Les stagiaires, ces monstres selon Madame Figaro

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Le stagiaire roi, cet animal d’une autre espèce par Madame Figaro

Au détour d’Internet, je suis tombée sur un article de Madame Le Figaro intitulé  » Le stagiaire roi : ce monstre de la génération Y ». Déjà, le mot « monstre » me titille et je trouve le raccourci avec la génération Y un peu facile mais je ne m’arrête pas au titre, je le lis en intégralité. Et je le regrette, immédiatement. C’est méprisant, insultant, dégradant et tellement loin de la réalité. L’enfant roi existe, le stagiaire nouvelle génération aussi mais il n’y a aucun amalgame à faire entre les deux.

Ô consternation, Ô désespoir.

J’ai fait plusieurs stages dans des rédactions mode pendant deux ans. Cette époque est révolue, je ne suis plus l’éternelle stagiaire à 436,34 euros par mois, je m’en porte très bien mais je n’accepte toujours pas qu’on puisse cracher sur les stagiaires sous prétexte qu’ils vivent avec leur temps et que leur statut évolue. Oui, « il est loin le temps où Hugo faisait le tri dans votre courrier avant de sucrer précautionneusement votre café noisette «   et c’est tant mieux.

Ca ne devrait jamais être écrit avec la plume du regret et de la nostalgie -puisque c’est seulement synonyme de progrès – et encore moins de la main d’une journaliste qui est forcément passée par là.

Cette « époque bienheureuse » est définitivement révolue, c’est le cadeau fait à cette génération Y qu’on affuble de tous les maux mais qui regorge pourtant d’ambition malgré son manque d’expérience et une rémunération de fortune. 436 euros – qui deviendront bientôt 500 – une indemnité salariale qui n’a jamais aussi bien porté son nom.

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Du mépris déguisé en jalousie

Souvent, le stagiaire connaît la même charge de travail qu’un employé et met encore plus de coeur à l’ouvrage puisqu’il a gardé sa motivation toujours intacte. Pour autant, il est vrai qu’il reste un jeune issu de la génération Internet, né avec le digital et le numérique et bercé par l’idée d’un futur 2.0.  Une génération que Julien Pouget, spécialiste du management et des ressources humaines cité dans l’article qualifie de « libre et rafraîchissante. » Alors, pourquoi s’indigner contre Charlotte qui « ricane bruyamment » parce que son boss dit qu’il est sur « un stra gram » ?

Tout au long de ces études, le stagiaire a entendu et ré-entendu qu’il fallait écrire/réaliser/communiquer de manière sexy – comme si ça voulait réellement dire quelque chose. Ils sont conditionnés par les termes américains, connectés 24/24 sur les réseaux sociaux et totalement en osmose avec leur temps, leur époque, leur environnement plus digital que jamais…. et c’est précisément ce qui leur est reproché dans cet article : » Il a 12.000 followers sur Twitter, vous en avez 23. »

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Alors, oui, cette banalisation du « sexy » , du « cool » combinée au syndrome d’une jeunesse qui doit se faire donne parfois lieu à des  » Mec, j’ai la gueule de bois, je viendrais pas » qui frôlent le non respect. De là à sélectionner des dizaines de témoignages de chefs d’entreprise qui racontent comment leur stagiaire a débarqué en chaussons ou a préféré terminer son service pieds nus parce qu’il avait une ampoule, il y a un monde.

D’abord parce qu’on s’en fout cruellement et qu’il ne s’agit en aucun cas d’une étude de cas par cas, ensuite parce que l’étourderie et la bêtise n’ont rien à voir avec le statut de stagiaire et encore moins avec la génération Y qui est prise à partie dès le titre de l’article. C’est méprisable à souhait, sponsorisé par la mauvaise foi et beaucoup trop d’amalgames.

Si on ne peut blâmer cette journaliste pour avoir donner son avis, on lui décerne quand même la palme de  » réac de l’année ». D’ailleurs, si vous voulez lui laisser un mot gentil sans insulte car c’est tout ce qu’elle attend -#openminded – elle est sur Twitter. 

Dernière minute – A peine sept heures après la publication de cet article sur Madame Figaro, les stagiaires 2.0, précisément ceux de la génération Y , se rebellent sur la Toile : un tumblr vient de voir le jour baptisé StagiaireRoi.

Dessus, des gifs et des photos pour nous montrer la vie classique d’un stagiaire – c’est drôle, c’est du millième degré et ça devrait remettre tout le monde à sa place.