Pablo Escobar entre crime et légende

Le roi de la cocaïne

Pablo Emilio Escobar Gaviria, dit « El Magico » ou « El Rei de la cocaine » est une légende. Robin des Bois pour les uns, bandit de la pire espèce pour les autres. Il est le narco trafiquant le plus célèbre de tous les temps. Sa vie est un roman et elle est racontée avec brio dans Narcos, série Netflix.

Né en 1949 dans la ville colombienne de Rionegro d’un père fermier et d’une mère institutrice, Pablo Escobar vient d’une famille modeste. Il a toujours eu l’ambition de s’élever dans la société et de sortir de la pauvreté dans laquelle il vivait. Jeune homme, il a d’ailleurs l’ambition d’être président de la République colombienne. Mais il ne trouvera jamais la légitimité ailleurs que dans le crime.

Au début des années 1970, Escobar vole des voitures et falsifie des certificats scolaires. Il devient par la suite une figure dans les affaires de contrebande, notamment de cigarette. Dans ces années là, la Colombie devient un terrain de contrebande de choix pour la marijuana. Mais le marché de la cocaïne est en pleine expansion. La situation géographique du pays en effet idéale pour la production. Situé entre les épicentres de culture de coca du Pérou et de la Bolivie. Le marché était là, il ne fallait que s’en saisir.

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Un jour que Pablo s’enjaille dans une discothèque de Medellin, il rencontre un jeune gringo, propriétaire d’un avion et qui veut acheter de la cocaïne pour la revendre à l’étranger. Intéressé par ses propos, Escobar le met en contact avec les gens du milieu et fait entrer ses amis dans le business. La combine est simple. Pablo Escobar produit la cocaïne dans la jungle, va la chercher en camion, la ramène sur la piste, le gringo l’embarque. La revend aux États-Unis et tout le monde empoche une grosse somme d’argent. À l’époque, ce trafic ne fait pas la une. « C’était presque une activité normale » dit Pablo Escobar « Et en plus il ne fallait tuer personne ». Pour convaincre ses interlocuteurs, il utilise d’ailleurs toujours la même phrase. « Plata o Plomo ». « L’argent ou le plomb ».

Conscient des sommes astronomiques en jeu. Pablo Escobar élimine la concurrence. En 1975, il fait assassiner Fabio Restrepo, un trafiquant influent de Medellin. À partir de là, il est l’unique maître du jeu et va changer à jamais les règles du trafic de drogue. Il produit et vend lui-même. Emploie 750.000 personnes pour gérer chaque étape de commercialisation et créé le fameux cartel de Medellin. 10 comptables travaillent à plein temps pour gérer les finances du Patron.

Au milieu des années 1980, il contrôle 80% de la cocaïne vendue au États-Unis et en exporte chaque jour 15 tonnes. Un business qui rapporte au cartel 420 millions de dollars par semaine, soit 22 milliards par an. La DEA estime que 15% des policiers de Miami reçoivent des pots de vin de la part du cartel.

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Pour faciliter le trafic, Pablo Escobar s’achète même l’île de Norman Cay au Bahamas. Il y construit une villa luxueuse, un hôtel et une piste d’atterrissage. Les profits sont tels que l’organisation achète des avions uniquement pour transporter l’argent liquide des USA vers la Colombie. Roberto Escobar, le frère de Pablo, comptable en chef, révèle dans une autobiographie que chaque année, 10 % du cash était perdu à cause des dégâts des eaux et des rats qui grignotaient les billets de banque. Un « manque à gagner » annuel de 2 milliards de dollars.

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Le magazine Forbes le classe en 1987 septième fortune mondiale avec son pécule de 30 milliards de dollars. Cet argent sert à poursuivre le trafic mais pas que. Pablo Escobar construit des écoles, des hôpitaux, des terrains de sport et finance des programmes sociaux. Ce qui fait de lui un Robin des Bois auprès des colombiens qui le voient en bienfaiteur et non en trafiquant. Il est d’ailleurs élu au congrès en 1982.

Son business florissant, les autorités s’intéressent à lui. Il fait assassiner tous témoins gênants et corrompt les policiers qui le dérange. Jusque là discret et insoupçonnable, il commandite en 1984 le meurtre de l’incorruptible ministre de la justice colombienne, Rodrigo Lara Bonilla et devient l’ennemi public numéro 1. « Il vaut mille millions de pesos » selon la police colombienne.

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Les États-Unis font pression sur la Colombie pour le faire extrader. Mais Escobar utilise son influence dans la politique pour créer une clause de non extradition et d’accorder, en échange de l’arrêt du commerce de cocaïne,  l’amnistie des barons de la drogue repentis. Sa campagne de terreur entraine la mort de journalistes, fonctionnaires, femmes, enfants, trois candidats à la présidentielle, des juges et des centaines de policiers. Il est également impliqué dans l’attentat d’un avion de ligne ayant fait plus de cent victimes dont deux américains.

Traqué par les polices du monde entier. Pablo Escobar fait quand même parler de lui et joue avec le feu dans les médias. Il se rend aux autorités en échange de la promesse de ne pas être extradé. Il obtient même l’autorisation de construire sa propre prison qu’il appellera « la catedral ». Les gardiens sont ses propres hommes. Les prostitués sont autorisées et  il y fait construire un spa, un nightclub ainsi qu’un casino.

En juin 1992, il s’échappe après que les autorités décident de le placer dans un centre de détention classique. S’engage alors une chasse à l’homme de 18 mois qui mobilise 2.000 policiers et militaires. Le but ? L’abattre. L’opération, baptisée Heavy Shadow mobilise la CIA, le FBI, la DEA, la NSA et fait plus de 400 morts.

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À ce moment, seules sa mère et son garde du corp savent où il se trouve. C’est pourtant un simple coup de fil de plus de deux minutes à son fils qui le fait repérer. Le 2 décembre 1993, lendemain de son anniversaire, il est abattu par la police sur les toits de son fief à Medellin.