Stéphanie St-Clair : femme chef de gang
Stéphanie St-Clair l’a dit elle-même : elle n’a peur de personne.
Cette femme a marqué l’histoire des gangs d’Harlem, quartier nord de Manhattan à New-York, dans les années 20-40.
Née en Martinique en 1886, Stéphanie Sainte-Clair – de son vrai nom -, de père inconnu et d’une mère qu’elle perdra très jeune, le futur de cette femme ne semblait pas prometteur et loin de marquer l’histoire. Elle quitte l’école à 12 ans pour servir une maison en tant que bonne, où elle subira les attaques du fils de la maison.
En 1912, elle quitte son pays natal car rêve d’une autre vie que celle des ses compatriotes, l’aristocratie blanche créole dirigeant l’île. Elle se tourne alors vers les Etats-Unis, New-York, ne se doutant pas du destin qui lui est promis.
Elle arrive là-bas, elle ne parle pas anglais, elle est canadienne, noire et c’est une femme. Déjà ça semblait mal parti.
Le sud de la ville regroupait à cette époque de nombreux gangs, à l’origine de nombreuses rixes. Elle réussit néanmoins à intégrer une organisation spécialisée dans le racket pour laquelle elle devait repérer les bars et les bordels générant le plus d’argent, « les quarante voleurs ». Elle commence doucement à s’intégrer à la ville, apprenant rapidement la langue et les ficelles du métier. Peu à peu, « Queenie » – c’est le nom que la mafia blanche lui donnait -, montre son vrai caractère et n’hésite pas à s’imposer – une anecdote raconte qu’un jour, elle n’a pas hésité à émasculer avec un rasoir le chef des « quarante voleurs » après qu’il lui ait mis une gifle, culotté la gonzesse.
Queenie fait tourner plus d’une tête et commence à s’imposer dans le milieu, s’entourant de plusieurs durs à cuire pour la protéger.

Elle s’installe finalement en 1915 au nord de Harlem et s’oriente dans la loterie clandestine, les night-clubs étant la chasse gardée de la mafia blanche. Elle réunit rapidement une quarantaine de banquiers et une centaine de preneurs de paris sous ses ordres. En 1921, son chiffre d’affaires annuel s’élève à 200 000 dollars ce qui est assez énorme pour l’époque.
Elle sera à de nombreuses reprises poursuivie par la justice pour corruption, agression à mains armée…Elle devient une figure de l’émancipation noire, dans un contexte ou le Ku Klux Klan fait rage et sera donc la cible de nombreuses attaques et persécutions – principalement via ses hommes qui tombent peu à peu comme des mouches.
Elle finira sa vie dans une maison de retraite à New-York et mourra à l’âge de 83 ans sans faire de bruit.
Elle restera tout de même un symbole dans la lutte contre la ségrégation. Sacré femme !

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