L’art français de la fraude

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Vous n’aurez pas ma liberté de gruger !

Quand on vit à Paris et qu’on prend les transports en communs, on n’échappe pas à la fraude. Elle fait partie intégrante de la vie de l’usager. C’est quotidiennement que l’on se colle à vous pour passer le tourniquet. Il existe cependant différentes manières de gruger. Et si certains adoptent la méthode du « je peux passer avec vous ? », d’autres, plus athlétiques, préfèrent passer par dessus ou se faufiler par dessous.

Quelle que soit la méthode, la gruge est quotidienne et fait perdre à la RATP et la SNCF 360 millions d’euros par an. Un chiffre assez conséquent qui pousse les contrôleurs à redoubler de vigilance pour faire payer les resquilleurs qui seraient quotidiennement 140 000 à voyager gratuitement.

 

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Mais d’où vient cette frénétique envie de « passer au dessus » ? Elle est d’autant plus banalisée et facile qu’elle se déroule la plupart du temps sous les yeux des agents, totalement indifférents face au flux constant de voyageurs. Quand on regarde à l’étranger, on constate que si la fraude existe, elle s’exerce dans une moindre mesure. En effet, peu de pays dans le monde gruge autant que la France alors que le prix du billet est en moyenne moins élevé qu’ailleurs.

La fraude serait-elle alors l’expression de notre « francité », cette pulsion transgressive typiquement hexagonale qui nous pousse à toujours râler et à ne pas respecter la loi ? C’est l’avis du sociologue Alain Mergier qui explique la fraude comme « un moyen de se sentir libre ». Les français ont ainsi une drôle de relation avec la loi dont ils se réservent le droit de l’enfreindre quand l’envie leur prend.

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En immersion dans le RER, je demande à certains resquilleurs de m’expliquer leur geste. Les réponses sont sans appels, « j’ai oublié mon pass navigo », « d’habitude je paie, mais en ce moment j’ai pas d’argent » ou encore « mon pass est dans mon sac, j’ai la flemme de chercher ». Mais quel que soit les motifs, un élément revient toujours, « ce n’est pas bien grave ». Car à l’inverse de voler un pain au chocolat ou des chaussures, frauder dans les transports n’est pas perçu comme un délit. Cela peut s’expliquer par le fait que les transports en commun sont avant tout un service public. Il est donc normal et positif de s’y sentir comme à la maison.

Sur cette célèbre photo de Jacques Chirac, l’homme politique ne semble pas frauder mais simplement exercer devant ses collègues amusés, une certaine résistance au conformisme. Et si c’était ça l’esprit français ?

K.S

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