Tous les chemins mènent à la beuverie.

beuverie

Tous les chemins mènent au rhum, non ?

On a beau se jurer tous les dimanche matins qu’on ne boira plus jamais d’alcool, notre amour pour lui est inconditionnel et on replonge dans ses bras dès la nuit tombée . Gardez votre langue de bois et laissez la gueule de bois vous envahir, on sait tous ce que c’est de transpirer du rhum, de regretter et de recommencer.

Le cycle infernal de notre jeunesse : tous les chemins mènent à la beuverie. La preuve.

rhum

Un lundi matin de décembre. Tu peines à te remettre de ta cuite de samedi mais ton patron n’a aucun état d’âme. Pour lui, l’alcool c’est un verre de vin rouge avec maman sur le canapé et il est loin le temps où il se la collait violemment comme tu le fais. Se murger, c’est un art mais ça, il l’assimilera jamais alors tu dois bosser et feindre d’être en forme comme l’employé modèle que tu lui as vendu lors de ton entretien, en costard trois pièces de chez Tati. Tout est dans l’apparence. 

Sauf que tu meurs à petit feu et c’est à peine l’heure du déjeuner. Tu meurs d’envie de t’allonger mais tu veux pas passer pour le trentenaire qu’a toujours pas assumé de vieillir alors tu fais comme tout le monde, tu vas t’acheter une salade dégueulasse chez Franprix. Là, tu manges pour te nourrir mais tu ne ressens aucun plaisir, tu veux juste faire l’amour à ton lit.

Il est 16 h, tu n’as pas fait la moitié de ce que tu devais faire, c’est dur de bosser quand t’arrêtes pas d’être déconcentré par ton envie de croupir ailleurs qu’ici. 18 heures, tu vas enfin partir et retrouver ton havre de paix, ta chambre de bonne de 10 m² enfouie sous tes fringues sales et tes tickets de carte bleue que tu n’oses même pas regarder, t’es cardiaque.

Tu te lèves de ta chaise, c’est le moment préféré de ta journée, quand Jean Charles arrive, te tape sur l’épaule et te dit :  » une petit binouse pour oublier qu’on est lundi ? »  T’as un faible dans la vie, un vilain défaut qui te poursuit depuis ta première cuite au Pastis à 13 ans et demi : tu ne sais pas dire non à un apéro, jamais. Alors, te voilà avec ta pinte de Pelfort et ton collègue JC. Tu voudrais faire le mec « une seule et je rentre! » mais ça fait longtemps que t’as arrêté de te battre avec toi même.

Fin de l’histoire : beuverie.

pinte

Un lundi matin de mai. Tu as dormi comme un pape, c’est rare et tu te sens prêt à conquérir le monde aujourd’hui. T’es dans une forme olympique, tu souris à tout le monde au bureau, tu réalises ô combien une bonne nuit de sommeil, ça fait du bien – c’est tellement rare ça aussi, t’avais oublié. T’es content de bosser, ça aussi c’est rare, tu t’épates toi même, c’est un jour à demander une augmentation tellement t’es productif. A 12 h , tu fais péter le sandwich du Subway pour fêter ta bonne humeur et tu retournes à tes taches du jour. T’as hâte de finir pour mettre toutes ces bonnes ondes à profit. Tu te dis que tu pourrais aller faire un footing sur les quais, célébrer le printemps – il y a même du soleil, il faudrait être fou pour ne pas en profiter.

Tu te dis aussi que tu pourrais rendre visite à ta tante, la pauvre, tu la vois jamais – un petit thé sur son balcon, ce serait sympa et t’aurais redorer ton karma pour les dix années à venir. 18h. Tu te lèves de ta chaise, prêt à partir en petites foulées jusqu’à chez ta tante puis ton pote Jean Charles arrive, te tape sur l’épaule et te dit : « une petite binouse sur les quais? »  Tu te dis qu‘une petite bière n’a jamais fait de mal à personne et que tu vas quand même profiter du soleil alors t’acceptes, t’iras voir Tata Jacqueline après. Un pack de 12 et un saucisson Justin Bridou plus tard, Tata Jacqueline t’en as plus rien à carer et t’es trop dans une bonne vibe pour planter JC. Alors tu restes tant que tu sens que t’es pas complètement hydraté.

Fin de l’histoire : beuverie.

ivresse

Un lundi matin de septembre. Tu te sens bien dans ta vie et dans tes baskets, pourtant dès le matin, t’as senti que t’allais passer une journée horrible. T’as glissé de ta mezzanine et on réalise jamais assez ô combien c’est douloureux, du parquet. T’es arrivé sur les quais du métro à moitié unijambiste et les portes du métro se sont refermées sur toi pour finir de t’achever. Au bureau, ton ordi s’est allumé après 283 mises à jour Windows, t’as perdu un temps monstre et tu paniques. Tu pars manger, tu tombes sur les seules frites du Mcdo sans sel et on parle pas de l’état de ton Big Mac -six heures d’âge à vu d’oeil- mais t’as faim. De retour au bureau, tu planches sur ton Power Point, tu checkes la dernière slide… et là, c’est le drame. Coupure de courant dans tout l’immeuble, tu te dis que Dieu a clairement quelque chose contre toi, tu capitules et t’attends patiemment 18 h pour fuir et mourir sous ta couette.

C’est enfin l’heure, tu te lèves de ta chaise, c’est la délivrance ultime de ta journée voire de ta vie quand ton pote Jean Charles arrive, te tape sur l’épaule et te dit : « une petite bière pour décompresser ? »  Tu te dis qu’au point où t’en es, il pourra rien t’arriver de pire et tu rêves vraiment d’une bière pour noyer ton chagrin, ouais. Tu comptes bien aller chercher un bon petit plat indien pour te consoler de cette journée de merde après, mais y’a pas urgence. Une bière puis deux puis six, JC t’a remonté le moral, tu vas pas le planter là pour un poulet au curry, tu continueras à te goinfrer de cacahuètes et l’Indien sera toujours là demain, non ?

Fin de l’histoire : beuverie.

Je continue ?

cuite