Linder Sterling au Musée d’Art Moderne

Finis les débats sur la parité, les longs discours sur le respect de la femme. Les chiennes de garde ont pris un coup de vieux. La femme « princesse » n’est plus, et si elle regarde toujours les contes de fées (très à la mode en ce moment à en juger du nombre de films sortis sur le sujet), elle n’est plus la belle et naïve héroïne qui attend son prince charmant sur son cheval blanc lalala. Elle est la méchante reine. La femme d’aujourd’hui est un homme comme les autres.

Et de fait le krav Maga a remplacé la ballade en carrosse et Béatrix Kiddo (Uma, Kill Bill) Cendrillon depuis qu’elle a arraché l’oeil d’Elle Driver. Jenna Abbou, bodybuildeuse, est l’égérie baraquée de M.A.C. Et Roselyne Bachelot lit des livres cochons à la TV (je sais j’en parle souvent, mais que voulez-vous, c’est Roselyne !).

Le Musée d’Art Moderne a donc choisi le moment opportun pour célébrer une artiste qui avait compris depuis bien longtemps les dessous cachés de la femme. L’artiste en question est Linder Sterling. Son mot d’ordre, le collage. Le Musée d’Art Moderne cadre pile dans la tendance (cf le dernier coup de pub de Prada).

Linder Sterling

Au premier abord, l’expo a l’air assez sage. Les premiers montages présentent des femmes nues dans un décor très rétro, et dont la tête a été remplacée par un appareil électroménager. Le détournement est amusant. Linder révèle l’aliénation de l’image de la femme par une société ultra consumériste, c’est audacieux et esthétique.

Linder Sterling

Plus l’on s’engouffre dans l’expo plus le sujet se densifie. Les collages deviennent de plus en plus subversifs, et pornographiques. Entre deux photo-reportages de Morrissey, on trouve des clichés assez chauds. Des espèces de masques-porte-jarretelles à forte consonance SM sont même exposés dans une vitrine. Il paraîtrait que le grand-père de Linder avait l’habitude de lui montrer ses revues pornographiques dès l’âge de 3 ans … Ceci explique certainement cela.

Linder Sterling

Si les photos versent dans le trash la suite de l’expo se fait en douceur. La pièce est aménagée de façon à rendre l’atmosphère intimiste. Des voilages créés des recoins dans un style boudoir.
Nous quittons l’esthétique des publicités Moulinex des années 1960 pour celui de la photographie de mode telle qu’on la voit dans les magazines féminins. Le raffinement succède au prolétaire. Les photomontages sont réalisés à partir d’une série du photographe Tim Walker dont Linder est l’objet.  Elle y a apposé ses roses, caractéristiques de son travail. Les fleurs sont en effet souvent utilisées. Placées sur le visage ou sur le sexe de la femme photographiée elles évoquent les romans à l’eau de rose que les ménagères lisent. L’artiste joue donc le contraste en les trashisant et met en avant l’indécence de la publicité

Linder Sterling Linder SterlingLinder Sterling

Cette parenthèse fermée, nous sommes replongés dans un univers plus cru.
Les aliments sont aussi très présents dans ses compositions. On devine les associations. Les mélanges de textures, les couleurs criardes, nous entrons dans le porno gore. Les voilages sont remplacés par une pièce sombre et labyrinthique sur les murs de laquelle sont placardés des très grandes photos dans le thème. On peut également voir une retransmission d’un concert de 1981 durant lequel elle portait une robe constituée de viande crue, Lady Gaga peut donc aller se rhabiller.

Linder Sterling

Une expo rafraîchissante.

Par Justine Forest.