On a discuté avec l’excellent The Hacker

the hacker
crédit photo : Jacob Khrist pour Resident Advisor

Rencontre avec The Hacker

The Hacker commence par faire dans le hardcore, au début des années 90 avant de se mettre à des choses plus techno et plus électro. À la même époque, il rencontre Miss Kittin qui vient aussi de Grenoble. Tout de suite, les deux artistes travaillent ensemble et cette union semble leur réussir puisqu’ils cumulent les réussites à l’étranger. Parallèlement, il fait des albums solos dont son troisième en conception, sans compter de nombreux remix et maxis. Dans les années 90, The Hacker avait un premier label appelé Goodlife puis en 2009 il s’allie avec Gesaffelstein pour monter Zone. Musicalement, il se définit comme un mélange de vrai électro avec de la techno et un côté un peu new wave, dark et années 80.

Si on devait définir ta musique et son évolution, tu parlerais de quoi ?

J’ai toujours plus ou moins le même style depuis une quinzaine d’années, j’ai jamais vraiment changé. En fait,  j’essaie d’évoluer dans mon style, avec des manières de travailler différentes par exemple, mais globalement je pense qu’il sera toujours possible de rapidement identifier ma musique parmi d’autres.

Peux-tu nous parler de tes projets avec Miss Kittin ?

C’est un peu en stand by depuis notre dernier album en 2009. Là on va sortir deux maxis avec Dark Entries un label de San Francisco. Ce sont des inédits de l’époque, de très vieux morceaux faits entre 1997 et 1999 qui ne sont pas sortis à l’époque. Les mecs de Dark Entries l’ont contacté, visiblement fans. J’avais déjà fait un remix pour un de leurs artistes qui n’est pas encore sorti, et ils m’ont appelé : « on est ultra fans de toi et Miss Kittin, t’as pas des inédits de l’époque ? ». Du coup j’ai fouillé dans mes vieilles cassettes, et j’en ai trouvé, Miss Kittin aussi… Là l’EP 1 sort dans dix jours et un deuxième va suivre et tout ça fera presque un mini-album. Ca se compose de 8 ou 9 morceaux, mais donc j’insiste, de vieux trucs.

Tu es plus intéressé pour rester dans Zone ou voir d’autres labels ?

Je fais des trucs sur Zone, comme mon album sorti l’année dernière, mais je fais aussi des chose ailleurs. Là y a des trucs qui vont sortir sous City Trax, mais ce sera sous un autre nom, pas The Hacker mais mon nom de famille Amato. J’ai toujours voulu faire des trucs sur Zone et en parallèle des trucs ailleurs.

Des projets communs en route avec Gesaffelstein ?

Il n’y a rien de planifié mais on a déjà fait des morceaux ensemble, on va certainement en refaire. Le problème c’est que quand je viens à Paris, on passe plus de temps à sortir que de faire de la musique. Peut-être en hiver, quand j’aurai moins envie de sortir…

Est-ce que tu peux faire un visu de la façon dont tu vois la scène techno et musicale électro à Paris aujourd’hui ?

On en parlait avec Laurent Garnier pendant les Nuits Sonores, on se disait qu’il y a 5/6 ans, la techno était au sommet de sa popularité, mais en faite non ces trois dernières années, elle a encore plus explosé grâce à l’évolution des clubs mais surtout des festivals : maintenant tout est quasiment blindé. Il y a eu un plateau fait par Concrete avec Derrick May, Robert Hood,Garnier … récemment et je sais très bien que ce même plateau en 2009 aurait fait 800 personnes. Et là, ils en ont fait 100 000 en une après-midi. En même temps, je trouve ça cool parce que ce sont des jeunes de la vingtaine qui vont venir écouter Robert Hood, mais est-ce que finalement ce n’est pas un effet de mode ? Parce que pas mal de ces jeunes étaient avant sur Ed banger et aujourd’hui ils sont tous techno. Je me demande dans quelle mesure c’est pas un effet de mode et si après ça va pas passer à autre chose.

Moi j’habite à Grenoble, je suis quelqu’un qui sort beaucoup et j’ai des potes qui sont beaucoup plus jeunes que moi, de 22-23 ans et qui me font délirer, ils vont partout. Aujourd’hui ils vont à Concrete, à machin, ils m’disent on a fait tel machin, le week-end prochain on va à Berlin et il y a quatre ans ils allaient à Breakboat. Mais c’est cool, le jeune évolue et… le vieux vieillit.

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crédit photo : Jacob Khrist pour Resident Advisor

Tu as dit que tu sortais pas mal, c’est quoi la dernière soirée que t’as faite et qui t’as marqué ?

Rien de spécial. Après les soirées, au bout d’un moment t’en fais tellement… Dernièrement, Sonar en mi-juin. C’était cool, j’ai bien aimé.

C’est toujours aussi bien qu’avant ?

Si je fais mon vieux aigri je vais dire qu’évidemment non, c’était mieux dans les années 99. C’est comme tout, la Winter Conference à Miami quand j’y allais en 2000 y avait 400 personnes maintenant y en a 15 000, voire même plus. Au début il n’y avait pas de Sonar Off, et tout ça. Maintenant t’as quinze milles soirées off… Après ces soirées off c’est toujours la même merde. Mais moi après j’ai une histoire, j’adore Barcelone, j’ai réalisé avec des potes que ça fait 15 ans qu’on y va, et on kiffe toujours.

Quels sont les artistes qui t’ont marqué le plus, musicalement ?

En DJ, les trois dj qui m’ont marqué ce sont Laurent Garnier, DJ Hell et IF.

Laurent Garnier parce que c’est le premier que j’ai entendu, je me souviens très bien c’était le 21 juillet 1991 à Grenoble, j’avais 18 ans, et j’avais pris ma claque. On était pas beaucoup dans la salle et j’ai pu parler avec lui. Je bricolais déjà un peu de musique à ce moment-là et il m’a dit vas-y, continue fais des morceaux.

DJ Hell c’est le premier qui m’a fait réaliser que t’étais pas obligé de jouer que d’un seul style dans un set. D’ailleurs aujourd’hui tout le monde joue le délire Concrete, de la techno auto-route. Quand on a commencé à bosser ensemble sur Gigolo, il a dit non s’en fout, y a pas de loi. La première fois que je l’ai vu vraiment jouer, à Berlin, un de nos tous premiers lives avec Miss Kittin il a joué de la techno Berlin pendant trois quarts d’heure. Et d’un seul coup il met Donna Summer, Depeche Mode, de la new wave, des trucs de Détroit, après il repart techno… et là ça a été la révélation.

IF c’est le côté italo-disco, lui encore plus rien à foutre, il est dans son délire et puis sa culture musicale, sa prise de risques… Une des dernières soirées Zone qu’on a faite au Social c’était un after du concert de Mike et on a invité IF. Il a mis du ABBA, l’original.

Tu es très new wave, techno électro etc mais d’un autre côté tu aimes bien la disco ?

Pour moi c’est pas incompatible ; le morceau I Feel Love de Donna Summer par exemple c’est de la techno quoi. J’aime bien le disco et l’italo-disco car c’est super électronique, on dirait presque de la pré-house de Chicago. Pour moi tout est connecté, tout est lié. Ça va dans les trucs les plus extrêmes, je vais aimer de la musique industrielle inaudible et je vais aimer Alain Chanfort.

Est-ce que tu es open minded ?

Je pense que je le suis beaucoup plus qu’avant.