Errances spatio-temporelles dans les méandres de la nuit parisienne : (Part. II)

nuit parisienne
Soirée le Bonbon « Marie-Antoinette » au Trianon, 2011

Errances spatio-temporelles dans les méandres de la nuit parisienne : où l’on explique comment le déguisement a investi toute garde robe qui se respecte

Bon, la semaine dernière nous avons vu comment le rock avait repris ses lettres de noblesse ces 10 dernières années dans la nuit parisienne.

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un autre phénomène qui a fait sa révolution début 2000 : le déguisement…Je ne vais pas parler de tous ces petits producteurs de soirées qui se sentent obligés de pondre de temps en temps une soirée coquine à base de masque vénitiens depuis qu’ils ont craqué leur braguette en regardant la scène d’orgie lubrico-ésotérique d’Eyes Wide Shut.

Non. je ne vais pas parler de ce besoin qu’ont les artistes à se travestir… Andy Warhol s’entoure de transsexuels lookés, Boy George, et bien c’est Boy Georges, David Bowie, Kiss, Slipknot, Saxon, la scène black metal, les teufeurs. Le vrai sujet c’est vous et moi…  Pourquoi votre boa à plumes ou votre total look rétro hippie chic ont-ils pris  l’ascendant dans votre dressing au même titre que votre chemise Sandro préférée ? Pourquoi, je croise des poussins géants ou des vestales hippies à Rock en Seine ou à Calvi on the rocks (heureusement que l’on y croise plus de vestales que de poussins géants d’ailleurs) ?

soirée parisienne
Worldwide festival 2013 @ Sète
ru paul soirée parisienne
Ru Paul

Il faut peut être trouver un début d’explication dans le phénomène Drag Queen. Les Sisters Queen chantaient « let me be a drag queen » en 1994 et  Rue Paul se fait toucher ses faux nibards lors d’un show MTVen 1993 et fera scandale. Mais bon, l’hétéro de base ne se looke toujours pas sauf pour Halloween. ET heureusement d’ailleurs, parce que question maquillage, il ressemblerait plus à un zombie tout droit sorti de l’imagination fertile d’un Romero plutôt qu’à une glamoureuse Drag Queen.

De mémoire, il faudra attendre 1995 et les excellentissimes Thanks God I’m VIP de Sylvie Chateigner  pour voir des hétéros arborer des looks travaillés et créatifs. TGV (pour les intimes) se produisait chaque trimestre avec un thème vestimentaire. Une fois c’était « carreaux écossais », une autre fois « poils et plumes »… Leurs flyers démesurés, à la taille de leur soirée, affichaient ouvertement les looks avec les copines Drag Queen lookées pour l’occasion.

Sylvie avait eu l’excellente idée d’associer sa boutique de fringues vintages customisés avec des soirées éponymes. Soirée Karl Kagerfeld époque pré-Ducan? Pas de problème, il suffisait de passer par la boutique de fringues, rue Greneta dans le 2ème pour trouver les accessoires… Ingénieux, non?

Et tout le monde se lookait… Gays, hétéros, dentiste, plombier, conducteur RATP (si, si… j’ai oublié son nom de drag queen). Côté Bains Douches c’est pareil… Il suffit de revoir les photos de notre croqueur photographique préféré Foc Kan, les gens aiment sortir habillés de façon extravagante… Mais on reste dans le domaine des créatifs de la pub ou de la mode. Plus récemment, il suffisait de se poster devant le Baron un lundi soir de 2003 pour assister à un défilé de tenues folles et qui vient nous rappeler que le look est l’apanage de la nuit. Moins déglinguos rigolos et plus démocratique (bon surtout si tu habites dans le 16 et l’ouest parisien) l’institut du bonheur mené par Rasmus Michau investit Bagatelle en 2008 pour des soirées bling bling lookés. Rasmus et son équipe recommandent les looks les plus audacieux : et voilà qu’avocats et responsables marketing dans l’industrie pharmaceutiques sortent avec chapeaux haut de forme, lunettes de ski old school, loups, boa, tenu d’explorateur... Tout est bon pour franchir la porte tenue par le sympathique cerbère Johnny Saïgon. Le déguisement est partout ! Dans un autre registre,plus populo, Ullmann et sa bande investissent la flèche d’or pour des shows loufoques où le rock et le hard rock sont rois… C’est du burlesque version 70’s à 90’s.. Les lookés métalleux sont récompensés par des hôtesses qui vous offrent un shot de J&B.

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bain douche
Roman Polanski (milieu) aux Bains Douches dans les 90’s.
Crédit photo : Foc Kan

Et puis, les gens ont commencé à se looker sans raison particulière. Je ne dis pas déguiser, je dis bien looker…  A ce titre, je crois qu’il faut quand même que je fasse une ptite ovation aux papas de Zach Ryan… des hurluberlus qui troquent leur cartables d’instits le jour contre des looks improbables bien « putes » comme ils disent la nuit… Comment les reconnaître ? Facile ! Ils se baladent toujours avec Zach Ryan, un bébé en plastoc qui a dû toucher plus de poitrines dénudées que vous et moi réunis. C’est simple, où qu’ils aillent, ils créent l’événement.. Les pubs Axe chocolat c’est de la gnognotte comparer aux compères… Moi qui croyais avoir affaire à des grandes follâsses… que nenni! Drôle, provoc, sympathiques, courtois, directs… le tout enrobé de ruban de soie vert fluo.. des cadeaux en or pour toutes les jeunes filles en goguette (ou non).

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Coïncidence ou pas, je viens de lire que les Ambassadeurs, autre grand nom de la soirée déguisée en mode péplum du 21ème siècle, s’associent avec le spécialiste européen du costume pour lancer une boutique à destination du grand public comme des professionnels. Quant à TGV, elle tirera sa révérence en 2005 après avoir déménagé successivement à la salle Wagram et chez Maxim’s. En pianotant sur le web, je viens quand même de constater que Sylvie Châteigner a ressuscité le concept.

Interview de Nicolas Lesage

nicolas lesage
crédit photo : François Capdeville

Directeur artistique du club « Aux Dessous de Ginette » et organisateur de soirées parisiennes.

« J’adore les soirées costumées. Quand j’entre dans mon personnage, je quitte Paris et je voyage dans la nuit parisienne en envoyant de la folie autour de moi. Ma mère déjà, première Djette femme de France dans les années 70, distribuait cette folie quand j’avais 10 ans… Je me réveillais la nuit et me retrouvais avec Tarzan d’un côté, le marquis de Sade dans le canapé et un travelo antillais en face de moi. Pas besoin de chercher bien loin pour comprendre d’où vient mon goût prononcé pour les nuits déjantées… J’ai d’abord commencé à m’habiller et imposer des looks improbables lors de soirées entre amis. En parallèle, j’accompagnais ma mère dans les bals de Versailles, un rendez-vous incontournable qu’elle organisait et organise toujours ! Les Vatels et autres Madame de Merteuil n’ont qu’à bien se tenir.

Puis Venise devient mon pèlerinage annuel et je fis mes armes en maquillage et en association de costumes majestueux. Dans les années 2000, jeune créateur d’une boite de design et scénographie 3D la journée, la nuit je me transformais. Je conduisais une voiture dont le coffre débordait de costumes. J’enchaînais boulot et fête. Je garais mon carrosse près des clubs, j’ouvrais mon coffre et hop! La frénésie commençait… J’avais pris l’habitude de boire l’apéro à l‘arrière de ma caisse en costumant les femmes que j’emmenais en virée nocturne. C’est à ce moment là que j’ai rencontré les papas de Zach Ryan avec qui j’ai enfin trouvé une force de connerie aussi forte que la mienne. Et nous avons commencé à arborer nos plus beaux pom pom shorts à toute heure. Aujourd’hui, le jour et la nuit ne font plus qu’’un, mon habit de jour garde toujours une touche décalée qui rappelle l’ambiance de la veille. Et lorsque j’organise des soirées ou que je sors, je m’émerveille à toujours envoyer du bonheur et à emmener les gens loin de leur vie parisienne. C’est le plus souvent dans mes deux cantines Montmartroises, le Bus Palladium et les Dessous de Ginette que j’arrive à assouvir ce besoin de jovialité. « 

François Capdeville