Les petits bruits de Vendredi

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Vendredi, quand le meilleur jour de la semaine est un duo

On pourrait faire des millions de jeux de mots, de références plus ou moins golri avec vendredi, je m’abstiendrai pour ne pas rentrer dans l’insipide et me contenterai d’introduire Charles et Pierre-Elie, aka Vendredi. Ce qu’il faut retenir de cette interview, avant même d’avoir commencé à le lire, serait la complémentarité de ces deux gars, tant au niveau des références musicales que dans la manière de voir et de vivre la création. Leur volonté artistique se veut poétique et contrastée; au bout de quelques bières, on se rend finalement compte qu’elle est de se faire kiffer.

C’est bien d’être deux ?

Charles : On se complète. Quand tu fais du son, notamment de la musique électronique, tu peux rapidement t’enfermer dans une boucle de samples et tu ne peux pas t’en sortir. Du coup, c’est ton pote avec qui tu travailles qui t’aide à en sortir. C’est bien aussi parce qu’on a des influences différentes qu’on allie.

Pierre-Elie : Complémentarité et soutien. C’est un peu sordide de travailler tout seul dans une chambre toute la journée et toute la nuit. Le fait d’avoir ton pote qui t’encourage, ça a un côté galvanisant. Sans tomber dans le portrait mélodramatique du duo qui se soutient mutuellement … Il y a quand même quelque chose d’agréable dans cette manière de travailler.

Tous ces symboles et références à la divinité, ça explique votre délire musical ?

P-E : Je crois qu’aujourd’hui tu ne peux pas te contenter d’apporter une musique toute seule; il y a tant de propositions, un tel marché de la musique. Ce n’est pas qu’une obligation marketing, on avait vraiment envie d’apporter – au delà de la musique – tout un univers, par un visuel graphique. C’est d’ailleurs ici que l’on a pu apporter toutes nos références en commun qui sont celles de la gravure, de la mythologie, et autour de la musique qui a un côté très organique, mystique. Voilà comment c’est parti.

 

Parlons-en du sanglier.

Charles : On avait envie d’avoir une figure emblématique. C’est un mélange entre un phacochère et un sanglier. Le sanglier c’est un animal de la forêt qui est fort et puissant. Après le cerf, c’est l’animal le plus noble; comme on voit des cerfs partout … Et puis c’est cool parce qu’il y a l’histoire d’Aphrodite et d’Adonis, qui fut tué par un sanglier. On aime bien le contraste entre la puissance et la violence, le côté tendre et romantique qu’on veut lui donner : même si ce n’est pas un de ses traits saillants, il a  une âme… Ca va bien avec le down tempo de notre musique, comme une personnification de nous !

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La musique électronique française est hyperactive en ce moment, comment vous vous placez par rapport à ce qui se fait ?

P-E : Je viens d’une famille très classique, conservatoire et tout … J’essaye de mettre cette patte là dans ma musique. Charles a écouté des trucs plus expérimentaux. On essaye de trouver une particularité.

Charles : Ce que je trouve bien à Paris, depuis à peu près 2 ans, c’est qu’il y a une scène musicale qui est entrain de bien monter ! Ces inspirations qui se mélangent pour donner de nouvelles formes musicales, je trouve ça génial. On est deux, donc on a chacun notre avis, mais pour moi l’idée est de faire de la musique pour se faire plaisir. Si je gagne ma vie avec ça, c’est génial, mais pour l’instant, on en encore dans l’expérimentation; on a emmagaziné beaucoup de choses, beaucoup de musiques et on essaye de les recracher à notre sauce. On est toujours en perpétuelle recherche et c’est ça qui est kiffant.

P-E : Faire la musique qui nous plait; si elle est commerciale, populaire, tant mieux, mais il faut qu’elle nous satisfasse pleinement. On veut apporter un truc un peu nouveau, en somme. Si ça se trouve ça ne parlera à personne, si ça se trouve on va faire un morceau dans le même état d’esprit que tous les autres et tout le monde écoutera. En tout cas, on ne cherche pas à faire un truc inaccessible ou indé pour être indé, juste nous faire kiffer et si ça plaît aux autres, c’est chouette.

 

Vous avez un processus de création en particulier ? Un fil conducteur ? 

P-E : Il n’y a pas de recette miracle, sinon on aurait tous les jours un nouveau morceau. Généralement, un des deux initie un morceau, le montre à l’autre et si il est réceptif, on continue à deux. Ce qui provoque mon envie de créer un morceau, pour ma part, c’est l’écoute d’une musique, un film ou un état d’esprit , qui vont me faire penser à une ambiance particulière.

Charles : Parfois j’ai rien à faire alors je fais un peu de musique. Parfois j’écoute un son sur Youtube, je me dis que c’est cool donc ça m’inspire. Ca arrive surtout sur le moment, c’est très impulsif. Dans la vie t’as des contraintes, et j’aime ça dans la musique : le fait que ce soit spontané. Maintenant ça l’est un peu moins avec le label, tu t’imposes plus de faire du son mais finalement c’est pas plus mal, de t’imposer un rythme de travail.

P-E : Sans vouloir faire le mec glacial, c’est bien d’être réceptif à ce qui nous entoure, mais être artiste ça demande de créer des conditions propices à la création. C’est un peu de travail : s’imposer une hygiène de vie, être curieux, s’inspirer … Mon père me disait « La première qualité d’un artiste, c’est sa santé ». Un artiste perdu, il crève à 27 ans ! Il faut créer l’inspiration. On n’est pas d’accord avec Charles …

Charles : Il faut accepter la vie telle qu’elle vient !

P-E : J’adore boire des binouzes, mais il ne faut pas que ce soit la condition sine qua non. Faut se préserver et être créatif tout seul.

Charles : Je dirai qu’il faut répondre à ses envies : c’est comme ça que je vois la création.

L’ajout de « bruits du quotidien », genre de Game Boy, dans vos sons, ça vient de quoi ?

Charles : On adore les petits bruits !

P-E : Ma Game Boy m’a lâché le jour où je voulais l’enregistrée ! J’ai crée un synthé et j’ai réussis à retrouver exactement le même. On adore les bruits …

Charles : Les bruits c’est beau, ça fait penser au quotidien, c’est chargé d’histoires et d’émotions.

P-E : Ca donne du relief, ça réchauffe l’électronique, ça plante le décor et c’est très subjectif. C’est ça qu’on aime. La suggestion des bruits. On a déjà craqué des os de poulets pour faire des claps (faut le faire). On a toujours trouvé ça très courageux les mecs comme Luigi Rossolo qui parlait de la fin de la musique classique et des cordes avec l’arrivée de machines; à l’époque les gens riaient aux éclats, le prenaient pour un cinglé… Après, il y a eu Pierre Henry qui faisait de la musique avec des grincements de portes. On ne fait pas quelque chose de totalement novateur, mais c’est un signe à ces personnes là aussi.

Charles : Il y a surtout quelque chose de très fortuit dans les bruits. C’est un peu magique parce que tu ne sais pas vraiment ce qui va sortir, ça donne une âme au son, un son unique avec de la chaleur. Comme les artistes qui se créent des pinceaux. Le côté accidentel, fortuit, homemade.

P-E : On est pas des geeks mais on aime bien bidouiller. Essayer, voir ce que ça va rendre. Qu’est-ce-que ça va donner si on met la respiration de Charles trois octaves plus hauts et qu’on la mélange à autre chose ? L’autre jour, on a pris le truc pour essorer la salade, on y a mis des pièces, des clefs et des goblets en plastique, on a tourner et ça nous a fait marrer.

Qu’est ce que la vidéo apporte à votre morceau « Chiara » ?

P-E : Le film a été tourné par deux vidéastes, on leur a fait totalement confiance : appropriez-vous du morceau et allez-y. C’est donc plus à eux de se justifier de la violence du clip qu’à nous. On est pas les meilleures personnes pour en parler mais on est ravi d’avoir travailler avec eux et du résultat. Les prochains clips, on les réalisera nous-même et ce sera différent, surprise ! Le côté qu’on lui donne, c’est le contraste de la douceur et de la violence du sanglier et de Chiara. Spontanément on ne serait pas parti là dessus. Chiara, c’est la musique d’une histoire anecdotique, la rencontre avec une accordéoniste.

 

Vous êtes passé sur Rinse Fm, c’est cool ?

P-E : On avait adoré passer sur le Mellotron, c’était notre première donc pleins de maladresses, mais c’est ça qui est bon. Du coup, on est super contents de passer sur Rinse. Le but c’est de faire une jam session plutôt qu’un vrai concert.

 

Vous êtes Open Minded ?

P-E : Pas du tout, on est très sectaire.

Charles : Non, hyper réac, désagréables, on catégorise.

P-E : D’ailleurs, on n’écoute que notre musique.

Charles : On n’aime pas les autres !

 

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