Fixpen Sill : « sans faire l’apologie de la drogue, ça a beaucoup servi à l’élaboration de notre album »

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Fixpen Sill: Rencontre avec Vidji et Kéroué

Après nous avoir expliqué le sens de la formule en 2011, les Fixpen Sill reviennent en 2014 en nous disant que l’album, on verra plus tard. Ledit album se pointe finalement en 2016, le 5 février dernier. L’opus de 15 titres intitulé Edelweiss arrive comme une fleur, tel un bouquet de proses tendu aux fans. Style original, technique décapante, instrumentales minutieusement chiadées, on n’a indéniablement pas attendu tout ce temps pour rien. Rencontre avec le duo composé de Vidji et Kéroué dans les locaux de Musicast, label qui s’occupe de leur promo/distribution. Une demi heure d’entretien dans une très bonne ambiance, bien qu’écourtée par le rendez-vous de l’un des membres du duo avec sa maman après l’interview (membre que l’on ne nommera pas pour épargner sa «street-credibility» ). 

Open Minded : Fixpen sillvient du nom du premier porte plume . Vidji? Kéroué? C’est les deux premiers encriers ?

Kéroué : Bah moi c’est juste mon nom de famille en fait.

Vidji : Moi ça fait des années que je traine ce blase et ce serait mentir que de trouver une explication. Je ne sais même plus pourquoi je m’appelle comme ça. Mon blase entier c’est Vidji Stratega, du coup j’ai décomposé et j’ai utilisé l’un pour le rap (Vidji) et l’autre pour le beatmaking (Stratega). Je crois qu’à l’époque c’est juste qu’il fallait mettre un nom. Et maintenant je m’y suis fait. C’est presque comme si je n’avais pas eu à choisir. Et loin de moi l’idée de rentrer dans le cercle vicieux des emcees qui changent de blase tous les 2 ans.

Qui est le plus chaud des deux?

K : en quoi ?

 En prod on pense savoir (seul Vidji est producteur), en rap?

V : Moi je pense que d’ici deux ans je suis plus fort que Kéroué. J’suis en pleine ascension. (rires)

K : En vrai, comme moi je n’ai à m’occuper que du texte et Vidji ayant une plus grande palette, vu qu’il fait aussi la production, il est forcément plus chaud. (Vidji a réalisé 13 instrumentales sur les 15 morceaux de l’album Edelweiss. Ndlr). Je pense que Vidji dira pas le contraire. 

V : Ah bah si. En tout cas quand on a commencé à rapper, Kéroué était déjà très chaud, moi je savais même pas rapper. Je faisais un autre style de musique, c’est lui qui m’a amené là-dedans.

K : Après on a chacun nos skills.

V : Ouais, sur certaines prods Kéroué est un véritable rouleau compresseur, mais parfois pour ce qui est de transmettre une certaine ambiance, une certaine émotion… ça dépend.

Sur l’album, on a vu Heskis, Hunam et Nekfeu. A quand le come back du 5 majeur?

V : Le problème, c’est que même si on continue à se voir, on a chacun nos bails et nos emplois du temps. Heskis prépare son projet solo. Nekfeu, inutile de te dire à quel point il est débordé. C’est un peu l’homme aux mille collectifs. Nous on vient de sortir l’album et on trouve qu’on a une bonne dynamique. On s’était dit qu’on ferait un autre projet ensemble mais rien de planifié. On est pas à l’abri de voir un 5 majeur 2.

Vous dîtes que vous avez beaucoup jeté, fais le tri dans vos morceaux. Ça devient quoi ces mystérieux brouillons?

En fait, on mise plus sur la qualité que la quantité. C’est peu probable qu’on s’en resserve, vu qu’on a évolué depuis, mais certains morceaux pourraient ressurgir sous la forme d’un inédit ou d’un bonus.

C’est quoi vos petites routines. D’où vient votre motivation? Vidji pour les instrumentales, Keroué pour les textes

V : J’ai pas vraiment de routine. En fait le verdict c’est surtout le lendemain. Quand je fais une prod’ le soir, quand je réécoute, soit je me dis que j’étais parti dans une putain de ride et ça dégage, soit ça tape toujours autant que la veille et je commence à retravailler le projet.

K : Moi j’écris bien sous la pression. La motivation vient toute seule dans ces cas-là. Et puis quand ça vient, ça vient. Parfois je me retrouve au Dojo (Studio d’enregistrement), il y a une prod’ qui bouge bien, et en une heure j’ai mon texte.

V : Kéroué au mieux il peut terminer un texte en une demi-heure, chose que je n’arrive pas à faire d’ailleurs.

K : Ouais en revanche je n’arrive pas à faire un texte en plusieurs fois, ou mettre des trucs de côté. Quand j’ai le petit éclair de génie je me lance, après je ponce un peu et c’est bon.

 «Éclair de génie». En toute humilité.

K : (rires) Ouais faut bien. Sinon t’écris la même bouse à longueur de journée. Faut bien qu’il y ait des petites vagues de temps en temps, avec des trucs qui sortent du lot et qui valent le coup.

 Et toi Vidji, une instrumentale en une nuit?

Pour les instrus ouais, en une demi-heure je peux avoir la plus grosse partie du truc. Pour les textes c’est différent, je suis capable de le faire mais je ne serais pas forcément content du résultat. J’aime bien avoir du temps pour écrire. Et y’a un truc qui me paralyse, c’est que j’ai l’impression d’être en constante évolution. Du coup j’attends toujours le dernier moment pour enregistrer. Parfois Kéroué a déjà enregistré depuis deux semaines et je n’ai toujours pas fait mon couplet.

 Vous répétez perpétuellement «Tu vois de quoi on parle?». Bah non pas vraiment les gars, dites-nous.

V : (rires) Il est venu l’heure d’expliquer cette phrase.

K : On parle de rien, c’est une manière de dire « tu nous captes » quoi. On l’a même abrégé en TVDQOP pour le hashtag Twitter.

V : Ce qui est drôle c’est qu’on nous a souvent fait le reproche d’être éparpillés, et de parler de tout et de rien donc je trouvais ça marrant de demander continuellement au gens s’ils voyaient bien de quoi on parlait. Sachant que même nous on en avait aucune idée.

D’ailleurs sur le morceau hobo on voit encore moins de quoi vous parlez.

K : Nous on savait pas sur le moment mais au fil des interviews on s’est rendu compte qu’il y avait un message qu’on n’avait pas forcément calculé. En fait, ce morceau n’est pas aussi festif qu’on le pense. T’es là, t’as plus de travail, tu tises dans la rue, ta meuf t’a quitté … Bref t’es pas au max quoi.

V : Ouais et puis c’est ça ou se retrouver dans le métro à 6 heures du matin pour aller bosser en chemise.

K : En gros y a d’un côté les «  hobos » , les mecs déréglés, un peu exclus, et les «  robots » , les mecs qui sont en accord dans la société.

V : on pourrait aussi intellectualiser le truc genre : « c’est une critique du monde moderne dichotomique ». Mais en vrai ça fait vraiment les mecs qui se prennent le chou et c’est pas du tout dans un tel état d’esprit qu’on a enregistré le morceau.

 Pas du tout de critique du vocoder ou de certains artistes actuels derrière tout ça?

K : Vraiment pas. Au début on s’est un peu demandé ce qu’on foutait mais au final même si ce n’est pas le morceau qui a le mieux marché on est content du résultat. C’est inédit en terme de création.

V : Et puis quand t’as une partie de ton public qui est très attaché à une certaine forme de rap, c’est jouissif de balancer ça. C’est comme si tu lançais un pétard dans une chambre et que tu refermais tout de suite la porte.

K : En plus je me suis bien marré pour le clip, c’était cool de rentrer dans un personnage.

V : Attention, on est pas à l’abri de le voir passer du côté hobo de la force !


Georgio nous avait avoué ne jamais écrire bourré ou défoncé, bien qu’il parle beaucoup d’alcool ou de drogue. Vous en parlez beaucoup aussi, c’est dissocié de votre processus de création?

K : Sans faire l’apologie de la drogue, ça a beaucoup servi à l’élaboration de notre album.

V : Ouais on en parle presque même pas assez, comparé aux conséquences que ça a sur notre lifestyle et la façon dont on produit notre musique. C’est pas louable mais c’est la stricte vérité.

K : L’alcool, en revanche, c’est plus entre potes, pour s’ambiancer en soirée. Et même la fume, j’arrive à m’en détacher pour écrire maintenant.

V : Moi c’est l’inverse, produire ou écrire sans herbe c’est une petite torture.

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 Quid du dernier featuring entre Booba et Christine and the Queens?

V : J’ai juste été hyper interrogé. Christine doit avoir un petit penchant pour les rappeurs, les bad boys. Je pense qu’elle aime bien ce délire.

K : Depuis que les médias sont sur elle, et même avant, je la trouvais un peu présomptueuse. Ce n’est pas que je la déteste, mais je trouve que c’est le genre d’artiste que j’ai du mal à aimer parce qu’elle n’apparait pas très humble. J’ai pas encore regardé le clip avec Booba, j’irai voir. Et puis le franglais, la danse un peu chelou, c’est pas trop mon truc.

V : En tout cas c’est assez intelligent en terme de com, c’est une façon de faire parler d’elle quoi.

K : Mais big up à Christine quand même, il n’y a aucun problème.

Vous jouez systématiquement Ni oui Ni non et Chef étoilé sur scène, pourquoi

V : Ouais, c’était un bon moyen de mettre la lumière sur nos précédents projets et sur nous en solo. Parce que logiquement on nous associe plus à un duo mais on a aussi chacun no skills.

K : Yes, d’ailleurs on a refait un solo chacun sur l’album. On est en train de voir comment on peut les intégrer au live.

 Are you really Open Minded?

V : Notre niveau d’anglais est très « average »

K : T’es chaud je ne sais même pas ce que ça veut dire. Euh, Yes I’m Open Minded and i keep up on my life.

V : Je ne ferais pas mieux. Bah vive l’ouverture d’esprit et le Tahiti douche coco.