Paris la nuit : Daniel le Corse

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Daniel le corse – Crédit photo : François Capdeville

Paris la nuit : Daniel le corse, un cœur sauvage

Daniel le Corse, physionomiste au Bus Palladium, le temple du rock parisien, raconte son métier qui génère bon nombre de fantasmes. Regard d’un oiseau de nuit qui garde la tête froide.

Comment es-tu devenu physio ?

Un concours de circonstances. Je ne pensais pas bosser la nuit. Il y a 17 ans, j’ai fait un remplacement au Metropolis, une discothèque du côté de Rungis. Le boss m’a demandé de rester. Depuis, j’ai géré la porte du Régine, du Tryptique/Social Club, du Chacha, du Café Chic et de quelques autres clubs à Toulon et Montpellier. Mais, c’est vraiment au Bus Palladium que je vis ma meilleure expérience. Les managers, devenus depuis des amis, m’ont fait confiance. Le staff et les RP sont vraiment cool. Il y a de l’écoute, un bon esprit familial. Et nous avons une belle clientèle qui n’est pas là pour frimer, mais pour se faire plaisir, écouter du rock, danser, se marrer… la vie quoi !

Les physio sont souvent courtisés, parfois détestés. Comment vis-tu cette relation d’amour/haine?

Tout le monde peut devenir physio. Mais le plus dur c’est d’y rester. Il faut encaisser régulièrement les critiques, les insultes. Parfois ça va plus loin, une gonzesse hystérique à calmer, un type furieux parce qu’il s’est vu refuser l’entrée, les p’tits cons qui viennent parfois se chauffer… Voilà pourquoi il faut toujours être ferme, courtois et surtout respectueux.

Il ne faut pas croire que le physio est un type qui s’amuse à refuser pour s’amuser ou parce que ça le fait kiffer de faire chier les gens. Le physio est garant de l’image du club, de sa cohérence. Il est à l’avant poste et représente le club. La plus grande qualité du physio? Son intégrité. Ne pas se faire acheter. Comme ce saoudien au Café Chic qui m’envoie son chauffeur  avec 4 billets de 500 €. Il se présente à moi et me dit que son patron aimerait passer une bonne soirée dans le club. J’ai refusé. Après, c’est la porte ouverte aux abus. On m’a proposé des rôles, des weekends, du sexe, de l’argent. Une fois que tu acceptes, c’est fini. Le client estime que tu lui es redevable et abusera de la situation. Rester soi-même, en homme libre et courtois.

Le sésame pour franchir ta porte ?

Il n’y a pas de règles figées . Mais, voici 3 principes auxquels j’attache de l’importance.

Etre cool. Dès le 1er contact, tu sais si le client est cool ou si c’est une personne à emmerdes. Je le vois à son regard et à son attitude. J’aime les gens qui ont le sourire, ceux qui sont détendus. Je déteste l’arrogance comme ce type qui arrive en Porsche décapotable avec sa copine. Une vraie photo de mode, rien de naturelle et de spontané. A l’époque, je travaillais dans un autre club parisien. Le mec se gare devant l’entrée, me donne les clefs sans me regarder et fait mine de rentrer. Je l’arrête. Ni bonjour, ni pardon, il se contente de me dire qu’il rentre partout dans le 8ème… Je lui ai conseillé de retourner dans le 8ème. Il a fait demi-tour.

La folie! J’adore, les gens un peu fous… Ceux qui se lâchent, ceux qui n’ont pas peur d’être juger comme mes potes Nicolas Ullmann ou  Nico Lesage. J’aime les filles rock ‘n roll… çà me fait penser à cette fille qui, arrivée à l’entrée du BUS, me montre ses seins et se barre en se marrant… Un délire assumée ! çà me plaît!

Enfin, concernant le look, j’aime bien les gens qui font attention à eux… Quel que soit le style, tant qu’il y a de la personnalité, çà me va !

La nuit est une belle plante vénéneuse… Réussir à travailler dans la durée demande de garder la tête froide. Quelle est ton expérience ?

Ceux qui travaillent la nuit cherchent deux choses : l’argent et un mode de vie non conformiste.

Personne ne dira le contraire : la nuit, c’est en général de l’argent facile. Demandez aux DJ, barmen et barmaids, RP, promoteurs, gogos etc…

La nuit, c’est aussi une manière de vivre qu’il faut apprivoiser. Ce sont les horaires décalés, mais qui peuvent être très arrangeants. Je me couche au petit matin pour quelques heures. Après, j’ai ma journée pour profiter des enfants, faire du sport et me détendre à une terrasse quand il fait beau.

Attention, travailler la nuit n’est pas sans conséquences. On connait tous des couples qui ont fini par éclater parce que les rythmes de vie étaient trop différents. Et puis, il faut être particulièrement discipliné pour ne pas se laisser déborder par certains excès : sexe, drogue et alcool font partie des ingrédients de la nuit. Les tentations sont nombreuses, mais les conséquences le sont encore plus.

Enfin, la nuit est un monde superficiel : les gens sont là pour s’amuser et notre rôle est de leur faire oublier leurs soucis… Ils sont dans un état second, excités.. Ils ne sont pas eux mêmes. C’est bien d’être insouciant, mais il faut arriver à se détacher pour pouvoir se projeter dans le futur.

Moi j’aime la nuit, elle me fascine. Regardez comment elle est multiculturelle, comment elle devient de moins en moins communautaire. Au BUS, nous avons des clients unis par leur goût pour la musique. Qu’ils soient Zicos, plombiers, acteur, banquier, boulanger… Black, blanc, beur… La nuit appartient à tout le monde, même aux cons (même si on essaie de les éviter).

Le meilleur moment après une nuit de travail ?

Aller boire une dernière bière avec les copains au Baron, au Silencio ou au Titty Twister. Et le chemin du retour. Je mets RMC à la radio. Une vieille habitude réconfortante. Comme l’odeur du café le matin. Les infos, les jingles, la météo… Sauf que ma voiture roule en sens opposé.. Alors que les gens vont au bureau, moi je retourne dans ma campagne pour me reposer et profiter du silence et de la nature.

Lebuspalladium.com

franpics.tumblr.com   (Blog photo François Capdeville)

Crédit photo : François Capdeville

Interview par François Capdeville