Petit dej Hip-Hop avec Flynt

ITINERAIRE-BIS-flynt-hip-hop

On a parlé vinyles, beatbox et médias avec Flynt

Ton album est baptisé : « Itinéraire bis ». Est-ce que c’est parce que tu es conscient d’avoir un parcours singulier ?

Singulier, je ne sais pas si on peut dire ça car nous sommes nombreux dans ce cas. Mais effectivement, j’ai choisi le titre « Itinéraire Bis » car ça illustre le chemin que j’ai emprunté dans la musique, c’est un chemin un peu plus long, ce n’est pas une autoroute quoi.

Le parcours est plus long mais il te permet d’évoluer en toute liberté, tu vas où tu veux sur cet Itinéraire bis. Et puis Bis pour 2, deuxième album, la continuité du premier.

 

Depuis le début tu évolues en indépendant, donc par choix. Qu’est-ce tu as ressenti lorsque tu as eu la date de sortie de ton album ?

Comme j’ai l’habitude de le dire, je suis indépendant par la force des choses et par choix. Par choix, parce que je suis profondément indépendant en tant qu’être humain et parce que j’aime produire des disques. Et par la force des choses parce que les maisons de disques ne savent pas travailler des disques comme les miens. Tu leur enlèves Skyrock ils ne savent pas faire… Ou peut-être que je n’ai pas frappé aux bonnes portes ou pas rencontré les personnes qui m’auraient donné suffisamment confiance pour que je travaille avec elles.

C’est un vrai choix de vie en tout cas car il faut prendre des décisions en fonction de ses responsabilités, la famille, le travail. Il faut composer avec tous ses éléments, c’est toute une organisation.

Evidemment après tous ces efforts, j’ai ressenti une énorme fierté. Quand tu vois que tout se met en place peu à peu, lorsque tu as enfin une date de sortie et que tu vas pouvoir emmener ta petite troupe en concert. Forcément j’ai éprouvé une certaine fierté vis à vis de ce pari que  j’avais réussi à tenir, c’est-à-dire sortir mon 2ème album en totale autoproduction.

 J’estime que le Hip-Hop doit être porteur d’un message positif et qu’il est à même de tirer les gens vers le haut.

Comment te sens-tu sur scène ?

Cela dépend des scènes mais en général, je me sens bien. Nous avons beaucoup travaillé pour présenter notre show à son niveau actuel, mais en définitive, le gros de la prestation vient de notre envie, de notre motivation en plus des titres du répertoire bien sûr. Nous n’avons pas de budget pour le son et la lumière mais on contrebalance tout cela grâce à notre envie, à notre panache. On donne toujours le maximum.

Pour moi, la scène c’est un sport. Il faut se préparer en conséquence. C’est aussi un match contre soi-même, j’ai envie de donner le meilleur à chaque concert.

Bien entendu, il y a toujours le trac qui est présent, mais dès que tu rentres sur scène ce stress disparaît.

La scène c’est vraiment ce qu’il y a de mieux à vivre dans la musique je trouve.

 

Tu mets souvent l’accent sur tes responsabilités, l’envers du décor. C’est important pour toi de montrer que tout n’est pas facile dans la vie, de donner un contre exemple de ce qu’on voit dans certains clips ?

Sortir un disque, c’est un toujours beaucoup de travail que l’on soit en major ou en indépendant. Je ne sais pas si ça intéresse des gens mais j’en parle car c’est ma vie,

Et puis les gens ont tendance à croire que faire du  rap c’est facile et que c’est à la portée de tous. C’est faux. Je discutais avec Daddy Lord C il n’y a pas longtemps et il me disait qu’on avait choisi le métier le plus difficile, je ne suis pas loin d’être d’accord avec lui.

Flynt et Nasme Live Glazart 2013 par Arnaud Da Costa
Flynt et Nasme Live Glazart 2013 par Arnaud Da Costa

On sent que tu défends une certaine définition du hip-hop, tu pourrais la résumer en quelques mots ?

Effectivement, j’ai d’ailleurs un titre qui s’appelle « Les clichés ont la peau dure » pour lequel je me suis inspiré de la Déclaration de Paix du Hip-Hop orchestrée par KRS-One entre autres.  Je ne suis pas d’accord avec tout ce qui y est écrit mais je l’ai trouvée intéressante. Certaines valeurs m’étaient familières.

J’estime que le Hip-Hop doit être porteur d’un message positif et qu’il est à même de tirer les gens vers le haut.

Personnellement, le Hip-Hop m’a permis de m’adonner à l’écriture, de développer mon talent et de le porter à un niveau supérieur. Cette culture m’a permis de m’ouvrir et de réaliser ce dont j’étais capable. Je vois le Hip-Hop comme un quelque chose de très positif dans ma vie.

 

Que ce soit à la télévision ou à la radio, dès qu’on parle de rap, c’est la foire aux clichés, on ne prend pas la culture hip-hop au sérieux. Comment expliques-tu que l’on soit aussi obtus en France ?

À LIRE :   Rock music, acide lysergique, hippies et chemises colorées, cet été c'est les 50 ans du Summer of Love!

Je ne représente pas la partie visible de l’iceberg, mais c’est vrai que les clichés collent à la peau de cette musique et de ces acteurs. En fin de compte les rappeurs sont une corporation tout comme les journalistes, les plombiers ou n’importe quels autres corps de métier. On nous met donc tous dans le même panier, c’est inévitable. Les rappeurs sont comme ça, les garagistes sont comme ça, les sportifs sont comme ça… On entend ça tout le temps, c’est humain et très français. Dans mes chansons je tente de casser ces clichés car je ne me reconnais pas dans le portrait-robot qu’on dresse d’un rappeur.

En même temps, les médias qui parlent du hip-hop ne sont pas toujours spécialisés, ils se contentent donc de ce qui se présente à eux et pour la majorité donc des artistes qui sont en major et qui ont toute une logistique de promotion derrière eux. Ils parlent des plus visibles en somme.

Mais globalement, je trouve qu’on parle de plus en plus souvent du rap. On fait intervenir de plus en plus d’acteurs de cette culture.

Et puis aujourd’hui il y a pas mal de journalistes qui ont grandi avec cette culture et qui la voient d’un autre œil. J’ai le sentiment que le regard sur notre culture change.

Je pense au final que la responsabilité est collective quand il s’agit de l’image actuelle du hip-hop. Que l’on soit rappeur, journaliste, producteur, animateur radio, graphiste, directeur artistique, beatmaker, réalisateur, auditeur… tous ceux qui font le hip-hop sont responsables de son image.

 

Etre rappeur, c’est être un exemple selon toi ?

Un exemple non. Et il ne faut pas qu’il en soit un, ce n’est pas son rôle à mon avis. Mais comme je le disais,  il a une forme de responsabilité à assumer. A partir du moment où l’on rentre dans la tête des gens avec nos chansons nous avons une certaine responsabilité, notamment envers les plus influençables et les plus jeunes.

Je ne prétends pas être un modèle, mais je m’efforce de ne pas tirer mon public vers le bas. Je pense qu’il faut toujours garder à l’esprit que nous avons une certaine responsabilité par rapport à nos textes. Mais ceci dit le rôle d’un rappeur n’est pas de se substituer aux parents, aux professeurs, aux politiques ou aux institutions. Globalement il fait de la musique donc son créneau c’est le divertissement, pas l’éducation..

Quel a été ton premier contact avec le hip-hop ?

Je me rappelle qu’on écoutait Rapattitude. J’écoutais « Note mon nom sur ta liste » en boucle aussi. En fait mon plus ancien souvenir je crois que c’était quand je regardais Hip Hop l’émissions de Sidney et Rap Line, j’ai rencontré le rap grâce à la télévision en fait, c’est drôle tiens. C’était mes premiers contacts avec la culture Hip-Hop. Et la musique en général, je l’ai découverte sur vinyle.

 

Je sais que tu édites également tes projets en vinyle, est-ce un format qui te tient à coeur ?

Oui c’est un format de référence pour le hip-hop. Et c’est celui avec lequel j’ai découvert la musique. Il y a tout un public qui achète du vinyle, je trouve ça normal de rendre mes disques disponibles sur ce support et si les cassettes existaient encore je fabriquerai mon disque en cassette également. Quand j’étais petit, je me rappelle que ma mère m’achetait souvent des 45 et des 33 tours chez Prisunic. J’écoutais de la musique sur une platine vinyle, ça m’a marqué. Et puis une bonne partie du public m’a découvert sur vinyle.

 

Tu inities tes fils à la musique ?

Oui, je leur fais écouter de la musique pour enfant essentiellement, ils sont encore très jeunes. En voiture, on écoute la radio et mes CD. Ils écoutent les disques de leur père et je sélectionne des titres de rap pour eux. Le plus étonnant c’est que mon grand s’est mis au beatbox de lui-même. Alors on crée des beats ensemble, je lui apprends qu’il y a des sons qui viennent du nez d’autre de la gorge pour qu’il puisse ajouter des mélodies à son pied/caisse claire qui sonne déjà super bien ! Je pense que je les initierai aussi au solfège pour qu’ils développent  leur oreille.

 

Are you Open Minded ?

Je pense que je le suis devenu avec le temps. Lorsque j’étais plus jeune, je ne prenais pas la peine de me mettre à la place des gens. J’ai toujours été plutôt sectaire et assez fermé dans mes jugements. Je dirais que je suis devenu beaucoup plus ouvert d’esprit avec l’âge.

 

 

Publicités