La désintox existe aussi pour les trolls

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Les trolls ont leur palais et c’est pas joli à voir

Un mardi matin dans l’Aube, notre voiture s’approche lentement de ce bâtiment austère en brique blanche. De l’extérieur, le CRPT (Centre de Réhabilitation Psychologique pour Trolleur) ressemble, à s’y méprendre, à un hôpital. A peine rentré, on peut sentir la détresse qui imprègne les lieux. Sur les murs du hall principal, des screenshots des commentaires les plus haineux ornent la pièce. Comme si l’on voulait se souvenir de ces années peu glorieuses durant lesquels les résidents du centre ont pourri Internet. Nous croisons un homme, le regard fuyant. Il s’agit d’Arnaud, envoyé ici il y’a 5 mois sur demande du juge après avoir littéralement déféqué sur un ordinateur de la médiathèque de Fontenay-sous-Bois alors qu’il naviguait sur la page Facebook de Christine Boutin. « C’était le geste de trop » se confesse-t-il « mais l’insulter dans les commentaires ne suffisait plus ». Tous les jours pendant 5 ans, Arnaud déposait un petit émoticone en forme d’étron sur la page de la femme politique mais un jour le réel a pris le pas sur le virtuel. « Une histoire classique » nous glisse un neurologue du centre au détour d’un couloir. Des cas comme Arnaud, il en a vu des centaines mais « chaque profil est différent ».

 

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 Certains trolleurs subissent des troubles psychologiques graves. C’est le cas de Gaétan qui à force de liker « pour rire » toutes les publications de Christophe Maé, s’est fait tatouer le visage de l’artiste sur les fesses. « Enfermé dans une spirale de l’ironie, ces internautes oublient qu’en réalité ils détestent les gens qu’ils trollent » nous enseigne le professeur Lelièvre, directeur de l’établissement.

Ici on apprend à rire des choses simples : un vieillard qui glisse dans l’escalier ou une blague de présentateur TV. Paul, un autre patient se livre « au début j’ai cru que je n’y arriverais pas, on m’obligeait à regarder des rediffusions des Enfants de la télé pendant des heures et je n’avais même pas le droit de tweeter ». Pour Paul, l’horizon s’éclaircit, il n’a pu que 3 mois « à tirer ». Ce n’est pas le cas de « Renard », le patient le plus dangereux du centre. Pour le rencontrer, nous avons dû négocier avec son médecin car c’est un cas à part : « Nous parlons d’un homme qui pense au second degré » nous alerte-t-il. A son tableau de chasse, des stars comme Zazie à qui il a fait croire qu’elle avait du talent grâce à ses commentaires élogieux sur Youtube. Mais c ‘est en 2012 qu’il commet « le troll de trop » quand il va jusqu’à coucher avec Valérie Damidot pour lui faire croire qu’elle est belle. Un acte odieux qui lui vaudra d’être envoyé ici pour 5 ans. Ses rares appels vers l’extérieur, Renard les consacre à ses amis au chômage en se faisant passer pour un employeur de Google. 

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Sa passion pour les trolls remonte à sa tendre enfance. A 15 ans, il se rend 2 fois par semaine au camp d’entrainement du PSG pour encourager Vikash Dhorasoo, le seul milieu offensif de l’histoire club à n’avoir jamais inscrit un seul but en ligue 1. « Il allait même jusqu’à lui demander des autographes » se souvient un supporter du club. Avec l’arrivé des réseaux sociaux, le terrain de jeu de l’adolescent s’étant considérablement agrandit, il crée les fan pages de Greg le millionnaire et Loana dans le seul but de les troller. « Ces célébrités n’y ont vu que du feu, persuadées que des gens s’intéressaient vraiment à leur vie » avance un responsable de communication digitale contacté par fax. 

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Apres une telle rencontre, c’est avec le cœur lourd que nous quittons le CRPT le soir même. L’auto radio, bloqué sur Fun Radio depuis que Samuel, un collègue aux goûts musicaux douteux, nous a emprunté la voiture joue du Maitre Gim’s. Machinalement, nous nous amusons à chanter les paroles de « Bella » quand soudain un malaise s’installe… Sommes-nous atteints ? 

Affaire à suivre 

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