Vendeur de burgers ou culture dealer : même combat

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Dans les secteurs de la culture et du fast food, tous logés à la même enseigne de l’emploi précaire

On te parle souvent -et tu en as déjà peut-être fait l’expérience- de ces petits jobs « étudiants » ou d’été, qui te permettent de joindre les deux bouts, de payer ton loyer, ton inscription à l’université, ou, au meilleur des cas, tes vacances. Ce genre de taf ingrat, en général à temps partiel, qui te conduit à humer de la graisse à longueur de journée pour servir -avec le sourire s’il-vous plaît- à tes congénères ce qu’on appelle dans le langage sociologique de la « junk food ». Ça, c’est le prix à payer pour, allez, soyons fous, recevoir en échange l’équivalent d’un SMIC. Précarité, bonjour.

Hé bien figure-toi qu’il n’est pas que dans le domaine de la restauration rapide qu’on galère. Enfin, peut-être le sais-tu déjà, si tu fais partie de ceux qui rêvent de bosser dans la musique, que ce soit pour un club, un festival, un label ou encore la radio. Ou si, comme d’autres, tu t’imagines depuis tout minot être le nouveau Picasso, griffonnant à droite à gauche, et peignant avec compulsion sur du papier, les murs, ou du carton. D’aucuns, comme toi si ça se trouve, rêvent de monter leur galerie, de bosser dans une agence de comédiens, ou de carrément le devenir : comédien. Et certains écrivent. Ce qui rassemble toutes ces personnes, c’est un seul et même mot : Culture. Un mot qui en cache une montagne d’autres. Et, ah, tiens donc : « précarité » fait partie du lot.

Il faut dire que les formations qui te destinent à t’orienter vers ce secteur se multiplient, que ce soit en écoles privées ou à l’université. Et bosser dans la culture, sur le papier, ça fait rêver. En tout cas, ça fait plus fantasmer que de taffer dans un KFC. A l’arrivée, quand tu peux enfin te targuer d’être l’heureux détenteur d’une licence, voire d’un master dans ta discipline préférée, tu es censé te retrouver propulsé dans le monde du travail (ils sont pas bêtes là-haut, on sait bien que les formations qu’ils nous proposent sont définies en fonction de l’offre réelle sur le marché, hein…). Alors, effectivement, tu te retrouves propulsé dans le monde du travail. Tu travailles, oui. Mais t’es stagiaire.

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Sauf exceptions, le premier échelon de ce statut que tu obtiens assez facilement quand tu es encore étudiant, c’est « stagiaire de moins de deux mois » : tu bosses gratos. Enfin, tu es payé en savoir (comprendre : avec les précieuses connaissances que tu emmagasines dans ton petit cerveau), ce qui te permettra de donner un peu plus de gueule à ton CV et, normalement, de gravir le second échelon de la catégorie.

Quand tu passes à cette étape, en général, t’as un peu l’impression d’être le roi du pétrole, parce que tu es choisi (parfois après 3 entretiens successifs et parmi une liste de 3567 candidats) pour être le « stagiaire de plus de deux mois », à savoir celui qui va être payé, ou plutôt « gratifié » de 3,60 euros par heure travaillée (une expression qui n’est exacte que si tu fais tes sept heures par jour. Les heures sup’ ne sont évidemment, et sauf exception encore, pas rémunérées). La suite est quant à elle plus aléatoire : selon ton niveau de chance ou de flair pour tomber dans « la bonne entreprise », tu seras embauché, ou pas. Auquel cas, rebelote : nouveau stage pour une potentielle nouvelle vie, et occupation d’un poste permanent d’une structure à laquelle tu t’attacheras peut-être, qui te proposera certainement de réaliser un travail qui te passionnera, mais qui n’aura probablement pas les moyens de t’offrir, à terme, un vrai contrat.

Et le résultat, c’est que le stage devient une nouvelle sous-catégorie d’emploi, à l’instar de son grand frère : l’auto entrepreneuriat. Ce statut, c’est un peu celui du « stagiaire ++ ». Quand tu en arrives là, tu atteins de près ou de loin l’équivalent du SMIC. Les charges, c’est pour ta pomme, puisque tu es dans la catégorie des indépendants. Par contre, t’es toujours dépendant de tes parents. On oublie d’office l’option du CUI CAE et ses 56 critères et demi à remplir pour y être éligible, et on a au passage une pensée émue pour les copains intermittents qui triment pour cumuler leurs 507 heures. Enfin bref, au niveau du plan de carrière, vendeur de burgers ou culture dealer, c’est la même : tous sous la bannière de l’emploi précaire. Et de toute manière, bientôt, on sera remplacés par des robots.

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