La société américaine est-elle raciste ?

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Pourquoi parle-t-on de bavures policières racistes ?

Le pays de la liberté et des braves a connu des jours meilleurs. Symbole de diversité pour des millions de personnes dans le monde, les États-Unis restent pourtant un pays extrêmement fragmenté. Que ce soit le massacre de Charleston le 17 juin 2015 ou  la mort de Michael Brown le 9 aout 2014, la question noire n’a jamais été autant d’actualité. 52 ans après la fin de la ségrégation raciale, la société américaine est-elle toujours aussi raciste? 

Peut-on comparer les violences actuelles avec celles de la décennie de 1960 ? Ce serait sans doute exagéré quand on connait le degré de violence de cette époque dont l’apogée aura été le meurtre de Martin Luther King le 4 avril 1968. Cependant, les bavures policières ont toujours provoqué des manifestations. Les émeutes de L.A. en avril 1992 après le passage à tabac de Rodney King. Celles d’Octobre 2014 après le meurtre de Vonderrit Myers, un jeune noir de 18 ans était abattu par un policier à Shaw dans le Missouri près de St Louis. Cela arrivait deux mois après le décès de Michael Brown à Ferguson, également dans le Missouri, qui déclencha des affrontements avec les forces de l’ordre. Le Missouri symbolise aujourd’hui les inégalités socio-économiques que connait les USA et qui se lisent selon une cartographie communautaire.

Carte ethniques Ferguson

Les USA s’autorisent, contrairement à la France à publier des recensements ethniques. Selon le dernier, réalisé en 2010 par l’US Census Bureau , la population américaine s’élève à plus de 300 millions d’individus. La société américaine est aujourd’hui composé de 70% de Blancs, 12% de Noirs, 16% d’Hispaniques. Ironie de l’Histoire, la population noire est aujourd’hui majoritaire dans les états du sud ayant un passé esclavagiste comme la Louisiane, le Mississippi, l’Alabama ou encore la Caroline du Sud. Cependant, ils sont surtout concentrés dans les grands centres urbains comme Chicago, Los Angeles ou New York qui compte 2 millions d’afro-américains. 

 

manifestation ferguson

Minorité importante, les afro-américains le sont moins dans les fichiers de services de justice et police où leur proportion révèle une certaine discrimination et un possible racisme. Rien qu’à NYC en 2012, 280.000 noirs ont été contrôlés contre 50.000 pour les blancs bien que ces derniers constituent la grande majorité des habitants de la ville. Statistique parlante, un homme noir a statistiquement 1 chance sur 3 d’aller en prison contre 1 pour 17 pour un blanc. On dénombre aujourd’hui sur le territoire américain plus de 2 millions de prisonniers. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 5 fois plus de noirs en moyenne. Des peines 20 fois longues pour les afro-américains. Pour ce qui est des homicides liés aux bavures policières sur la dernière décénnie, plus de 30% concernent des noirs. Sur les bavures policières, un jeune noir entre 15 et 21 ans a aujourd’hui 21 fois plus de chance d’être tué par un policier que les blancs.

Cette violence pourrait être le fait de la militarisation accrue des forces de l’ordre mais que dire quand Michael Brown , un jeune noir non-armé meurt de 6 balles dans le corps ou du meurtre de Trevon Martin ? Comment ne pas y voir une appréhension, un traitement relativement différent. A Ferguson, dans la banlieue de St Louis, les stéréotypes raciaux sont nombreux. La ville connait dès 1917 des émeutes contre les discriminations. Cela a poussé les sociétés immobilières à construire des résidences en périphérie de la ville où les logements collectifs (de type HLM) étaient interdits, détruisant par la même occasion toute possibilité de mixité sociale. Faute d’activité économique, c’est tout le centre-ville de St Louis où sont restées les minorités qui s’est appauvri.

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Comme on peut le voir dans d’autres pays, les blancs préfèrent s’en aller en banlieue quand les minorités viennent s’installer en ville. Aux USA, la ville type d’un blanc est à 75% une ville où la population est également blanche. A Ferguson, la population noire est doucement devenue majoritaire mais les institutions n’ont pas suivi. Le maire est toujours blanc et seul un membre sur six du Conseil municipale est noir.

Selon plusieurs associations, la mort de Michael Brown n’est pas un acte isolé. Sur plus de 5000 contrôles routiers survenus dans le comté, plus de 4000 concernaient des Noirs. Dans le contexte post 11-Septembre, les contrôles et les arrestations se multiplient. Les amendes et peines de justice rapportent gros pour les municipalités. A Ferguson, les amendes rapportent plus de 2 millions de dollars par an tandis qu’un quart de la population est au chômage et 1 personne sur 4 vit sous le seuil de pauvreté.

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Dernièrement, les violences raciales ont atteint leur paroxysme avec les assassinats de policiers blancs par d’anciens soldats américains noirs. Le 7 juillet dernier, 5 policiers sont morts par balle, tués par Micah Johnson, un réserviste et ancien militaire déployé en Afghanistan. Hier, ce sont 3 policiers qui sont morts à Bâton Rouge, pris dans une embuscade dans laquelle ils étaient clairement visés. C’est désormais dent pour dent entre les deux communautés. Des groupes extrémistes identitaires noirs se radicalisent de plus en plus et déclarent maintenant la guerre à la police.

Barrack Obama, premier président noir de son pays apparait régulièrement touché, grave et tout bonnement impuissant face au racisme. La surreprésentation des personnes noires dans les centres de détention a d’immenses répercussions sur un individu. Car en plus de briser le modèle familiale, elle limite la réinsertion de par la discrimination à l’embauche ( les américains sont obligés de mettre leur casier judiciaire avec leur CV). Elle limite également les droits. Pour les dernières élections américaines, ce sont près de 2 millions d’Afro-américains qui ne pouvaient voter en raison d’antécédents pénales. 48 ans après la mort du réverrand King, « le rêve » est loin d’être réalisé et même si la situation n’est pas comparable avec la ségrégation raciale, le racisme continue d’hanter les USA.