Fatima Al Qadiri, musique & voyages

fatima al qadiri

Fatima Al Qadiri, des apparences trompeuses et une rose des sables qui cache un véritable dragon.

Chaque pays a ses symboles ou, tout du moins, des points de références.  Si j’te dit Allemagne, tu vas me répondre techno ou me parler d’un côté brut de décoffrage. Avec un peu de vocabulaire, tu parleras de kartoffel. Avec Espagne, tu penses vacances et rythmes estivaux. Loca loca locaaa, el ritmo de la noche et tous ces délires à la con. Canada ? Pancakes, caribous et fusillades. Et si j’lance « France », tu parleras de grèves, de scandales politiques et peut être de gastronomie.

Mais on va pas s’amuser à lister les pays et leurs symboles. On trace direct direction le Royaume Uni. Terre suffisamment isolée qui en fait rêver plus d’un. Et pour cause, la grande île n’a pas son pareil pour l’accueil et l’ouverture d’esprit. Londres reste en retard sur les ricains mais en avance sur les pays de l’est et, côté culture, les rosbeefs ont déjà démontré leur savoir faire par le passé. Les Beatles, les Clash, l’écurie Ninja Tune et le prince outsider de la techno : Daniel Avery.

Laissons de côté les rythmes lancinants pour aller vers de nouvelles choses. Il n’y a pas si longtemps, je vous parlais d’Eglo Records. Véritable pépinière et laboratoire pour les talents du futur. Depuis 2009, la famille de Sam Sheperd – a.k.a. Floating Points – et Alexander Nut – de Rinse FM – a fait sa place dans le paysage musical britannique et mondial avec une recette efficace d’audace et de maîtrise. On retrouve ainsi un très joli roster avec des noms comme ARP 101, Funkineven, Floating Points ainsi qu’une certaine Fatima Al Qadiri.
J’ai commencé l’article en parlant de pays : USA, Angleterre, Espagne et compagnie. Le nom de cette dernière artiste me laissait déjà songeur. Un possible écho à Omar Souleyman qu’on avait déjà retrouvé aux côtés de Four Tet. Du coup, en commençant à me plonger dans sa musique, inutile de dire que les valises étaient déjà faites.
Du coup, au moment de lancer Asiatich, c’est un peu médusé qu’on découvre que la magie d’Eglo opère et détourne le vol en direction d’un tout autre continent : la Chine dans un trip totalement hallucinant.

asiatischcover

Pendant que les premiers paysages orientaux se dessinent. Un petit retour sur Fatima s’impose. Véritable enfant nomade née dans un pays qui s’appelle la Terre. Elle puise son inspiration dans tous les villages qu’elle connait, de la Chine – donc – à Los Angeles en passant par deux ou trois paradis perdus et cette Suède dont elle vient. Côtés collaborations, elle peut se vanter d’avoir travaillé avec un sacré nombre de personnes balèzes. Des noms qui viennent et sonnent comme de véritables témoignages d’un talent, d’une capacité versatile et, surtout, d’un amour pour les musiques.

Asiatich donc. Une release qui n’est pas encore trop veille pour qu’on prenne le temps de se repencher dessus. L’album s’annonce comme un sérieux carton bristol pour un séjour de l’autre côté de la planète. Ou dans le 13ème pour les moins nomades. Les films de Ang Lee et Zhang Yimou donneront assez d’images à votre cerveau pour laisser l’aventure de la musique vous envouter.
On part direct et la voix d’Helen Feng arrive comme ce GEO du Club Med qui nous indique la route à suivre une fois descendu du bus. Le rythme s’échappe et se perd et les instrus se font cristallins.
La musique nous conduit petit à petit au point central de l’album avec Szechuan. L’ambiance chinoise se fait une grosse passe avec des sonorités traditionnelles (Gŭzhēng, Dòngxiāo et autres clochettes crotales) qui viennent se mêler à des émissions sonores électroniques. On est bel et bien chez Eglo mais aussi chez Fatima et, surtout, chez nous. Cette sensation se confirme avec la suite et ses intros non sous-titrées. Se pointe alors l’ïle de Hainan et son question réponse entre Occident et Orient, traditions et nouveautés.
L’album continue cette même route sans jamais franchir une limite et s’essouffler dans trop de démonstrations. C’est d’ailleurs là sa principale force : venir nous présenter 10 titres aux influences sino-électroniques pour un billet direction le royaume de Mulan. S’il ne fallait en retenir qu’un seul, je pencherai pour Shanghai Freeway qui respecte ce melting-pot qu’est l’album avec un bonus de sonorités tropicales.

Asiatich se veut donc comme un sacré manifeste à ce que notre Soprano hexagonal appelle Cosmopolitanie. Heureusement pour vos oreilles, Fatima le rédige avec une toute autre puissance et un talent certain. Vives la Musique et les musiques.

Si cet album est devenu, pour moi, le centre du travail de Fatima, il ne faut pas non plus aller jusqu’à limiter sa carrière à cette release. Elle est présente depuis un moment et en a fait rêver plus d’un avec ces précédentes sorties. On l’avait déjà retrouvée aux côtés du boss de Eglo : Floating Points avec Do Better. Elle avait aussi fait frémir pas mal de monde avec son dantesque Desert Strike qui nous poussait, non pas en Chine, mais en plein milieu de l’opération Tempête du désert de papa Bush.

Mais histoire d’aller plus loin et découvrir tout ce que Fatima sait faite, la recherche Youtube s’impose et pour vous simplifier la chose, voilà 3 destinations qu’elle nous propose :

Et si vous vous sentez l’âme d’un globe-trotteur du son ou d’un aventurier musical, Fatima sera présente à Paris ce vendredi dans le cadre du Pitchfork Music Festival. Elle fera vibrer le monde au Trabendo aux côtés de Sophie, Tourist, Douchka et du duo Lunice. Infos & résas ici.

Sans titre 7