice X ou non, c’est être actrice. Les films X sont des fictions, et il y a un temps pour tout. Mais attention je ne parle qu’en mon nom, d’autres femmes peuvent très bien avoir une vision différente de la mienne, et une autre manière de vivre ce métier et l’image qui va avec.

 

Katsuni

 

Est-ce que votre passif vous aide ou vous freine ? Sous quel angle les personnes vous voient-elles ?

Mon passif suscite souvent un mélange de surprise, de curiosité et d’embarras. Parfois cette curiosité va me permettre de rencontrer des gens plus vite que si j’étais totalement inconnue, et rien ne vaut la rencontre et la discussion pour briser les à priori.

Mais le système demeure tout de même rouillé. J’ai déjà perdu des rôles et opportunités professionnelles, non pas pour des problèmes de compétence et d’expérience, mais pour l’étiquette « Classée X » et ce, même en ayant abandonné mon pseudo « Katsuni » et en me présentant sous mon vrai nom.

Le chemin est donc loin d’être facilité par ma notoriété mais je ne suis pas du genre à renoncer, et au moins lorsqu’une collaboration se fait, elle n’en est que meilleure. J’aime travailler avec des gens qui ont le sens de l’audace, ce sont eux les plus créatifs. Pour le reste, c’est à moi de bosser et de montrer autre chose au public. C’est la raison pour laquelle j’ai tourné des vidéos en tant que comédienne d’action par exemple, et c’est aussi l’une de mes motivations à monter sur scène avec le stand-up.

 

Quelle est votre vision du porno actuelle ?

Un mot : industrie. Je suis consciente d’y avoir largement contribué puisque je suis arrivée avec l’ère internet et gonzo, mais j’avais alors en référence un porno sulfureux et transgressif, qui s’amusait à contourner les tabous, qui visait une vraie spontanéité et une forme de liberté quelques soient l’âge, la couleur de peau, les préférences sexuelles. C’est du moins comme cela que je l’ai vécu.

J’ai vraiment aimé mon voyage dans ce milieu mais au bout de treize ans je sentais qu’il ne me « nourrissait » et ne m’inspirait plus. Si la sexualité et le rapport au corps restent des sujets qui me passionnent, le porno ne fait aujourd’hui plus partie de ma vie. Je ne saurais donc parler de l’industrie du porno au moment où on parle, je ne me tiens plus trop au courant de ce qui s’y passe.

Katsuni

 

Gardez-vous des contacts dans ce milieu ? Ou avez-vous complètement coupé les ponts ?

Certains de mes meilleurs amis sont acteurs et actrices pornos retraités eux aussi et on aime se rappeler des anecdotes de nos tournages, de nos voyages. Il y a une nostalgie positive. Sinon je demande de temps en temps des nouvelles à mon ancien agent à Los Angeles et pour qui j’ai beaucoup d’affection. Quelques journalistes de la presse spécialisée aussi, mais je n’entretiens plus d’échanges avec l’essentiel de la profession. Je crois que c’est assez naturel de s’éloigner lorsqu’on tourne la page, d’autant plus que je suis rentrée en France depuis.

Le mot de la fin ?

Merci pour cet échange! J’espère que les lecteurs et lectrices auront la curiosité et le plaisir de partager de nouvelles choses avec moi. Pour ma part, je suis mon instinct et je poursuis mon exploration.

Bonne route à toutes et à tous 😉

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